La guerre au Moyen-Orient n’affole pas la place financière de Paris
information fournie par Agefi Asset Management 16/06/2026 à 08:15

Dans ce monde incertain, l’Europe doit écrire son futur seule. Tel est le message qu’a martelé Augustin de Romanet, récemment réélu président de Paris Europlace, l’association de la place financière de Paris, dans son discours d’ouverture au Paris Finance Forum, ce mardi 9 juin. Un événement durant lequel le thème du moment au sein des marchés, la souveraineté européenne, a été examiné sous toutes ses coutures, y compris ses implications pour la finance du continent.

La guerre au Moyen-Orient s’est évidemment invitée dans les débats. Son impact sur les marchés européens reste toutefois limité d’après les acteurs de la place financière parisienne. Les marchés n’ont pas réagi comme ils le feraient en situation de crise, constate Jean Lemierre, président de BNP Paribas, tout en alertant sur le risque d’inflation si le conflit venait à perdurer. « Nous sommes stables en Europe, les valorisations sont basses », commente-t-il.

Stéphane Boujnah, directeur général et président du conseil d’administration d’Euronext, se veut lui aussi rassurant sur les conséquences de la guerre pour les marchés européens. Il observe des vents contraires issus de la volatilité et des volumes d’échanges sur les plateformes de l’opérateur boursier pan-européen. Mais l’impact sur les résultats d’Euronext demeure minime puisque la firme a enchaîné un huitième trimestre de croissance à double chiffre. « Il y a des rotations sectorielles, sur l’énergie et l’assurance par exemple. Ce qui se produit actuellement n’est pas de nature systémique ou de manière à transformer les marchés, qui pensent que la guerre pourrait s’arrêter cet été et que ses conséquences peuvent être réversibles. L’indice de référence de la volatilité des marchés - le Vix - n’est pas encore au niveau de ce qu’on a pu voir lors de précédentes crises comme la guerre en Ukraine », analyse Stéphane Boujnah.

La guerre ne mine pas non plus les chiffres d’Amundi. Malgré les incertitudes géopolitiques, la société de gestion du groupe Crédit Agricole a enregistré une forte collecte au premier trimestre 2026 (+32 milliards d’euros) après une année de records en 2025. « La crise ne nous empêche pas d’augmenter nos encours. Les tendances démographiques, particulièrement en Asie, nous permettront de croître indépendamment de la crise », soutient Valérie Baudson, directrice générale d’Amundi. Pour la dirigeante, deux scénarios peuvent se dessiner en fonction de la réouverture (ralentissement de l’économie sans récession) ou de la fermeture du détroit d’Ormuz (inflation des prix de l’énergie, remontée de taux). Cependant, elle se montre prudemment optimiste sur l’Europe, qui a appris de la crise énergétique de 2022 issue de l’invasion russe en Ukraine.

Les méga-IPO américaines ne changent rien pour l’Europe

Jean Beunardeau, président du conseil d’administration et vice-président global banking de HSBC Continental Europe, souligne qu’en termes de pénuries énergétiques, la situation résultant du conflit au Moyen-Orient est sans commune mesure avec la situation post-pandémie de Covid. Par ailleurs, toutes les entreprises regardent où transférer les coûts dans leurs prix, note-t-il. Deux sujets l’inquiètent principalement : le risque crédit et le découplage entre les marchés financiers et l’économie réelle. Les incertitudes géopolitiques actuelles accélèrent aussi une tendance de marché. Selon Jean Beunardeau, les clients des banques cherchent davantage de flexibilité dans la couverture et le financement et veulent des marchés ouverts 24h sur 24 et sept jours sur sept. « C’est un grand défi pour la finance que de s’adapter à cette demande d’ouverture permanente » , dit-il.

Le sujet de la souveraineté européenne se heurte aussi à l’actualité brûlante des méga-introductions en Bourse programmées aux Etats-Unis (SpaceX, Anthropic, Open AI). Peuvent-elles détourner l’épargne des particuliers européens, que l’Europe voudrait flécher dans ses propres entreprises?? Le directeur général d’Euronext, Stéphane Boujnah, juge que ces IPO « ne sont pas un problème pour l’Europe » et qu’elles créeront avant tout des rotations sectorielles d’ampleur aux Etats-Unis. « A la marge, nous voyons une pause des flux américains vers l’Europe. Ces entrées en Bourse vont attirer certains types d’investisseurs mais les gérants de portefeuilles de long terme doivent investir en Europe pour se diversifier », relève-t-il. En matière d’introductions en Bourse, l’Europe n’a pas à rougir, défend Stéphane Boujnah. Elle aussi en a plusieurs dans le pipeline, en particulier dans le secteur de la défense et de l’aérospatial, et ces opérations à venir attirent les investisseurs non-européens. « Même si nous n’avons pas de SpaceX, la dynamique est encourageante. »

Adrien Paredes-Vanheule