La France insoumise "en ordre de bataille" pour la présidentielle
information fournie par AFP 28/03/2026 à 18:15

Jean-Luc Mélenchon, leader et fondateur de La France Insoumise (LFI) lors d'un meeting à Lille, le 19 mars 2026 dans le Nord ( AFP / Sameer AL-DOUMY )

Jean-Luc Mélenchon séduit toujours autant ses partisans, mais fait figure d'épouvantail à sa droite. Après avoir identifié ses forces et ses faiblesses électorales pendant les municipales, La France insoumise et son leader se tournent vers 2027 avec quelques interrogations.

Après une campagne des municipales très nationalisée, "on se met en ordre de bataille pour la présidentielle. Le lancement de campagne devrait arriver d'ici l'été", explique à l'AFP un cadre insoumis.

La formation de gauche radicale tiendra mi-avril une "assemblée représentative", l'occasion de débuter officiellement la préparation à la course à l'Elysée, pour laquelle la candidature de Jean-Luc Mélenchon, sa quatrième, n'est qu'un secret de Polichinelle.

Encore marqués par les 2,3% du communiste Fabien Roussel qui ont, selon eux, privé leur leader de second tour à la présidentielle 2022, les Insoumis craignent une prolifération des candidatures de gauche alors qu'ils essaient d'instaurer un duel avec le social-démocrate Raphaël Glucksmann.

Malgré leur style qui les amène parfois à rudoyer leurs partenaires de gauche, les Insoumis multiplient donc les mains tendues vers les communistes et les Ecologistes, les deux partis avec lesquels ils se rejoignent le plus sur le fond.

"LFI et EELV ça c'est l'alliance du futur, je pense, s'ils acceptent un jour de réfléchir autrement qu'avec Mme Tondelier", a ainsi lancé dans la semaine Jean-Luc Mélenchon.

Pendant la campagne des municipales, il avait fait une "offre fédérative" au patron des députés communistes, Stéphane Peu.

- "La comédie est terminée" -

Le but? Obtenir un soutien à sa candidature à la présidentielle en échange d'accords aux législatives, alors que la possibilité d'une alliance globale de gauche type Nouveau Front populaire (NFP) ou Nupes avec le PS semble au point mort - comme l'a confirmé le patron des socialistes Olivier Faure.

"Il n'y aura pas d'accord aux législatives s'il n'y a pas d'accord à l'élection présidentielle. La comédie est terminée", a ainsi prévenu le fondateur de LFI.

Dans les appareils de gauche, ces offres sont mal reçues, tant la personne de Jean-Luc Mélenchon est devenue un repoussoir pendant les municipales pour une grande partie de l'électorat.

"La drague des Insoumis, c'est de la drague à coups de tartes dans la gueule", assène un dirigeant écologiste.

Côté PCF, Fabien Roussel ayant facilement gardé son fauteuil de maire à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), "il va être réélu à la tête du parti lors du congrès en juillet puis il sera candidat à la présidentielle", évacue un cadre communiste.

"L'offre fédérative est tournée vers le peuple. Des élus, des groupes locaux, des personnalités peuvent nous rejoindre", nuance le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, qui rappelle que les deux villes insoumises conquises aux municipales dans son département, La Courneuve et Saint-Denis, l'ont été avec le soutien des communistes, à la faveur d'un accord départemental entre les deux formations.

"Le PC dans sa réalité électorale, là où il est fort, n'est pas sur la ligne Roussel", ajoute M. Coquerel.

- Barrage "anti-LFI" -

Avoir un gros socle au premier tour serait un moyen pour LFI, outre une mobilisation des abstentionnistes, de tenter de contrer un phénomène électoral perçu aux municipales: plutôt qu'une déperdition des voix de gauches, les alliances d'entre-deux-tours avec les Insoumis ont surtout conduit à un report des voix d'extrême droite vers la droite pour que cette dernière l'emporte.

Un phénomène que les bons résultats des Insoumis dans les banlieues populaires et quelques grandes villes ne suffit pas à contrer.

"C'est le barrage anti-LFI qui se fait. On n'a pas de recette miracle pour l'instant", grince le cadre insoumis déjà mentionné.

Un barrage notamment motivé par les polémiques créées par Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne, notamment quand il avait ironisé sur la prononciation des patronymes juifs "Glucksmann" et "Epstein", renforçant les accusations d'antisémitisme - qu'il dément fermement - à son encontre.

Dernière polémique en date: juste avant le second tour, avec sa page Facebook , il avait commenté une publication du député socialiste Jérôme Guedj, dont la permanence avait été vandalisée, en l'accusant d'appartenir à une "secte" et de se livrer à des "pleurnicheries politiciennes".

"Il faut qu'on lui coupe son compte Facebook", sourit un député insoumis, qui ajoute à propos du septuagénaire: "Il a le défaut des gens de sa génération, il écrit des commentaires bizarres sur Facebook..."

"Il se régulera pendant la campagne", croit-il savoir.