La France fait le bilan des troubles les plus graves depuis des années, alors que les tensions reprennent à Paris information fournie par Reuters 18/10/2026 à 19:04
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* Des émeutes ont éclaté samedi dans plusieurs villes de France
* La mairie de Limoges a été en grande partie détruite lors d'un incendie criminel
* La police a procédé à plus de 2.000 interpellations
* La France fait face à un climat social explosif à l'approche des élections de 2027
* Le président Macron s'adressera à la nation à 20h, heure locale (18h GMT), selon son cabinet
(Ajout de détails sur les tensions au paragraphe 5, commentaires de Marine Le Pen aux paragraphes 10 et 11)
par Sybille de La Hamaide
De nouveaux affrontements ont éclaté dimanche à Paris, au lendemain d’une des pires journées de troubles que la France ait connues depuis des années, les manifestations contre la hausse des prix ayant fait un mort parmi les manifestants, entraîné l’arrestation de milliers de personnes et provoqué le pillage ou la dégradation de commerces dans tout le pays.
Samedi, les manifestations nationales ont dégénéré en émeutes: une mairie a été incendiée, des magasins saccagés et des bâtiments recouverts de graffitis, tandis que des groupes violents affrontaient les forces de l’ordre dans plusieurs villes du pays.
Un manifestant est décédé des suites d’un arrêt cardiaque lors des manifestations organisées à Paris . La police a procédé à plus de 2.000 arrestations dans toute la France, tandis que plus de 600 policiers ont été blessés, a déclaré le ministre de l’Intérieur.
«On se croirait en zone de guerre ici», a déclaré l’entrepreneur néerlandais Tije De Boer, venu à Paris avec ses enfants pour rendre visite à un ami et qui a expliqué que les manifestations l’avaient contraint à évacuer son hôtel situé place de la République, un point chaud des affrontements samedi.
La police a de nouveau affronté des manifestants et tiré des gaz lacrymogènes place de la République dimanche après-midi, et des vélos ont été incendiés. Un témoin de Reuters a estimé à plusieurs centaines le nombre de manifestants présents dans le quartier.
À Marseille, deuxième ville de France, la préfecture locale a également signalé quelques incidents dans l’après-midi, avec des tentatives de groupes de s’introduire dans des magasins.
Plus d’un demi-million de personnes ont participé samedi à des marches dans des dizaines de villes, marquant la convergence d’un mouvement étudiant qui dure depuis un mois avec un mécontentement social plus large face à la hausse du coût de la vie et au déclin des services publics.
Le président Emmanuel Macron s’adressera à la nation dimanche à 20h, heure locale (18h00 GMT), a indiqué son cabinet.
Les troubles de samedi ont mis à nu la profonde colère envers Macron, qui quittera ses fonctions en 2027 après une décennie au pouvoir de plus en plus marquée par le mécontentement social, une économie fragile et une dette galopante.
Le gouvernement a imputé ces violences à des groupes d’extrême gauche et d’ultra-gauche, ainsi qu’à des criminels qui, selon lui, auraient incité au pillage.
La candidate d’extrême droite à la présidentielle, Marine Le Pen, a appelé au calme, affirmant que la France ne devait pas s’habituer à voir son pays malmené, maltraité et saccagé.
« La violence n’est pas une opinion. La destruction n’est pas une forme d’expression. Et le chaos ne peut pas servir de projet pour la France », a-t-elle déclaré dans un message vidéo.
PLUSIEURS CENTAINES DE MAGASINS ENDOMMAGÉS
Alors que des centaines de milliers de personnes manifestaient pacifiquement, des groupes marginaux violents ont pris pour cible des bâtiments publics, pillé des boutiques de luxe et des supermarchés, et attaqué des véhicules de police ainsi que des agents.
Une opération de nettoyage de grande envergure a été lancée dans plusieurs villes, de Lille au nord à Marseille au sud, en passant par Strasbourg à l’est et Bordeaux au sud-ouest, où une foule masquée a envahi la résidence du préfet local.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a indiqué que plusieurs centaines de commerces avaient été endommagés samedi.
À Limoges , dans le sud-ouest de la France, le maire Guillaume Guérin a dénoncé le chaos qui a suivi l’incendie criminel de samedi, au cours duquel l’hôtel de ville, vieux de 143 ans, a été en grande partie détruit, ce qui a rappelé l’incendie de 2019 qui avait ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris.
« Il y avait clairement une intention préméditée de brûler la mairie, et les personnes qui s’y trouvaient ont craint pour leur vie », a déclaré M. Guérin à Reuters. Il a menacé de démissionner si la ville ne recevait pas les fonds nécessaires à la reconstruction de la mairie.
L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AURA LIEU L'ANNÉE PROCHAINE
Ces troubles ont accru la pression sur le président Macron et son gouvernement à l’approche de l’élection présidentielle prévue l’année prochaine. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a imputé ces troubles à l’« extrême gauche » et aux criminels.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a promis dimanche de soutenir les commerçants ayant subi des pertes. « Ceux qui cassent des choses paieront, répareront les dégâts et seront tenus pour responsables de leur intention de semer le chaos », a déclaré M. Lescure dans un communiqué.
Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a indiqué que jusqu’à 100 magasins avaient été pillés dans sa ville, tandis que le maire de Marseille, Benoît Payan, a annoncé une aide financière d’urgence pour soutenir les commerces touchés par les violences.
Le directeur général de Carrefour CARR.PA , Alexandre Bompard, a déclaré à la chaîne française BFMTV que 50 magasins de l’enseigne avaient été endommagés, dont 20 pillés, et que les pertes liées à ces dégâts s’élevaient à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Les manifestations ont débuté le mois dernier pour dénoncer les conditions scolaires et la pénurie d’enseignants dans les banlieues populaires, avant de se transformer en un mouvement contre les inégalités, les coupes dans les dépenses publiques et la hausse du coût de la vie.