La fin probable du conflit armé ne garantit pas le retour de la croissance information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 10/04/2026 à 11:44
Le 10 avril 2026
Les investisseurs particuliers que nous sommes n'en ont pas fini avec la guerre en Iran. La trêve annoncée dans la nuit de mardi à mercredi, à grand renfort de publicité par la Maison Blanche, n'a pas tenu plus d'une journée. Le détroit d'Ormuz est de nouveau bloqué et le prix du pétrole est reparti à la hausse en direction des 100 dollars le baril. Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis ne sont pas rompues, mais le « happy end » sur lequel s'est enthousiasmé le marché est loin d'être acquis.
Pour l'heure, nous avons plutôt bien traversé la première manche des hostilités. Le volontarisme dont nous avons su faire preuve dès la fin du mois de mars en ayant misé sur un rebond des marchés au plus fort de la tempête a été très largement récompensé. A ce jour la plupart de nos portefeuilles surperforment le marché, nos deux sélections de « titres vifs » ayant pleinement bénéficié de la formidable envolée des cours de Bourse à laquelle nous avons assisté en milieu de semaine. Notre portefeuille Offensif affiche désormais une hausse de 11,6% depuis le début de l'année, alors que malgré son net redressement le CAC 40 est tout juste parvenu à renouer avec le vert (+1,20% sur la même période). Même le Défensif, dont la vocation est de protéger le capital en période de baisse, a fait mieux que résister puisqu'il avance de 7,1% depuis le 1er janvier. Notre sélection de fonds ISR/PEA progresse de 2,2%, seule la sélection d'ETF Monde, toujours en recul de 0,9%, reste à la traîne.
Les valeurs cycliques, industrielles et financières sur lesquelles nous avons renforcer les positions ont très bien réagi aux annonces positives du milieu de la semaine. C'est le cas de STMicroelectronics, d'ArcelorMittal, de Safran, de Schneider Electric, de Stellantis et de BNP Paribas ayant enregistré des taux de progression à deux chiffres sur la semaine écoulée. Mardi, nous avons aussi renforcé les positions sur Air Liquide, avec 100 actions achetées et acquis 100 autres actions Euronext. Nos autres valeurs européennes éligibles au PEA sur lesquelles nous avons récemment misées, comme Aixtron, ASML Holding, Getlink et SAM Solar Technology ont, elles aussi, activement participé à nos bonnes performances. Les arbitrages que nous avons effectués au cours des semaines passées, en direction des valeurs européennes nettement plus maltraitées que celles cotées aux Etats-Unis, se sont révélés plutôt judicieux. L'expérience montre, en effet, qu'après chaque période de trouble boursier, due à des désordres économiques ou géopolitiques, la bonne attitude consiste à miser d'un point de vue purement tactique sur la zone la plus affectée qui est la mieux placée pour rebondir à court terme. Dans les prochains jours à venir, notre stratégie va donc consister à renforcer les positions sur les valeurs les plus malmenées pendant la phase la plus aiguë des récents affrontements.
Toutefois, les bonnes performances que nous avons enregistrées durant la période la plus intense du conflit ne préjugent pas de l'avenir. Il va désormais falloir gérer la période de l'après-guerre sur laquelle nous ne disposons d'aucune visibilité. Au rythme où vont les choses, les grandes places boursières mondiales, notamment américaine et européennes, auront presque retrouvé leurs niveaux du début de l'année. Une période où la configuration des marchés était radicalement différente, avec un prix du pétrole autour de 65 dollars le baril et une inflation en voie de normalisation. Début janvier la principale préoccupation des investisseurs était de gérer l'imprévisibilité de Donald Trump en matière de hausse des droits de douane. Un sujet certes important, mais qui n'avait pas empêché les actions de terminer l'année sur des records de hausse sur à peu près tous les continents.
Aujourd'hui, la donne a changé. Même si Américains, Israéliens et Iraniens parviennent à s'entendre sur un accord de cessez-le-feu, les opérations militaires ont atteint une telle intensité, qu'il y a peu de chances que les tensions apparues au Moyen-Orient retombent de sitôt. Le premier sujet concerne le prix de l'énergie : d'un côté, la destruction d'une partie des capacités de production et de traitement du brut a privé selon les estimations de l'agence internationale de l'énergie (l'AIE) le marché d'environ 10% de l'offre mondiale, de l'autre la réouverture complète du détroit d'Ormuz prendra plusieurs semaines, voire plus. En toile de fond, le projet de mise en place par l'Iran d'un droit de passage du détroit d'un dollar par baril, constitue un précédent qui pourrait avoir pour conséquence d'entraver le trafic maritime de marchandises, avec de graves conséquences sur les échanges mondiaux. Dans le meilleur des cas, il paraît difficile d'envisager une véritable détente du prix du baril de pétrole vers la zone des 70 dollars le baril avant le milieu de l'année.
Derrière cette difficulté, on voit pointer un autre sujet de préoccupation, avec des tensions déjà visibles sur les prix à la production aux Etats-Unis et en Europe. Elles pourraient être suivies par une hausse plus visible des prix à la consommation qui casseraient tout espoir de baisse des taux directeurs et affaibliraient les perspectives de reprise de l'activité. Dans ce contexte, les économistes continuent de réviser à la baisse leurs prévisions de progression du PIB mondial. La dernière initiative en date est celle de la banque américaine Wells Fargo qui n'envisage plus qu'une progression de 2,7% de l'activité mondiale pour cette année. Le risque est maintenant de voir converger ces projections vers une croissance attendue de 2,5% de l'économie mondiale, considérée comme un seuil critique par la plupart des experts. Le changement d'échelle serait complet par rapport aux prévisions du début de l'année. Il serait surtout peu compatible avec le retour progressif des grands indices boursiers vers leurs niveaux d'avant les derniers événements.
Dans les jours à venir, toute la difficulté va donc consister à conserver un esprit d'initiative nécessaire pour être en position de profiter d'une embellie à court terme des marchés dans la perspective d'une poursuite des négociations de cessez-le-feu, tout en gardant un œil prudent sur les traces inévitables que laissera ce conflit sur la bonne marche des échanges mondiaux dans les mois à venir. Pas de quoi, espérons-le, nous empêcher de profiter de l'arrivée des beaux jours…
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine