La Fed vers une brève pause dans ses hausses de taux, l'inflation reste un défi information fournie par Reuters 26/10/2026 à 13:41
par Ann Saphir
Les responsables de la Réserve fédérale (Fed) ont laissé entendre qu'ils ne relèveraient pas les taux d'intérêt ce mois-ci mais, les inquiétudes liées à l'inflation demeurant, les investisseurs estiment que cette pause dans la hausse des coûts d'emprunt sera plutôt de courte durée.
Les données économiques attendues jeudi, le lendemain de la décision de politique monétaire de la banque centrale, permettront probablement d'expliquer cette perception des marchés.
L'inflation PCE, un indicateur clé pour la Fed, devrait connaître une nouvelle accélération en septembre et s'étendre bien au-delà des prix des carburants, tandis que la croissance économique au troisième trimestre devrait afficher un net bond, grâce à une consommation soutenue et à une forte hausse des investissements des entreprises.
Dans le même temps, le marché du travail reste stable, avec un taux de chômage de 4,2% le mois dernier et un nombre de demandes hebdomadaires d'allocations chômage proche de son plus bas niveau depuis 57 ans.
Si ces conditions pourraient justifier une hausse des taux, les investisseurs se demandent si le marché obligataire vient de faire une partie du travail de la banque centrale.
Selon les analystes, sans la forte remontée des rendements des bons du Trésor au cours des semaines qui ont suivi la réunion de la Fed de septembre — lors de laquelle la banque centrale a annoncé son premier relèvement des couts d'emprunt depuis plus de trois ans —, une deuxième mesure de ce type aurait probablement été prise lors du conclave de cette semaine.
"À mon avis, les données justifient une hausse des taux", déclare Kathy Bostjancic, économiste chez Nationwide, en évoquant "une économie forte, un marché du travail et de la consommation dynamique, et une inflation… qui s'est détériorée, elle a évolué dans la mauvaise direction".
L'analyste ajoute que les responsables de la Fed ont observé avec inquiétude la hausse des rendements des bons du Trésor américain à 10 ans, qui ont récemment atteint des niveaux proches de leur pic des 25 dernières années et menacent de ralentir l'économie.
Cette flambée a incité plusieurs d'entre eux, dont le président de la Fed de New York, John Williams, et le vice-président, Philip Jefferson, à indiquer que la banque centrale préférait attendre davantage de données avant de prendre une décision.
Les marchés financiers ont réagi en conséquence et, vendredi, les contrats à terme laissaient entrevoir une probabilité de 90% que les taux soient maintenus lors de la réunion de cette semaine.
EXPLIQUER POURQUOI
Les élections de mi-mandat du 3 novembre, quelques jours seulement après le rendez-vous de la Fed, détermineront si le Parti républicain du président Donald Trump conservera le contrôle des deux chambres du Congrès, ce qui met encore davantage en évidence le défi auquel est confronté le patron de la banque centrale, Kevin Warsh.
"Le président Warsh devra dissiper toute impression que cette décision soit motivée par des considérations politiques", estime Gregory Daco, chef économiste chez EY-Parthenon.
Le pouvoir d'achat est l'une des principales préoccupations des électeurs, déçus par la gestion économique de Donald Trump, dont la cote de popularité est tombée à un plus bas historique, alors que l'inflation persistante et la hausse des taux d'intérêt contribuent à l'augmentation du coût de la vie.
L'institution devra ainsi expliquer ses mesures avec soin.
"Si le président Warsh ne donne aucune indication ou se contente d'affirmer que la Fed attend davantage de preuves (d'un ralentissement de l'inflation), cela enlèverait toute crédibilité à la Fed et entraînerait probablement une flambée des rendements, plus catastrophique pour l'économie", estime Gregory Daco.
"Il doit expliquer le maintien des taux en octobre, mais de manière à ne pas nuire à la crédibilité de la Fed dans sa lutte contre l'inflation", ajoute-t-il.
Kevin Warsh, en poste depuis mai, se montre toutefois réticent à donner des indications prospectives et il est peu probable qu'il se prononce à ce sujet, comme l'ont souligné Daco et d'autres analystes.
DÉCISION SERRÉE
Les rendements obligataires ont légèrement reflué en fin de semaine dernière, dans un contexte de déroute des valeurs liées à l'IA, ce qui complique davantage la situation, le patron de la Fed ayant souligné que le resserrement des conditions d'emprunt limitait la nécessité de relever les taux directeurs.
La Fed peut raisonnablement s'appuyer sur certains indicateurs pour justifier une pause, notamment une croissance des salaires inférieure à l'inflation au cours des six derniers mois, ce qui indiquerait que le marché du travail ne contribue pas de manière significative aux pressions inflationnistes.
"Je pense néanmoins que la décision sera plus serrée lors de la réunion d'octobre que ne le laissent présager les marchés", dit toutefois Scott Anderson, chef économiste pour les États-Unis chez BMO, ajoutant qu'il s'attend à au moins une voix dissidente de la part de Beth Hammack, la présidente de la Fed de Cleveland, qui pourrait être rejointe par d'autres.
Scott Anderson dit s'attendre désormais à deux nouvelles hausses de taux de la Fed pour contenir l'inflation.
"Je pense qu'il existe des arguments assez solides pour dire qu'ils ont encore du travail à faire", a-t-il déclaré, reprenant une expression que Kevin Warsh lui-même avait employée dans un discours prononcé fin août, considéré par beaucoup comme un signe avant-coureur de la hausse des taux de septembre.
(Reportage Ann Saphir ; version française Diana Mandia)