La Fed maintient ses taux, divergences quant à l'orientation de la politique monétaire
information fournie par Reuters 29/04/2026 à 21:39

(Actualisé avec commentaires de Powell, précisions, réaction des marchés)

par Howard Schneider et Ann Saphir

La Réserve fédérale américaine (Fed) a laissé mercredi ses taux directeurs à leur niveau actuel, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, tout en faisant état de préoccupations croissantes à propos de l'inflation dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.

Le communiqué de politique monétaire de la Fed a été adopté à 8 voix contre 4, soit un nombre sans précédent de votes dissidents depuis 1992, qui illustre les vives divergences au sein de l'institution.

Bien que favorables au maintien des taux, la présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari, et la présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, "n'ont pas soutenu l'inclusion d'une orientation accommodante dans le communiqué à ce stade" et ont voté contre. Une quatrième voix dissidente a appelé à réduire les taux d'un quart de point de pourcentage.

"L'inflation est élevée, ce qui s'explique en partie par la récente hausse des prix mondiaux de l'énergie", a déclaré la Fed, opérant un changement par rapport à sa formulation précédente, selon laquelle l'inflation était "légèrement" élevée.

"Les événements au Moyen-Orient contribuent à un niveau élevé d'incertitude quant aux perspectives économiques", est-il ajouté dans le communiqué de l'institution publié à l'issue de sa réunion de deux jours de politique monétaire.

En dépit de la trêve annoncée entre les Etats-Unis et l'Iran dans la guerre déclenchée le 28 février par la campagne de bombardements israélo-américains, le détroit d'Ormuz reste bloqué, continuant d'alimenter une flambée des prix de l'énergie. Le conflit a érodé la confiance des consommateurs et tempéré les espoirs des marchés de voir la Fed reprendre un cycle d'assouplissement de sa politique monétaire.

Au cours de sa précédente réunion, organisée moins de trois semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, la Réserve fédérale avait déjà choisi le statu quo, sur fond d'incertitude accrue quant aux perspectives tant en matière de prix que d'activité économique.

Toutefois, outre une inflation élevée, "le taux de chômage a peu évolué ces derniers mois", tandis que l'économie continue de croître", à un rythme soutenu", a précisé mercredi la Fed.

Comme il l'a fait à chaque réunion de la Fed depuis qu'il a été choisi par le président Donald Trump pour intégrer le comité de politique monétaire, Stephen Miran s'est prononcé en faveur d'une baisse des taux d'un quart de point de pourcentage.

UN DÉFI ATTEND WARSH

Les divisions au sein de la Fed mettent en exergue le défi auquel sera confronté le futur patron de l'institution, Kevin Warsh, alors que Donald Trump réclame de longue date une baisse des taux.

Cette réunion d'avril devrait être en effet la dernière présidée par Jerome Powell, dont le mandat de huit ans à la tête de la banque centrale prend fin le 15 mai.

Le département américain de la Justice ayant clos la semaine dernière l'enquête visant Jerome Powell au sujet des travaux effectués au siège de la Fed, le processus de confirmation de la nomination de Kevin Warsh suit désormais son cours.

Une étape décisive dans ce processus a été franchi mercredi. La commission sénatoriale bancaire a approuvé la tenue d'un vote au Sénat, ouvrant la voie à ce que le successeur de Jerome Powell soit confirmé dans les semaines à venir.

Le communiqué de la Fed "laisse présager ce qui attend Kevin Warsh : une série de présidents de banques régionales de la Fed qui craignent qu'il ne plaide en faveur d'une baisse des taux alors que les perspectives d'inflation pourraient suggérer le contraire", a déclaré Jamie Cox, de Harris Financial Group.

Depuis son retour à la Maison blanche en janvier 2025, Donald Trump a régulièrement critiqué et attaqué Jerome Powell, lui reprochant de ne pas baisser les taux d'intérêt assez rapidement. Le président républicain s'est en revanche dit convaincu que Kevin Warsh mettra en oeuvre les baisses des coûts d'emprunt qu'il souhaite.

Si son mandat de président prend fin le mois prochain, le mandat de Jerome Powell comme membre du Conseil des gouverneurs de la Fed s'étend jusqu'en janvier 2028. Il est habituel que les patrons sortants de la Fed quittent également le conseil des gouverneurs à la fin de leur mandat, mais Jerome Powell a déclaré mercredi qu'il y resterait - une décision qu'il a justifiée par son inquiétude face aux procédures judiciaires visant l'institution.

"À l'issue de mon mandat de président, le 15 mai, je continuerai d'exercer mes fonctions de gouverneur pendant une période qui reste à déterminer", a-t-il déclaré lors de sa traditionnelle conférence de presse post-communiqué, ajoutant avoir l'intention "de faire profil bas en tant que gouverneur".

La dernière baisse des taux opérée par la Fed remonte à décembre dernier. Elle avait alors réduit ses taux de 25 points de base, comme en septembre et en octobre derniers.

Wall Street est restée en territoire négatif après le communiqué de la Fed, tandis que les rendements obligataires poursuivaient leur gains et que le dollar amplifiait sa progression (+0,31%) face à un panier de devises de référence

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Les marchés parient que la Fed laissera ses taux d'intérêt inchangés cette année et tablent sur une probabilité d'environ 40% d'une hausse d'ici avril 2027, contre environ 20% avant la publication du communiqué.

(Howard Schneider et Ann Saphir; version française Diana Mandiá, édité par Jean Terzian)