La Fed entame l'ère Warsh en laissant ses taux inchangés, prévoit une hausse en 2026
information fournie par Reuters 17/06/2026 à 22:55

(Actualisé avec clôture de la Bourse de New York, anticipations des marchés sur les taux)

par Howard Schneider

La Réserve fédérale américaine (Fed) a, comme prévu, laissé mercredi ses taux directeurs dans leur fourchette actuelle de 3,50% à 3,75% lors de la première réunion présidée par Kevin Warsh, tout en lançant un vaste programme de réformes concernant la communication sur sa politique monétaire.

Les nouvelles projections trimestrielles de la banque centrale montrent que neuf responsables de la Fed prévoient désormais une hausse des taux d'ici la fin de l'année 2026, tandis que la déclaration de politique monétaire a supprimé les formulations utilisées pour signaler la probabilité de nouvelles baisses des coûts d'emprunt en 2026.

Si les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dimanche un accord cadre en vue de mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février dernier, la flambée des prix de l'énergie provoquée par le conflit se répercute déjà sur l'inflation globale, bousculant les prévisions antérieures d'assouplissement monétaire et laissant présager une approche plus restrictive de la part de la banque centrale.

Les prévisions publiées mercredi montrent en effet que les responsables de la politique monétaire sont devenus plus pessimistes quant à l'évolution des prix.

Selon la médiane des prévisions, l'inflation, mesurée par l'indice des prix des dépenses de consommation personnelles (PCE), devrait désormais s'établir à 3,6% en fin d'année contre une prévision de 2,7% publiée en mars dernier.

Les prix devraient connaître ensuite un net ralentissement, ce qui permettra aux taux de revenir à leur niveau actuel fin 2027, puis de baisser légèrement en 2028.

"Le Comité garantira la stabilité des prix", indique le communiqué de la banque centrale.

La croissance du PIB devrait quant à elle s'établir à 2,2% cette année, contre une progression de 2,4% prévue en mars, tandis que le taux de chômage est vu à 4,4%.

REFONTE DE LA COMMUNICATION DE LA FED

La réunion de juin a été la première présidée par Kevin Warsh, qui a succédé à Jerome Powell le mois dernier pour un mandat de quatre ans et a promis lors de sa procédure de confirmation un nouveau "cadre" de maîtrise de l'inflation et une refonte de la manière dont l'institution communique au sujet de la politique monétaire.

Lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit la décision sur les taux d'intérêt, le président de la Fed a déclaré que le communiqué de politique monétaire s'était abstenu de fournir des "indications prospectives", estimant qu'elles n'étaient pas adaptées à la conjoncture économique actuelle.

"Je ne peux vous donner aucune indication prospective sur ce que nous allons faire ensuite. La bonne nouvelle, c'est que nous nous réunirons dans six semaines", a-t-il dit, en référence à la prochaine réunion de la banque centrale, prévue pour les 28 et 29 juillet.

Le communiqué de politique monétaire a par ailleurs adopté un format révisé qui se contente d'énoncer la décision relative aux taux et de réaffirmer l'intention de la banque centrale de maintenir "des réserves abondantes dans le système bancaire".

Ce document abrégé, qui revient à un format similaire à celui utilisé par l'ancien président Alan Greenspan, a été approuvé à l'unanimité.

Le nouveau patron de la Fed n'a pas présenté ses prévisions pour le "dot plot", graphique en points reflétant les anticipations des membres du comité sur la future évolution des taux d'intérêt, ce qui marque également une rupture avec la pratique antérieure.

Il a également annoncé la création de cinq groupes de travail chargés d'examiner la manière dont la banque centrale mène ses activités dans des domaines stratégiques clés, notamment son bilan, sa communication, ses sources de données, la productivité et l'emploi, ainsi que son cadre de lutte contre l'inflation.

"Cette décision de la Fed a été brève, mais pas agréable", note Karl Schamotta, stratégiste chez Corpay, soulignant que la refonte du communiqué officiel supprime toute référence aux orientations futures et en élimine la majeure partie des informations contextuelles que les marchés financiers analysent en détail.

Sur les marchés, le rendement des Treasuries à deux ans

US2YT=RR , le plus sensible aux anticipations sur les taux, s'envole de plus de 13 points de base à 4,1843%, son plus haut niveau depuis 16 mois, et le dollar s'apprécie, gagnant 0,84% face à un panier de devises de référence .DXY .

Le ton "hawkish" de la Fed a pesé sur la Bourse de New York, le Dow Jones .DJI clôturant en baisse de 0,98%, le Standard & Poor's 500 .SPX de 1,21% et le Nasdaq Composite .IXIC de 1,34%.

Les contrats à terme sur les taux d'intérêt indiquent désormais une probabilité supérieure à 50% que la Fed relève ses taux d'intérêt lors de sa réunion de septembre, selon l'outil FedWatch de CME.

(Reportage Howard Schneider, avec la contribution de Michael S. Derby et Ann Saphir ; version française Diana Mandiá, édité par Zhifan Liu)