La Fed devrait maintenir ses taux inchangés, avec un net abandon de son orientation accommodante
information fournie par TRIBUNE LIBRE 15/06/2026 à 11:10

Le siège de la Fed à Washington. (Crédits: Adobe Stock)

Commentaires de Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI


  • La Fed devrait maintenir ses taux inchangés en juin, avec un changement de ton marqué : les taux directeurs resteront inchangés, mais la tendance à l'assouplissement devrait être abandonnée.
  • La persistance de l'inflation redéfinit la fonction de réaction : les données et enquêtes récentes indiquent un regain de risques à la hausse.
  • Les projections et les messages devraient renforcer la prudence : des révisions à la hausse de l'inflation et des perspectives moins accommodantes sont probables.

Nous prévoyons que le FOMC maintiendra la fourchette cible des Fed funds inchangée à 3,50-3,75% lors de la réunion des 16 et 17 juin, conformément au consensus et aux anticipations du marché, mais qu'il abandonnera l'orientation accommodante en place depuis le début du cycle actuel de baisse des taux en septembre 2024. Cela refléterait une fonction de réaction plus équilibrée et des inquiétudes croissantes concernant la persistance de l'inflation.

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Le nouveau président Kevin Warsh aborde sa première réunion dans un contexte particulièrement complexe. Il hérite du Comité le plus divisé depuis plus de trois décennies, trois membres votants s'étant déjà opposés à la tendance à l'assouplissement en avril, tandis que le gouverneur sortant Stephen Miran a de nouveau voté en faveur d'une baisse des taux. Le dernier compte-rendu suggère que le centre de gravité du Comité s'est déplacé vers une position plus restrictive, alors que l'incertitude quant à la durée et aux implications économiques du conflit au Moyen-Orient continue de s'accroître.

Les données récentes n'ont guère contribué à apaiser ces inquiétudes. L'inflation de l'indice PCE (Personal Consumption Expenditures) sous-jacente, l'indicateur privilégié par la Fed, s'est accélérée à 3,3% en avril, son plus haut niveau depuis plus de deux ans. Dans le même temps, le dernier Beige Book a mis en évidence l'émergence d'effets d'inflation de second tour, parallèlement à des rapports faisant état de hausses de prix modérées à fortes. La résilience de l'activité économique et les signes de stabilisation des conditions sur le marché du travail plaident en faveur de perspectives de politique monétaire moins accommodantes.

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La mise à jour du résumé des projections économiques et le graphique en points devraient renforcer ce message. Nous anticipons des révisions à la hausse des projections d'inflation pour cette année et l'année prochaine, tandis que les perspectives de croissance à moyen terme devraient rester globalement inchangées, reflétant un optimisme persistant quant aux gains de productivité et aux améliorations du côté de l'offre.

La conférence de presse sera suivie de près. Warsh devrait être interpellé sur son ambition déclarée d'un «changement de régime» en matière de politique monétaire. Bien qu'il ait la réputation d'être un faucon traditionnel en matière d'inflation, Warsh croit fermement en une perspective désinflationniste tirée par l'IA et la productivité qui, conjuguée à une réduction du bilan de la Réserve fédérale, devrait au final justifier des taux d'intérêt structurellement plus bas. Ce point de vue n'est pas largement partagé au sein du Comité et pourrait compliquer les discussions sur la politique monétaire à l'avenir.

Dans un environnement économique et géopolitique en rapide évolution, nous prévoyons que le FOMC maintiendra ses taux inchangés cette année. Mais la résilience de la croissance, la stabilisation du marché du travail et les pressions inflationnistes croissantes ont fait pencher la balance des risques vers une orientation restrictive.