La Fed attentiste avant toute nouvelle décision
information fournie par TRIBUNE LIBRE 16/03/2026 à 11:37

Fed us (Crédits: Adobe Stock)

Par François Rimeu, stratégiste senior chez Crédit Mutuel AM


La Réserve fédérale (Fed) devrait laisser ses taux inchangés en mars, dans un contexte d'inflation persistante et d'incertitudes liées à la situation au Moyen Orient. La mise à jour trimestrielle du Résumé des perspectives économiques (SEP) pourrait refléter une orientation plus restrictive du Comité de politique monétaire (FOMC) : la majorité des membres restant concentrée sur les risques inflationnistes, davantage de responsables pourraient renoncer à anticiper une baisse de taux cette année.

Nos anticipations

  • Le FOMC maintiendra la fourchette cible des taux directeurs à 3,50 %–3,75 %. Deux dissidences sont attendues  (Stephen Miran et Christopher Waller) en faveur d'une baisse de 25 points de base. Michelle Bowman pourrait également soutenir cette position, compte tenu des destructions d'emplois observées en février selon le Bureau of Labor Statistics (BLS).
  • Le communiqué devrait rappeler la solidité de la croissance et une inflation encore élevée, tout en soulignant une incertitude macroéconomique accrue, notamment après l'invalidation des tarifs douaniers réciproques par la Cour suprême et dans un contexte de choc énergétique lié au conflit en Iran. La Fed notera également que les faibles créations d'emplois et la légère remontée du chômage témoignent d'une stabilisation encore fragile du marché du travail.
  • Le SEP resterait solide, avec une croissance supérieure à 2% cette année, bien que légèrement révisée à la baisse par rapport aux 2,3% de décembre compte tenu des répercussions du contexte géopolitique actuel. En parallèle, les projections d'inflation pour 2026 seraient relevées, tant pour l'indice global que pour l'indice sous-jacent, respectivement au-dessus des 2,4 et 2,5% publiés en décembre, dans un contexte de pressions inflationnistes accrues liées à l'énergie et d'un PCE [1] core toujours ferme, autour de 3%. S'agissant du marché du travail, aucune révision majeure n'est attendue, le taux de chômage demeurant autour de 4,4–4,5% en 2026.
  • Dans ce contexte, alors que plusieurs membres de la Fed insistent davantage sur les risques inflationnistes, les projections laisseraient entrevoir des taux d'intérêt élevés plus longtemps. Le taux médian anticipé pour 2026, stable à 3,4% depuis septembre, n'intégrerait plus de baisse — trois ajustements suffisant à déplacer la médiane. Quant au taux d'équilibre de long terme, estimé à 3%, il pourrait être légèrement relevé dans un contexte de gains de productivité plus soutenus.
  • Par ailleurs, la Banque centrale poursuivra les achats liés à la gestion de ses réserves (RMP), engagés fin 2025.

En résumé

Jerome Powell devrait réaffirmer une politique monétaire prudente et guidée par les données, en soulignant la solidité du cycle économique et un retour de l'inflation vers la cible seulement à partir de 2028. Il rappellera que tout assouplissement exigera des preuves tangibles d'un reflux durable de l'inflation vers 2 %, tout en restant prêt à réagir en cas de détérioration du marché du travail. Enfin, malgré le choc énergétique actuel, la Réserve fédérale devrait accepter des pressions temporaires sur les prix : les hausses de coûts liées à des chocs d'offre, généralement transitoires, ne justifient pas de réponse monétaire tant que les anticipations restent bien ancrées.

[1] Personal Consumption Expenditures, soit dépenses de consommation des ménages