La décision de la Cour suprême US sur les droits de douane pourrait secouer les marchés
information fournie par Reuters 08/01/2026 à 12:31

par Laura Matthews et Suzanne McGee

La Cour suprême américaine pourrait rendre sous peu sa décision concernant la légalité des droits de douane dits "réciproques" de Donald Trump et une potentielle annulation est susceptible de constituer un choc pour les marchés financiers.

Dans cette affaire, la plus haute juridiction des Etats-Unis, dont la décision pourrait intervenir dès vendredi, doit déterminer si le président américain avait le droit d'invoquer une loi de 1977, l'IEEPA (International Emergency Economic Powers Act), pour imposer des droits de douane sans l'approbation du Congrès.

Lors d'une audience en novembre, les juges de la Cour suprême ont émis des doutes sur la capacité de l'exécutif à recourir à cette loi, qui ne mentionne pas les droits de douane comme instrument de régulation des importations en cas d'urgence économique.

Au vu des critiques alors formulées, l'hypothèse d'une annulation pure et simple des surtaxes imposées en avril par Donald Trump est jugée plausible. Les sites de paris en ligne estiment à seulement 30% la probabilité que la Cour suprême confirme leur validité.

Une annulation des droits de douane aurait un impact direct sur le budget fédéral et serait donc susceptible de faire grimper les rendements des bons du Trésor tout en déclenchant une vague de volatilité sur les marchés d'actions, préviennent des analystes et des investisseurs.

"Nous n'avons jamais vu une décision ayant un tel impact économique", observe Eddie Ghabour, dirigeant de KEY Advisors Wealth Management.

Si la Cour suprême se prononce contre les droits de douane et oblige à un remboursement, "cela constituerait un frein majeur pour les marchés", prévient-il. "Ce serait comme si l'on asséchait le système de liquidités."

L'annonce de vastes droits de douane contre les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis au printemps dernier avait secoué les Bourses mondiales et fait chuter les rendements des bons du Trésor alors recherchés pour leur statut de valeur refuge.

Les marchés d'actions se sont nettement redressés depuis, atteignant même des plus hauts.

BOND INITIAL DE COURTE DURÉE

Pour certains investisseurs, les Bourses pourraient à court terme bondir si la Cour suprême décidait d'annuler les droits de douane existants, notamment les cours des entreprises qui ont dû absorber des coûts d'importation plus élevés.

Un remboursement de ces droits de douane, qui reste hypothétique même en cas d'annulation, conduirait à une amélioration notable de leurs résultats financiers, avec un afflux de capitaux estimé par les investisseurs entre 150 milliards et 200 milliards de dollars au cours des prochains mois.

"Les actions devraient globalement en bénéficier", estime John Velis, responsable de la stratégie macroéconomique pour la région Amériques chez BNY Markets. "En particulier, les secteurs de la distribution et des biens de consommation. L’électronique devrait également bien se comporter."

Certains investisseurs misent déjà sur les petites capitalisations, qui devraient profiter selon eux de la politique accommodante de la Réserve fédérale et pour lesquelles une annulation des droits de douane constituerait un coup de pouce supplémentaire.

"Si ces petites entreprises bénéficient en plus d'un allègement tarifaire, ce sera comme jeter de l'huile sur le feu", souligne Eddie Ghabour.

D'autres investisseurs préviennent toutefois que tout rebond des Bourses en cas d'annulation des droits de douane pourrait être de courte durée. L'administration Trump devrait probablement rapidement recourir à d'autres dispositions pour réimposer ces surtaxes.

"À court terme, ce ne sera que du bruit", pointe John Pantakidis, associé gérant de Twin Focus Capital.

Selon David Seif, économiste pour les marchés développés chez Nomura, Donald Trump pourrait recourir à cinq autres voies légales pour imposer des droits de douane, certains allant jusqu'à 15%.

"D'ici fin 2026, nous aurions certainement un régime tarifaire quasiment identique à celui en vigueur."

PRESSION SUR LES OBLIGATIONS

Selon JPMorgan, les recettes douanières annualisées des Etats-Unis pourraient chuter à environ 250 milliards de dollars, contre environ 350 milliards actuellement, à mesure que l'administration se tournerait vers d'autres voies juridiques permettant de réimposer des droits de douane mais à des taux plus bas.

Cette perspective, qui ravive les inquiétudes concernant les perspectives budgétaires des États-Unis, pourrait exercer une pression à la baisse sur les obligations du Trésor américain et faire grimper leurs rendements.

Une telle hausse pèserait in fine sur les Bourses, les investisseurs délaissant les actions pour se reporter sur les titres souverains plus attractifs.

Quelle que soit la décision de la Cour suprême, un épisode de volatilité est probable.

Sur des plateformes de paris prédictifs comme Polymarket, de nombreux investisseurs ont misé sur la décision de la Cour suprême et une décision dans un sens ou un autre pourrait provoquer d'importants repositionnements.

Donald Trump a quant à lui d'ores et déjà prévenu qu'une annulation des droits de douane constituerait un "désastre économique".

(Laura Matthews à New York et Suzanne McGee à Rhode Island ; avec la contribution de Davide Barbuscia et Anirban Sen à New York ; version française Blandine Hénault, édité par Kate Entringer)