La Cour Suprême britannique examine l'interdiction de Palestine Action, des manifestants arrêtés information fournie par AFP 04/11/2026 à 20:11
La cofondatrice de Palestine Action, Huda Ammori, a contesté mercredi devant la Cour suprême britannique l'interdiction de son groupe propalestinien classé terroriste par le gouvernement.
Au total 25 des soutiens de Palestine Action ont été arrêtés en marge de l'audience, d'après la police. Des manifestants s'étaient assis devant les grilles de la plus haute juridiction britannique mercredi matin, brandissant des pancartes.
Ils ont rejoint la liste des 4.200 personnes interpellées depuis l'interdiction du groupe par le gouvernement britannique en juillet 2025, selon Defend Our Juries, qui organise ces actions.
Parmi elles, de nombreux retraités, un prêtre ou la militante suédoise Greta Thunberg.
Toute expression de soutien à Palestine Action est passible de poursuites depuis que le groupe a été classé comme terroriste, au même titre qu'Al-Qaïda ou le Hezbollah.
L'interdiction de Palestine Action est "peut-être la mesure la plus autoritaire et draconienne adoptée de mon vivant", a déclaré l'acteur Alfred Enoch - qui n'a pas été arrêté.
L'acteur vu dans Harry Potter brandissait mercredi une pancarte: "Ceci est la démocratie, pas le terrorisme" .
L'interdiction est tombée après des actes de vandalisme perpétrés notamment sur une base de la Royal Air Force en juin et contre l'entreprise d'armement israélienne Elbit Systems en août 2024.
Des membres du groupe s'en étaient aussi pris en mars 2025 au golf de Donald Trump en Écosse, inscrivant sur le gazon "GAZA IS NOT 4 SALE" ("Gaza n'est pas à vendre").
L'interdiction de Palestine Action se base sur seulement "trois actions correspondant à la définition du terrorisme", sur un total de 385 actions menées par le groupe depuis sa création en 2020, a fait valoir devant les juges l'avocat Raza Husain qui défend le groupe.
Selon lui, il s'agit de la première organisation à être proscrite au Royaume-Uni pour avoir seulement causé des "dommages matériels". Le groupe "n'a jamais prôné la violence contre les personnes", a-t-i insisté.
"Palestine Action s'inscrit dans la tradition des groupes d'action directe motivés par leur conscience", a-t-il argumenté en citant les suffragettes.
Il également déploré "l'effet dissuasif" de cette interdiction, qui a d'après lui réduit au silence des milliers de partisans du groupe.
"Action directe"
L'audience devant la Cour Suprême se tient jusqu'à jeudi et la décision doit être rendue à une date ultérieure.
En février, la Haute Cour de Londres avait infligé un revers au gouvernement en jugeant "disproportionnée" sa décision de proscrire ce groupe britannique et de le classer terroriste.
Cette décision "s'est traduite par une atteinte très substantielle aux droits à la liberté d'expression et à la réunion", avait tranché la Haute Cour de Londres.
Mais la cour d'appel avait validé en juin l'interdiction. "Palestine Action promeut une violence illégale qui s'apparente au terrorisme", avait jugé la cour.
Cette précédente décision est "irréprochable", a affirmé mercredi l'avocat du ministère de l'Intérieur, James Eadie, devant la Cour.
Il a également rappelé que l'interdiction du groupe avait été approuvée à une large majorité par le Parlement britannique en juillet 2025.
Les organisations britanniques Community Security Trust et Jewish Leadership Council se sont jointes à la procédure pour soutenir l'interdiction.
La communauté juive est "particulièrement vulnérable aux activités violentes de Palestine Action", arguent-elles.
Créé en 2020, Palestine Action se présente comme un "mouvement d'action directe engagé à mettre fin au soutien mondial au régime génocidaire et d'apartheid d'Israël".
Il a gagné en visibilité après le début de la guerre à Gaza, provoquée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
Sa cofondatrice, Huda Ammori, a été autorisée à contester l'interdiction au motif d'un vice de procédure: le Home Office n'aurait pas respecté ses propres critères d'évaluation au moment d'interdire le groupe.
Dans un communiqué publié mercredi, elle a exhorté "les juges de la Cour suprême à mettre définitivement fin à cette dérive autoritaire". Et a déjà annoncé, si nécessaire, son intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).
Parmi les autres répercussions, les livres de l'écrivaine Sally Rooney, qui a annoncé en août 2025 son intention de reverser une partie de ses droits d'auteur à Palestine Action, ne sont plus distribués au Royaume-Uni.
Son éditeur Faber a annoncé cette décision mi-octobre, faute de pouvoir lui reverser les revenus générés par son travail.