La correction des valeurs tech reste le vrai sujet du moment information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 17/07/2026 à 14:31
Le 17 juillet 2026
La dégradation de la situation au Moyen-Orient freine l'appétit pour le risque, écrivent les commentateurs. Inutile, en effet, de s'étendre sur l'énorme fiasco que représente l'échec des négociations de paix entre l'Iran et les Etats-Unis. La prudence des investisseurs, face à la menace d'un retour en force de l'inflation et d'une nouvelle paralysie du commerce mondial, est bien compréhensible. La tension est forte. Toutefois, les marchés ne craquent pas, loin de là. Les valeurs européennes ont connu une fin de semaine difficile, mais l'indice Eurostoxx 50 n'est qu'à 200 points de ses plus hauts niveaux. Le CAC 40 est un peu plus loin, mais autour de 8.300 points à l'ouverture ce vendredi, il continue de porter beau. Notre indice national est sorti de la zone rouge, avec un léger gain depuis le début de l'année.
En dépit des apparences, les valeurs européennes ont plus d'atouts dans leur manche qu'il y paraît. Parmi ceux-ci figure le ralentissement de l'inflation dans la zone euro en juin dernier à 2,8%. C'est certes toujours plus que l'objectif de 2% que s'est fixé la BCE, mais la détente observée est suffisante pour permettre à la BCE de reporter à plus tard ses velléités de hausse des taux que les marchés redoutaient pour la semaine prochaine. Malgré la remontée récente du prix du baril de pétrole, il semblerait que les effets de second tour sur la boucle prix-salaire, tant redoutés des économistes, ne soient toujours pas perceptibles.
L'annonce, en parallèle, d'une baisse inattendue de 1,2% de la production industrielle dans la zone euro ne constitue certes pas une bonne nouvelle, mais l'expérience montre que les marchés s'accommodent nettement mieux d'une faible croissance sans tension sur les taux d'intérêt, que d'une activité forte contraignant les banques centrales à durcir leur politique monétaire. Surtout, si les résultats des entreprises sont orientés à la hausse. Or, c'est semble-t-il bien le cas, puisque les premières publications semestrielles des sociétés européennes sont tout à fait encourageantes.
Les analystes estiment en effet que le premier semestre 2026 pourrait être la meilleure saison de publication de résultats en Europe depuis plus de trois ans. Les anticipations de progression des profits pour l'ensemble de l'année sont édifiantes, elles portent sur une hausse attendue de 12 à 13% des bénéfices des grandes valeurs de la cote européenne. Les principaux moteurs de la croissance des profits reposent sur la vigueur du secteur technologique, la finance et un certain nombre de valeurs cycliques, dont celles de l'automobile qui avaient souffert l'an dernier. La capacité des entreprises européennes à préserver leurs marges constitue un autre sujet de satisfaction. Les tensions observées sur le coût des matières premières et de l'énergie ont été tant bien que mal maîtrisées et les gains de productivité sont toujours à l'œuvre dans les entreprises. Comparé à un taux de progression des profits de 26% pour les grandes valeurs américaines, la progression attendue des bénéfices des sociétés européennes peut paraître faible, mais compte tenu de leurs niveaux de valorisation jugés tout à fait raisonnables, elles disposent d'un bon potentiel d'appréciation d'ici à la fin de l'année.
Les performances de nos différents portefeuilles ont peu évolué au cours de cette semaine. Comme le montrent les graphiques ci-joints, nos quatre portefeuilles continuent de surperformer le CAC 40 depuis le début de l'année (+2,8% pour l'indice depuis le 1er janvier). Avec une hausse de plus de 24,7%, l'Offensif sort très nettement du lot, mais son avance a tendance à s'effriter par rapport aux 32% atteints début juin. Malgré les prises de bénéfices auxquelles nous avons procédé début juin, notre portefeuille Offensif reste largement dominé par les investissements réalisés dans le compartiment des valeurs technologiques européennes, ayant beaucoup souffert ce mois-ci. Des baisses significatives ont été observées sur Aixtron, STMicroelectronics et Soitec. Même ASML Holding, dont les résultats trimestriels ont dépassé toutes les attentes et dont les objectifs pour 2026 ont été relevés, est parti pour terminer la semaine en baisse. Sur un mois, le titre a perdu plus de 7%.
Quelle stratégie d'ici à la fin juillet ? Plus encore que l'aggravation de la situation au Moyen-Orient, le principal sujet de préoccupation du moment reste la correction des valeurs technologiques. Les risques sont d'autant plus importants que l'essentiel de la hausse intervenue à Wall Street ces derniers mois provient de la « tech ». Sans cette locomotive, on a du mal à imaginer comment le marché puisse trouver l'énergie suffisante pour poursuivre sa marche en avant.
Toute la question est de savoir si nous assistons à une saine consolidation après des mois d'excès sur toutes les valeurs concernées de près ou de loin par l'IA, ou si les figures de proue du Nasdaq sont entrées dans une correction de grande ampleur. Jensen Huang, le patron de Nvidia, l'a encore répété cette semaine lors d'une visite au Japon : « la croissance de l'IA n'en est qu'à ses débuts ». Sur ce sujet, tout le monde est à peu près d'accord. Le problème, c'est que les investisseurs ne sont plus dans l'incantation. A ce jour, les profits sont là, notamment dans le secteur des semi-conducteurs, mais qu'en sera-t-il dans les mois à venir ? Les inquiétudes du marché portent désormais sur un risque de surcapacité dans le domaine de la production de puces, en raison des progrès vertigineux réalisés par les fabricants chinois et sud-coréens de composants qui s'apprêtent à inonder le marché avec des produits aussi performants que bon marché. Si c'est le cas, les micro-processeurs destinés au développement de l'IA et au stockage des données pourraient devenir une « commodité » comme les autres, ne justifiant pas les niveaux de valorisation faramineux atteints dans le secteur de la tech à Wall Street. La réponse est dans la question : l'IA est sans doute en train d'entrer dans un nouveau cycle de maturité qui nécessite des ajustements dont nous voyons les premières conséquences boursières.
Conclusion, il est encore trop tôt pour reprendre position dans une optique offensive. Nous conservons en l'état le volant de liquidités dont nous disposons sur l'ensemble de nos portefeuilles.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine