La correction de l'IA, un mouvement aux effets financiers et économiques multiples information fournie par AFP 06/11/2026 à 13:32
"Correction", "déroute", "débâcle" : les valeurs boursières liées à l'intelligence artificielle (IA) se sont effondrées jeudi, après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, qui accroissent la probabilité d'une régulation du développement tous azimuts des centres de données.
Quelles peuvent être les conséquences économiques et financières d'un tel mouvement ?
L'IA, moteur des marchés et de l'économie
Les investissements massifs des géants de la tech pour construire des "data centers" destinés à entraîner les modèles d'intelligence artificielle sont devenus l'un des principaux moteurs de la croissance du PIB des États-Unis, première économie mondiale.
Selon Bruno Cavalier, économiste de la banque Oddo BHF, ces dépenses "ont ainsi contribué en 2025 et en 2026 à 30 % de la croissance des États-Unis", avec des investissements pour construire des centres de données ayant "bondi de 150 %".
Ces dépenses colossales ruissellent depuis des mois sur les entreprises qui équipent ces infrastructures, particulièrement celles du secteur des semi-conducteurs et des puces électroniques, dont les cours de Bourse ont flambé sur les grandes places financières.
Or, les marchés "intègrent désormais qu'avec la victoire des démocrates dans les États où il y a le plus de projets, la construction sera peut-être plus chère et prendra plus de temps", menaçant cette dynamique, selon Kevin Thozet, du comité d'investissement de Carmignac.
Coup dur pour les ménages américains
Aux Etats-Unis, beaucoup de ménages possèdent des actions, un phénomène qui s'accroît : "43 % de leur richesse financière est désormais exposée au marché des actions, dix points de plus qu’en 2000", selon Bruno Cavalier.
Une baisse des cours a dès lors des conséquences directes sur leur pouvoir d'achat, d'autant plus pour "les retraités, dont la retraite dépend pour partie des cours de Bourse" et "qui verraient leurs revenus baisser", expose Sylvain Bersinger, économiste chez Bersingéco.
Par ailleurs, "les 10 % des Américains les plus riches représentent actuellement 50 % de la consommation. Ils sont ceux qui détiennent le plus d'actions et qui ont le plus profité de la hausse des cours grâce à la tech", explique à l'AFP Alexandre Baradez, analyste chez IG France.
Si le mouvement baissier s'installe, les dépenses des ménages les plus riches pourraient à leur tour freiner, ne permettant plus de compenser le ralentissement des dépenses du reste de la population américaine, qui souffre de la flambée de l'inflation des derniers mois.
Interrogations sur l'accès au capital de la tech
Les géants de la tech ont de plus en plus recours à la dette pour financer leurs investissements dans l'IA. Pour le moment, ils n'ont aucun mal à accéder aux capitaux, mais un mouvement de défiance généralisé compliquerait leur tâche.
"On est dans un moment pas simple, avec des actions qui baissent et des taux d'intérêt élevés sur les marchés de la dette - qui ne devraient pas être assouplis tout de suite par les banques centrales", explique Alexandre Baradez.
"Il y a un petit risque en termes de conditions financières si la situation venait à durer", ajoute-t-il.
Mais, "la vérité c'est que les démocrates seront pragmatiques, il n'y aura pas d'arrêt généralisé de construction de centres de données. Cela peut même être sain, en mettant à l'arrêt les projets les plus fragiles", estime Jacques-Aurelien Marcireau, de Stilgar AM.
Des introductions en Bourse repoussées ?
Avant même la correction de cette semaine, l'humeur sur les marchés était moins favorable à la tech, car les investisseurs doutent de la rentabilité future des dépenses massives pour développer l'IA.
Plusieurs entreprises ont déjà repoussé leur introduction en Bourse, la plus emblématique étant OpenAI, créateur de ChatGPT, attendue finalement en 2027. Dans ce contexte, "le grand test sera l'introduction d'Anthropic", selon Alexandre Baradez.
Le développeur de l'assistant Claude vise une cotation la semaine du 16 novembre et devrait lever jusqu'à 100 milliards de dollars, selon la presse américaine, ce qui en ferait la plus importante de l'histoire, devant celle de SpaceX en juin (près de 86 milliards).
Toutefois, il pourrait devoir se contenter d'une valorisation inférieure aux 1.500 milliards de dollars pour son entrée en Bourse, la chute brutale des valeurs technologiques ayant refroidi des investisseurs clés, a rapporté jeudi le Wall Street Journal.