La BCE s'apprête à relever ses taux alors que les risques d'inflation refont surface
information fournie par Vanguard 09/06/2026 à 14:29

Le siège de la BCE, à Francfort. (Crédits: Adobe Stock)

Par Josefina Rodriguez, économiste et stratégiste chez Vanguard


L'essentiel : La BCE devrait relever ses taux de 25 points de base (pb) lors de la réunion de jeudi, portant le taux de la facilité de dépôt à 2,25%, conformément aux anticipations du marché. Cette décision viendrait répondre à des perspectives d'inflation plus persistantes, alimentées par des prix de l'énergie supérieurs aux projections de mars.
Bien que la croissance se soit affaiblie, le Conseil des gouverneurs devrait insister sur la nécessité de se prémunir contre le risque de dérive des anticipations d'inflation. La communication devrait rester formellement dépendante des données et adoptée réunion par réunion, avec des indications prospectives limitées sur la trajectoire à venir.

Points clés

  • Le choc énergétique s'est avéré plus persistant : bien que les prix de l'énergie se soient stabilisés depuis la réunion d'avril, ils restent nettement supérieurs aux niveaux intégrés dans les projections de mars, et les courbes à terme se sont déplacées à la hausse. Cela suggère un choc énergétique plus persistant que prévu, avec une pression à la hausse continue sur l'inflation à court terme. Le contexte énergétique reste donc un facteur clé de la réévaluation des perspectives par la BCE.
  • Les pressions inflationnistes s'intensifient : l'inflation globale a atteint 3,2% en mai et devrait rester élevée à court terme, soutenue par la hausse des prix de l'énergie et ses effets indirects. L'inflation sous-jacente s'est également accélérée et a surpris à la hausse, la hausse des prix des services continuant de progresser et les indicateurs d'enquête faisant état de pressions sur les prix plus fortes. Si les effets de second tour restent limités pour l'instant, les anticipations d'inflation à court terme ont légèrement augmenté. Les risques pesant sur les perspectives d'inflation restent donc orientés à la hausse.
  • L'activité s'affaiblit à mesure que le choc se répercute : Dans le même temps, le contexte de croissance s'est dégradé. Les enquêtes récentes signalent un ralentissement de l'activité dans l'ensemble des secteurs, tandis que les indicateurs avancés suggèrent une dynamique modérée au moins jusqu'à l'été. Le PIB du premier trimestre a d'ailleurs été révisé à la baisse à -0,2%, confirmant ce fléchissement. Par ailleurs, la hausse des prix de l'énergie et le resserrement des conditions financières continuent de peser sur la demande. Dans ce contexte, la BCE fait face à une situation plus délicate, marquée par une croissance plus faible et une inflation toujours élevée.
  • Des perspectives s'éloignant du scénario de référence de mars : Par rapport aux projections de mars, les données récentes pointent à la fois vers une inflation plus élevée et une croissance plus faible, rapprochant ainsi les perspectives du scénario défavorable de la BCE. Dans ce contexte, les nouvelles projections des services de la BCE devraient réviser l'inflation à la hausse pour 2026-2027, avec une dynamique plus persistante, tandis que les prévisions de croissance devraient être ajustées à la baisse.
  • Le message de politique monétaire : resserrement, mais calibré avec prudence : Nous anticipons que le Conseil des gouverneurs présentera la hausse des taux comme un ajustement mesuré, motivé par des perspectives d'inflation plus persistantes, plutôt que comme le début d'un cycle de resserrement agressif. Le communiqué devrait insister sur le niveau élevé d'incertitude, la nécessité de rester vigilant face aux risques inflationnistes et l'importance d'éviter un désancrage des anticipations. Dans le même temps, la BCE devrait conserver toutes les options ouvertes, en réaffirmant le caractère dépendant des données de sa politique monétaire.
  • La conférence de presse devrait mettre l'accent sur la flexibilité et les options disponibles : Christine Lagarde devrait présenter cette décision comme appropriée au regard de l'évaluation actualisée des perspectives d'inflation. Toutefois, nous ne nous attendons pas à un signal ferme sur la trajectoire à venir. Elle devrait plutôt insister sur la nécessité de disposer de données supplémentaires, notamment concernant la persistance de l'inflation et les effets de second tour, avant de définir les prochaines étapes.

Notre analyse : Nous nous attendons à ce que la BCE relève ses taux de 25 pb lors de la réunion de cette semaine, avant une nouvelle hausse plus tard dans l'année, portant le resserrement total à 50 pb en 2026. Selon nous, ces ajustements doivent être interprétés comme des hausses de précaution, destinées à contenir le risque d'effets de second tour et d'un dérapage des anticipations d'inflation à la suite du choc énergétique. Si la zone euro part d'une situation plus favorable qu'en 2022, le récent durcissement du ton dans la communication suggère que le Conseil des gouverneurs n'est plus dans une posture d'attentisme pur et simple, mais prêt à agir si les risques inflationnistes réapparaissent. Nous estimons néanmoins que le cycle de resserrement restera limité et réversible, avec un nouvel assouplissement de la politique monétaire en 2027, à mesure que le choc énergétique se dissipera.