La BCE maintient ses taux sans exclure une hausse en décembre, prudence quant à la croissance information fournie par Reuters 29/10/2026 à 18:27
La Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, laissé jeudi ses taux directeurs inchangés après deux hausses cette année, sans exclure une nouvelle hausse des coûts d'emprunt en décembre, mais se montrant prudente face à l'impact de la flambée des coûts d'emprunt sur la croissance.
Cette décision, prise à l'unanimité et publiée quelques heures après l'annonce du départ anticipé de Christine Lagarde de la présidence de l'institution, était largement anticipée par les économistes et les marchés et laisse le taux de dépôt à 2,50%, celui du refinancement à 2,65% et celui du prêt marginal à 2,90%.
"Les prix de l'énergie ont continué à augmenter, ce qui fait peser des risques à la hausse sur les perspectives d'inflation et des risques à la baisse sur les perspectives de croissance", a souligné la banque centrale dans son communiqué de politique monétaire.
Après deux relèvements des taux d'intérêt en juin et septembre, la BCE semble toutefois être moins pressée en l'absence de signes d'effets inflationnistes de second ordre.
"À l'heure actuelle, nous ne constatons pas de risques d'effets de second ordre s'ajoutant à ceux déjà pris en compte dans les projections", a déclaré Christine Lagarde lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit la décision, ajoutant qu'une approche "mesurée" restait appropriée.
L'institut monétaire précise que l'inflation sous-jacente, qui exclut les éléments les plus volatils, comme l'énergie, restait "globalement stable" et que les salaires n'avaient pas réagi de manière "significative" à la hausse des prix.
La BCE reste toutefois vigilante face à l'évolution des prix, en gardant un oeil sur les cours du pétrole et du gaz, et estime que les données à venir seront déterminantes d'ici la dernière réunion de l'année, pour laquelle les marchés continuent de tabler, avec une probabilité qui se maintient autour de 80%, sur une nouvelle hausse des coûts d'emprunt.
"Cela nous aidera en effet à déterminer si la situation que nous observons actuellement, qui aurait pu justifier une hausse des taux, va se confirmer, et dans ce cas, la ligne à suivre est tout à fait claire", a déclaré Christine Lagarde.
L'inflation dans la zone euro s'est accélérée à 3,8% sur un an en septembre, dépassant largement l'objectif de 2% de Francfort, alors que le conflit au Moyen-Orient maintient les prix du pétrole bien au-dessus des 110 dollars le baril.
Trois sources ont dit jeudi à Reuters que les responsables de Francfort prévoient de relever les taux en décembre, puis de marquer une pause, la récente flambée des rendements obligataires devant à son tour peser sur la croissance et les prix.
RESSERREMENT DU CRÉDIT
Cette pause dans la hausse des taux intervient en effet à un moment où les coûts d'emprunt ont fortement augmenté, notamment en France, ce qui, comme l'a souligné ce même mois Philip Lane, chef économiste à la BCE, pourrait limiter l'ampleur du resserrement monétaire nécessaire pour contenir l'inflation.
Le rendement de l'obligation souveraine française à 10 ans FR10YT=RR a atteint la semaine dernière le seuil psychologique de 5% pour la première fois depuis juillet 2002, sur fond d'inquiétude des investisseurs quant à la capacité de la deuxième économie de la zone euro à réduire son déficit.
Une série d'enquêtes publiées cette semaine par la BCE mettent par ailleurs en évidence ce resserrement des conditions de crédit, qui a déjà fait reculer considérablement la demande de prêts immobiliers dans la zone euro. Les entreprises du bloc ont quant à elles de plus en plus de mal à obtenir des crédits auprès de leurs banques.
"Les conditions de financement se sont durcies depuis la dernière réunion du Conseil des gouverneurs, ce qui devrait peser sur l'inflation et la croissance", a réaffirmé la BCE jeudi dans son communiqué.
Piotr Matys, analyste chez Intouch Capital Markets, souligne que cette déclaration pourrait amener certains à penser que le seuil à partir duquel de nouvelles hausses des taux pourraient intervenir serait plus élevé que ne le supposent les marchés.
"A l'instar de la Fed, la décision de la BCE de ne pas relever ses taux directeurs en octobre malgré la poursuite de la hausse des prix de l'énergie s'explique essentiellement par la hausse des taux longs significative des deux derniers mois", écrit dans une note Bastien Drut, analyste chez CPRAM.
Il estime toutefois que les prévisions économiques qui seront publiées en décembre devraient afficher "un chemin d'inflation trop élevé pour que la BCE n'agisse pas".
(Reportage Balazs Koranyi et Francesco Canepa ; rédigé par Diana Mandiá)