La bataille pour contrôler Castel, géant des boissons, se joue en justice information fournie par Boursorama avec AFP 30/09/2026 à 08:10
Après des mois de "turbulences", la justice singapourienne doit se prononcer vendredi sur l'affrontement qui secoue Castel, empire du vin français et de la bière africaine, entre la famille du fondateur, aujourd'hui presque centenaire, et l'actuelle direction.
Le conflit, apparu fin 2025, s'est cristallisé en janvier lors de l'assemblée générale d'une des principales structures du groupe, début d'un bras de fer sans merci dans différents pays.
La Haute Cour de Singapour doit déterminer qui aura la mainmise sur Investment Beverage Business Management (IBBM), entité basée dans la cité-État et contrôlant la holding de tête IBBF: soit la juridiction conforte le Suisse Gregory Clerc, directeur général depuis 2023, soit elle donne raison à Romy Castel, fille unique du fondateur, et à Alain Castel, neveu de ce dernier et patron de la puissante filiale vins du groupe.
En jeu, l'avenir d'un géant mondial des boissons fondé à Bordeaux en 1949 par Pierre Castel (99 ans), affichant 40.000 employés et 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, fort des marques Baron de Lestac, Roche Mazet, Listel, Maison Nicolas...
"Il y a des turbulences parce que Pierre Castel est toujours en vie mais il est très âgé", relève un bon connaisseur du secteur viticole bordelais. "Il a cédé les rênes de son entreprise à son avocat fiscaliste qui est devenu directeur général. Donc ça crée des tensions actionnariales."
Redressement fiscal
Tensions aggravées par la menace d'un redressement fiscal en France de plusieurs millions d'euros, jusqu'à un milliard dans sa "fourchette haute" selon l'entreprise.
Depuis des mois, brandissant le droit de propriété, Romy et Alain Castel évoquent une "crise de gouvernance", un groupe "accaparé" par Gregory Clerc.
Ce dernier, lui, assure respecter "l'architecture" voulue "dès 1992" par Pierre Castel, dissociant "détention du capital" et "gestion opérationnelle".
Fin 2025, Alain Castel a été démis du conseil d'administration de DF Holding, société luxembourgeoise dirigée par M. Clerc et chapeautant les trois principales entités opérationnelles: Castel Vins, Castel Afrique et la filiale agro-industrielle Somdia.
En février, une assemblée générale d'IBBM a tourné au règlement de comptes, Romy et Alain Castel tentant d'évincer Gregory Clerc, lequel a contesté la validité du vote.
Saisie, la justice singapourienne a suspendu provisoirement Gregory Clerc comme administrateur d'IBBM, en attendant la décision de vendredi.
La fille du fondateur réclame son éviction définitive et espère, en cascade, le démettre de DF Holding.
Mais des proches du dirigeant suisse réfutent tout effet domino en raison du contrôle de la holding de tête par un trust (tiers gérant une société pour le compte des bénéficiaires), susceptible selon eux d'ignorer les directives d'IBBM.
À mesure que le conflit s'envenimait, Romy Castel a été également démise du conseil d'aministration de Castel Vins et de Somdia pour avoir critiqué la possible vente d'une filiale camerounaise, qu'elle juge "essentielle" à la "vision" de Pierre Castel d'un groupe intégré verticalement.
Plaintes pénales
L'affaire s'est aussi étendue au pénal : plainte déposée à Genève par Romy Castel pour "gestion déloyale" et "blanchiment d'argent" visant Gregory Clerc pour des faits remontant à l'époque où il était son avocat fiscaliste personnel ; plainte au Luxembourg contre M. Clerc pour abus de biens sociaux en rapport avec sa rémunération, dont le parquet a estimé qu'elle relevait du civil et non du pénal ; plainte à Paris visant M. Clerc pour "recel d'abus de confiance"...
Mme Castel, qui réside en Suisse, est pour sa part "mise en prévention" (inculpée) à Genève pour faux et usage de faux, M. Clerc l'accusant d'avoir usurpé la signature de son père sur une procuration, ce qu'elle nie.
"Chaque décision rendue à Singapour depuis février est allée dans le sens d'une reprise en main progressive et légitime de la gouvernance du groupe. Nous abordons la prochaine étape avec la même sérénité", souligne l'entourage de Romy Castel.
"Il y a ceux qui travaillent à assurer la prospérité d'un groupe de 40.000 personnes et ceux qui font des communiqués de presse tous les jours. Cette décision ne constituera qu'une étape, loin d'avoir l'importance qui lui est prêtée", répond une source proche de la direction. "De nombreux verrous existent pour empêcher la prise de contrôle du groupe par une seule branche de la famille au préjudice de tous."