(Actualisé avec déclarations de Jordan)
par Silke Koltrowitz et Angelika Gruber
BERNE, 15 juin (Reuters) - La Banque nationale suisse (BNS)
a déclaré jeudi qu'une réduction de la taille de son bilan
n'était pas à l'ordre du jour, les risques politiques et
économiques ne s'étant pas suffisamment dissipés pour l'amener à
renoncer à sa politique monétaire ultra-accommodante.
La BNS a, comme prévu, maintenu sa politique inchangée face
à un franc suisse qu'elle juge "nettement surévalué".
La marge de fluctuation du taux Libor à trois mois demeure
comprise entre 1,25% et 0,25% et le taux d'intérêt appliqué
aux avoirs à vue détenus à la BNS reste quant à lui fixé à
0,75%, conformément au consensus des prévisions des économistes
interrogés par Reuters.
Prié de dire au cours d'une conférence de presse si la BNS
envisageait de réduire son bilan, le président de la banque
centrale suisse, Thomas Jordan, a répondu: "La question ne se
pose pas. Notre politique monétaire demeure expansionniste pour
les raisons que nous avons données, c'est-à-dire la faible
inflation, la sous-utilisation des capacités de production et u
franc significativement surévalué."
Thomas Jordan n'a pas exclu de nouvelles baisses de taux si
nécessaire et il a déclaré que la BNS pourrait aussi continuer à
intervenir sur le marché des changes pour affaiblir le franc.
"Nous pesons toujours le pour et le contre pour voir ce qui
mérite d'être fait pour obtenir le meilleur résultat", a-t-il
dit.
La BNS juge que l'économie mondiale se redresse conformément
aux prévisions et que la situation s'améliore sur les marchés du
travail alors que l'inflation reste modeste, de manière
surprenante, dans la plupart des économies développées.
"Dans notre scénario de base, nous nous attendons à une
poursuite de la normalisation de la politique monétaire aux
Etats-Unis, en fonction évidemment des développements
économiques, et à (une politique monétaire) qui reste
expansionniste en Europe", a dit Thomas Jordan.
PLUS DE MARGE DE MANOEUVRE EN 2018 ?
Il a ajouté que les risques politiques s'étaient quelque peu
atténués à la suite des élections en France mais qu'ils
n'avaient pas complètement disparu et pourraient encore exercer
des pressions à la hausse sur le franc.
Dans son évaluation de politique monétaire, la BNS dit
s'attendre à ce que l'économie mondiale se développe
favorablement mais elle fait état de risques baissiers
considérables sur son scénario de base prudemment optimiste.
La BNS a gelé ses taux depuis qu'elle a abandonné le plafond
du franc face à l'euro en janvier 2015, ce qui a provoque une
forte appréciation de la devise suisse face à la monnaie unique
européenne.
Ses efforts pour contenir la hausse du franc sont toutefois
entravés par la politique elle aussi ultra-accommodante de la
Banque centrale européenne, engagée notamment dans un vaste
programme de rachats d'actifs.
Pour Alessandro Bee, économiste d'UBS, la perspective de a
voir la BCE annoncer d'ici la fin de l'année son intention de
commencer à réduire ses achats d'actifs en 2018 pourrait
toutefois faciliter la tâche de la BNS.
"La politique monétaire un peu plus 'faucon' de la BCE
pourrait donner accroître la marge de manoeuvre monétaire de la
BNS au cours des prochains trimestres. Nous nous attendons à ce
que la BNS commence par laisser sa politique monétaire inchangée
et laisse le franc baisser. Ce n'est qu'en juin 2018 que la BNS
pourrait utiliser sa marge de manoeuvre monétaire pour relever
une fois les taux", explique-t-il.
La BNS a maintenu jeudi sa prévision de croissance de
l'économie suisse à environ 1,5% et sa prévision d'inflation à
0,3% cette année. Elle a en revanche abaissé de 0,1 point ses
prévisions d'inflation pour 2018 et 2019, à respectivement 0,3%
et 1%.
(Avec Joshua Franklin et John Revill; Bertrand Boucey pour le
service français, édité par Marc Angrand)