L'Ukraine porte la guerre à Moscou, qui promet de se venger
information fournie par Reuters 18/06/2026 à 17:45

(Actualisé tout du long)

L'explosion a été si puissante que le couvercle de la citerne de pétrole a volé dans le ciel de Moscou comme un frisbee.

Pour la deuxième fois en trois jours, des drones ukrainiens ont échappé aux défenses antiaériennes russes et réussi à frapper une importante raffinerie au sud-est de Moscou, provoquant un violent incendie.

Selon le ministère de la Défense russe, 555 drones ukrainiens ont été abattus jeudi à travers le pays. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a précisé que 180 d'entre eux l'avaient été autour de la capitale.

"Plusieurs drones ont réussi à atteindre la raffinerie de pétrole de Moscou", a-t-il déclaré, ajoutant qu'un centre commercial avait également subi des dégâts mineurs.

L'Ukraine a multiplié les frappes en territoire russe ces derniers mois, visant particulièrement les raffineries et les dépôts de pétrole qui alimentent la machine de guerre russe.

Mais la raffinerie ciblée à deux reprises cette semaine, située dans le périmètre de la capitale russe, à seulement une quinzaine de kilomètres du Kremlin, envoie un signal fort aux Moscovites pour lesquels la guerre en Ukraine est longtemps restée un évènement lointain et invisible.

"L'une des questions les plus fréquemment posées par les Moscovites ce matin est : 'Que se passe-t-il ?' Je peux y répondre. Votre pays a déclenché une guerre d'agression contre le nôtre. Depuis des années, il tue notre peuple. Maintenant que vous savez ce qui se passe, demandez à Vladimir Poutine quand il compte y mettre fin", écrit le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, sur le réseau social X.

Après l'humiliation des attaques de drones couronnées de succès contre une raffinerie et une base navale à Saint-Pétersbourg en plein forum économique présidé par Vladimir Poutine, ces nouvelles frappes sont aux yeux de Kyiv le signe d'un changement de rapport de forces, un message martelé par le président Volodimir Zelensky lors du sommet du G7 en début de semaine en France.

PÉNURIE D'ESSENCE

Un conseiller du Kremlin a une nouvelle fois nié jeudi que le vent soit en train de tourner, plus de quatre ans après le début de ce que Moscou présente toujours comme une "opération militaire spéciale" en Ukraine, mais il devient difficile pour les autorités russes de passer sous silence le renforcement des capacités de frappes en profondeur de Kyiv, aussi bien avec des drones qu'avec des missiles.

L'attaque menée jeudi contre la capitale russe a provoqué de fortes perturbations. Le trafic aérien a été suspendu dans les aéroports de Moscou, celui de Cheremetievo, le plus fréquenté, a été évacué, et la circulation a été coupée sur le périphérique passant aux abords de la raffinerie en feu.

Dans les groupes de discussions en ligne, de nombreux Moscovites se plaignent de l'absence de système d'alerte, aucune sirène ne s'étant déclenchée à l'approche des drones ukrainiens, tandis que des habitants ont déclaré à une chaîne d'information locale qu'il pleuvait des gouttes de pétrole sur les voitures et les fenêtres des habitations aux abords de la raffinerie.

Signe de l'efficacité de la campagne de frappes ukrainiennes visant les infrastructures pétrolières, des pénuries d'essence sont signalées depuis des semaines dans plusieurs régions du pays. L'un des principaux distributeurs a augmenté le prix de son carburant premium de 19% la semaine passée, ce qui lui a valu une demande d'explication des autorités.

Selon des sources industrielles, la Russie, troisième producteur de pétrole au monde et en temps normal important exportateur de brut et de produits raffinés, devrait ce mois-ci importer du pétrole par voie maritime.

GUERRE PSYCHOLOGIQUE

Pour Kyiv, l'attaque contre la raffinerie de Moscou a aussi une dimension symbolique et psychologique, les vidéos de l'incendie s'étant rapidement propagées sur les réseaux sociaux, souvent accompagnées de commentaires moqueurs.

Les dirigeants russes ne s'y sont pas trompés. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré jeudi qu'en représailles, la Russie mènerait "de manière régulière des frappes coordonnées massives" contre l'Ukraine - ce qu'elle fait en réalité depuis des mois.

Volodimir Zelensky a d'ailleurs présenté les dernières frappes ukrainiennes comme une "juste réponse aux frappes russes sur nos villes et nos communautés".

Moscou a de nouveau bombardé Kyiv dans la nuit de mercredi à jeudi, trois jours après des attaques qui ont fait au moins 10 morts en Ukraine et provoqué dans la capitale un incendie au sein de la laure de Petchersk, monastère orthodoxe classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Volodimir Zelensky, qui participait à Bruxelles à une réunion des ministres de la Défense de pays de l'Otan, a déclaré que "Moscou brûlera" si les attaques russes se poursuivent.

"Nous ne voulons pas de cette guerre, nous ne l'avons jamais voulue, et tout le monde le sait, y compris nos partenaires", a-t-il dit dans un message vocal envoyé aux journalistes via un groupe WhatsApp.

"Mais si l'Ukraine brûle, (...) Moscou brûlera aussi", a ajouté le président ukrainien.

(Reportage de Reuters, rédigé par Mark Trevelyan ; version française Camille Raynaud, Benoit Van Overstraeten et Tangi Salaün)