(Actualisé avec précisions, contexte, réactions)
par Foo Yun Chee
BRUXELLES, 28 février (Reuters) - Le groupe chimique et
pharmaceutique allemand Bayer BAYGn.DE devrait obtenir le feu
vert sous conditions des autorités européennes à l'acquisition
de l'américain Monsanto MON.N , numéro un mondial des semences,
pour 62,5 milliards de dollars (51,2 milliards d'euros), a-t-on
appris mercredi de deux sources proches du dossier.
Cette fusion, l'une des trois grandes opérations de
consolidation du secteur de l'agrochimie effectuées ces
dernières années, donnerait naissance à un groupe contrôlant
plus d'un quart du marché mondial des semences et des
pesticides.
Cette concentration des acteurs, confrontés au changement
climatique, à un marché concurrentiel et à l'évolution des
pratiques agricoles, suscite des craintes chez les organisations
de défense de l'environnement et chez les agriculteurs, qui
redoutent de se retrouver impuissants face à ces géants.
Bayer a déjà accepté de céder pour 5,9 milliards d'euros
d'actifs dans les semences et les herbicides à BASF BASFn.DE
pour répondre aux inquiétudes de la Commission européenne en
termes de concurrence.
Le groupe allemand va aussi accorder à son compatriote un
accès à ses données dans l'agriculture numérique et il semble
que BASF disposera d'une exclusivité sur ce point, Bayer n'ayant
pas imposé d'obligation juridique d'accorder des licences à
d'autres concurrents, a dit à Reuters une source proche du
dossier.
Bayer a annoncé mercredi que parmi ses autres concessions
aux autorités de la concurrence figurait la cession de son
segment de semences potagères, confirmant ainsi une information
de Reuters publiée le 8 février.
VILMORIN POURRAIT S'INTÉRESSER À DES ACTIFS MIS EN VENTE
La Commission européenne a refusé de s'exprimer sur le sujet
ce mercredi. Elle doit rendre sa décision d'ici le 5 avril.
Bayer a aussi refusé de commenter les informations de
Reuters. Il a dit poursuivre un dialogue constructif avec les
autorités européennes et ajouté que l'examen du dossier était
plus avancé en Europe qu'aux Etats-Unis, où le rachat de
Monsanto doit aussi être autorisé.
Le groupe français Vilmorin VILM.PA a dit qu'il pourrait
être intéressé par certains actifs potagers mis en vente par
Bayer même s'il pense ne pas pouvoir disposer de toute latitude
en raison de son statut de numéro deux mondial des semences
potagères.
"Cela dépendra du découpage qui sera fait de ces activités.
On ne peut pas ne pas regarder", a dit à la presse Daniel
Jacquemond, directeur général délégué de Vilmorin, après la
publication des résultats semestriels du groupe. "S'il y a des
choses intelligentes et ciblées à faire, pourquoi pas. Si c'est
global, clairement, de toute façon on n'a pas le profil
d'activité pour que ce soit acceptable par les autorités."
Certains opposants à cette fusion Bayer-Monsanto parmi les
défenseurs de l'environnement et des organisations agricoles ont
rencontré mardi Margrethe Vestager, la commissaire européenne à
la Concurrence, qui a reçu plus de 50.000 courriels de pétition
et plus de 5.000 lettres hostiles à l'opération.
"Approuver cette fusion, cela créerait la plus grande
entreprise mondiale de l'agrochimie, qui pourrait
potentiellement écraser ses concurrents et établir un monopole
sans précédent dans le domaine lucratif des données agricoles",
affirme Adrian Bebb, de l'organisation écologiste Les Amis de la
Terre.
"L'opinion publique est contre cette fusion et les
agriculteurs et les consommateurs auraient tous les droits
d'être scandalisés si la Commission donnait son feu vert."
(Avec Ludwig Burger à Francfort et Sybille de La Hamaide à
Paris
Juliette Rouillon et Bertrand Boucey pour le service français,
édité par Wilfrid Exbrayat)