L'UE souhaite relancer l'accord commercial avec les US mais se défendra en cas de menace
information fournie par Reuters 23/01/2026 à 02:24

par Lili Bayer et Bart H. Meijer

Les dirigeants européens ont déclaré qu'ils souhaitaient relancer l'accord commercial négocié entre l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis, prévenant toutefois qu'ils se tenaient prêt à agir en cas de nouvelles menaces de la part de Donald Trump.

Les dirigeants des Vingt-Sept se sont réunis jeudi lors d'un sommet extraordinaire convoqué après les menaces de droits de douane de Donald Trump contre des pays européens s'opposant à son projet d'annexer le Groenland.

"Nous avons réussi en restant fermes", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, faisant référence à la volte-face mercredi du président américain.

Donald Trump a en effet déclaré qu'il n'envisageait plus ni d'imposer des droits de douane à huit pays européens ni de recourir à la force pour s'emparer du Groenland.

La confiance de l'UE dans son partenaire américain a toutefois été ébranlée par les menaces du locataire de la Maison blanche, ont dit des responsables et des dirigeants européens.

"Les relations transatlantiques ont grandement souffert la semaine dernière", a dit la Haute représentante aux Affaires étrangères de l'UE Kaja Kallas à son arrivée au sommet.

L'EUROPE RESTE VIGILANTE

Aucune décision concrète n'a été prise à l'issue du sommet.

"Les choses rentrent dans le calme et il faut s'en féliciter", a dit le président français Emmanuel Macron à son arrivée au sommet.

"Nous restons extrêmement vigilants et prêt à utiliser les instruments qui sont les nôtres si on était à nouveau sous le coup de menaces", a dit Emmanuel Macron aux journalistes.

L'UE "continuera de défendre ses intérêts, ses Etats membres, ses citoyens et ses entreprises contre toute forme de coercition", a déclaré vendredi le président du Conseil européen, Antonio Costa, à l'issue du sommet.

La plupart des dirigeants ont déclaré qu'ils étaient prêts à travailler dur pour préserver la relation entre l'UE et les Etats-Unis, tout en attendant de Washington qu'elle y travaille aussi.

"L'Europe n'est pas prête à jeter 80 ans de bonnes relations transatlantiques à la poubelle en raison de désaccords", a dit Kaja Kallas.

PLUS DE MENACES

Les gouvernements européens s'inquiètent néanmoins d'un nouveau revirement du président américain, de plus en plus perçu comme quelqu'un à qui l'Europe devra tenir tête.

"Trump a franchi le Rubicon. Il pourrait recommencer. Il n'y a pas de retour en arrière possible", a déclaré un diplomate européen, ajoutant que l'UE devait trouver une alternative à sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis dans de nombreux domaines.

"Nous devons essayer de maintenir le contact avec lui (Trump) tout en oeuvrant à renforcer notre indépendance des Etats-Unis. C'est tout un processus, qui sera probablement long", a-t-il dit.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen s'est dit prête à discuter avec les Etats-Unis de la coopération en matière de sécurité au Groenland, à condition que cela se fasse dans le respect de l'intégrité territoriale de son pays.

"Nous devons travailler ensemble, respectueusement, sans se menacer mutuellement", a-t-elle dit.

ACCORD COMMERCIAL

L'UE envisageait d'appliquer des droits de douane sur des produits américains d'une valeur de 93 milliards d'euros à partir du 6 février, voire d'activer son instrument anti-coercition (ACI), face aux menaces de Donald Trump liées au Groenland.

L'ACI permet de restreindre les investissements et de limiter les exportations de services tels que ceux fournis par les géants américains du numérique.

Le Parlement européen avait annoncé mercredi suspendre le processus de ratification de l'accord commercial signé en juillet 2025 entre l'Union européenne et les Etats-Unis.

Les travaux parlementaires devraient reprendre maintenant que Donald Trump est revenu sur ses menaces, a déclaré la présidente du Parlement européen Roberta Metsola.

(Andrew Gray, Bart Meijer, Ingrid Melander, Louise Rasmussen, Inti Landauro, Julia Payne Phil Blenkinsop, Maria Martinez, Dominique Vidalon, rédigé par Ingrid Melander et Jan Strupczewski; version française Camille Raynaud)