L'Iran vise des cibles américaines au Moyen-Orient au quatrième jour de la guerre information fournie par AFP 03/03/2026 à 12:14
De l'ambassade américaine à Ryad à des centres de données du géant Amazon aux Emirats et à Bahreïn, Téhéran multiplie mardi les attaques ciblant des sites liés aux Etats-Unis dans le Golfe, en riposte à la guerre sans précédent lancée par Israël et les Etats-Unis.
Alors que le Moyen-Orient s'embrase, de Téhéran à Beyrouth et même Chypre, l'ambassade américaine en Arabie saoudite a été la cible de deux drones, qui ont provoqué un incendie, l'obligeant à fermer ses portes.
De nouvelles explosions ont retenti par la suite dans le centre de la capitale saoudienne, selon un journaliste de l'AFP et des témoins, et au moins quatre drones ont été interceptés. Un riverain a dit avoir "entendu une détonation et senti la maison trembler".
Comme à Ryad, l'ambassade américaine au Koweït a signalé sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, et Washington a ordonné le départ de tout son personnel diplomatique "non urgent" d'Irak, de Jordanie et du Bahreïn.
A Bahreïn, une base aérienne américaine a été visé par des drones et de missiles au cours d'une "attaque à grande échelle", selon les Gardiens iraniens de la Révolution.
Autres cibles liées aux Etats-Unis, des centres de données d'Amazon aux Emirats arabes unis et à Bahrein ont été endommagés par des drones, perturbant les services de la multinationale dans certaines régions du Moyen-Orient.
Six militaires américains ont été tués depuis le début de la guerre, selon le Pentagone.
Côté iranien, le Croissant-Rouge a annoncé un bilan de plus de 780 personnes tuées depuis le début de l'attaque samedi, un chiffre que l'AFP n'a pu vérifier de manière indépendante.
- Télévision iranienne ciblée -
A Téhéran, ville fantôme désertée par ses habitants, de puissantes explosions continent à retentir, selon des journalistes de l'AFP, tout comme à Karaj, à l'ouest de Téhéran, ainsi qu'à Ispahan (centre).
Dans le nord de la capitale, l'armée israélienne a affirmé dans la nuit avoir "frappé et démantelé" le siège de la radio-télévision publique iranienne (IRIB), mais celle-ci a dit poursuivre ses émissions.
"La situation n'est pas bonne du tout. Nous sommes sous le feu des bombardements. Internet ne fonctionne pas et nous n'avons aucune nouvelle de personne", témoigne un producteur de film présent à Téhéran.
Dans ces conditions, l'agence de l'Union européenne pour l'asile redoute un scénario de "flux de réfugiés d'une ampleur sans précédent" en provenance d'Iran, qui compte près de 90 millions d'habitants.
"Le déplacement de ne serait-ce que 10% de la population iranienne suffirait à rivaliser avec les plus importants flux de réfugiés de ces dernières décennies", a-t-elle averti.
- Incursion terrestre israélienne au Liban -
Au Liban, les ordres d'évacuation secouent le pays où les frappes israéliennes, menées en riposte aux tirs du mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait 52 morts au total, selon les autorités. Les Nations unies ont fait pour leur part état d'au moins 30.000 perosnnes déplacées.
Pour la première fois depuis le début de son offensive samedi, l'armée israélienne mène une incursion terrestre dans une zone frontalière du sud, a indiqué une source militaire à l'AFP.
Le Hezbollah, frappé d'une interdiction "irrévocable" de ses activités militaires de la part des autorités libanaises, a de son côté dit avoir ciblé trois bases militaires situées sur le sol israélien.
Israël compte pour l'instant dix morts à la suite de frappes iraniennnes, selon les services de secours.
- "Viser l'Amérique" -
Au début de l'attaque, qui s'est soldée par la mort du guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, Donald Trump avait appelé le peuple à renverser la République islamique en place depuis 1979.
Si les Etats-Unis souhaitent la chute du pouvoir actuel, le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, a assuré que ce n'était pas "l'objectif" de la guerre, qui pourrait durer des semaines, voire "beaucoup plus", selon Washington.
Il s'agit avant tout d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique - intention que Téhéran dement - et de détruire ses capacités balistiques, selon Israël.
Après la guerre de douze jours en juin 2025, les Iraniens "ont commencé à construire de nouveaux sites, des bunkers souterrains qui auraient rendu leurs programmes de missiles balistiques et leurs programmes d'arme atomique intouchables d'ici quelques mois", a assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
"Et alors ils auraient pu viser l'Amérique", a-t-il ajouté.
"M. Rubio a admis ce que nous savions tous: les Etats-Unis sont entrés dans une guerre choisie par et au nom d'Israël. Il n'y a jamais eu de soi-disant +menace+ iranienne", lui a répondu sur X son homologue iranien, Abbas Araghchi.
- Inquiétude des marchés -
Face à l'extension de ce conflit protéiforme, l'inquiétude gagne les marchés: les Bourses mondiales creusent leurs pertes, lestées par la flambée des prix du pétrole. Les prix du gaz européen s'envolent aussi, affectés par l'arrêt de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar et la paralysie du détroit d'Ormuz.
Les Gardiens de la révolution ont revendiqué lundi l'attaque d'un pétrolier, présenté comme lié aux Etats-Unis, dans ce stratégique détroit qui sépare l'Iran de la Péninsule arabique.
Et un général a menacé de "brûler tout navire" qui tenterait de franchir le détroit, par où transitent 20% du pétrole et du GNL mondiaux.
Quant aux touristes bloqués au Moyen-Orient, certains ont commencé à rentrer dès que l'espace aérien a rouvert.
Tout juste arrivé à l'aéroport de Roissy lundi soir, Aurélien, cadre bancaire de 43 ans, raconte comment l'escale d'une heure à Abou Dhabi que devait faire sa famille après un séjour en Thaïlande "s'est transformée en séjour de trois jours".
"On a entendu beaucoup d'avions de chasse passer... Le bruit des interceptions de missiles iraniens, des débris...", explique-t-il, alors que la France se prépare à affréter des vols pour rapatrier des ressortissants vulnérables.