L'Iran ne capitulera pas face aux USA, dit Pezeshkian à l'Onu
information fournie par Reuters 23/09/2026 à 18:25

(Actualisé §5-6, 14 avec citation de Pezeshkian, précisions)

par Parisa Hafezi, Humeyra Pamuk et Jana Choukeir

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré mercredi à la tribune des Nations unies que l'Iran ne capitulerait jamais face aux Etats-Unis, tout en disant croire en la diplomatie pour sortir du conflit, au lendemain d'une allocution de Donald Trump menaçant d'"annihiler" la République islamique.

Coincées entre ces deux discours, des discussions indirectes entre les deux camps se sont tenues mardi soir à New York, via une médiation qatarie, les premières entre Washington et Téhéran depuis des semaines, pendant lesquelles les Iraniens ont transmis leurs conditions pour une relance des négociations.

Un haut responsable iranien a déclaré mercredi à Reuters que l'Iran étudiait la réponse américaine à ses propositions mais que les positions restaient très éloignées. Les questions de la réouverture du détroit d'Ormuz et de la levée du blocus naval américain ont été abordées pendant les échanges, a-t-il précisé.

A la tribune de l'Assemblée générale de l'Onu, Massoud Pezeshkian a défendu les opérations militaires de l'Iran, les présentant comme défensives, et réaffirmé que Téhéran ne cherchait pas à acquérir l'arme nucléaire.

"Les propos qu'a tenus hier le président américain (...) sont le signe d'une mentalité d'intimidation. (...) Le peuple iranien ne se soumettra pas aux pressions (...) Ceux qui sont des terroristes et forment des terroristes nous qualifient de terroristes", a-t-il déclaré.

À plusieurs reprises au cours de son discours, Massoud Pezeshkian a déclaré que l'Iran était prêt à résoudre les tensions avec les États-Unis par la négociation, mais a averti que Téhéran n'accepterait pas le recours à la force.

Parallèlement, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaei, qui représente la frange dure du régime, a menacé d'agir contre les pays voisins de l'Iran qui appliqueraient de nouvelles sanctions américaines censées clouer au sol l'aviation civile iranienne à travers le monde.

L'Iran s'assurera que les aéroports voisins ne fonctionnent pas en cas d'interdiction des vols iraniens, a dit Mohsen Rezaei à la télévision d'Etat.

"UNE RÉUNION TRÈS PRODUCTIVE"

Avant le discours de Massoud Pezeshkian, l'Assemblée générale des Nations unies a fourni mardi l'occasion de pourparlers indirects entre l'Iran et les Etats-Unis, les premiers depuis l'effondrement de leur cessez-le-feu en juillet.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, et les émissaires spéciaux américains, Jared Kushner et Steve Witkoff, ont communiqué via des médiateurs. Certains médias iraniens ont d'abord évoqué une rencontre entre Abbas Araqchi et Steve Witkoff avant que des responsables iraniens précisent à Reuters qu'il ne s'agissait pas d'un tête-à-tête.

"Steve et Jared ont eu aujourd'hui une réunion très productive avec les médiateurs de l'Iran", a dit mardi soir Donald Trump, qui avait un peu plus tôt, à la tribune de l'Onu, menacé d'"annihiler" l'Iran tout en pensant parvenir à un accord après les élections de mi-mandat au Congrès américain ("midterms") le 3 novembre.

"Je pense qu'il y a une forte dynamique en faveur de la conclusion d'un accord. C'est ce que nous entendons de toutes parts", a ajouté le président américain devant les journalistes.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmail Baghaei, a confirmé des discussions mardi soir via un médiateur qatari et déclaré que l'Iran avait transmis ses conditions, notamment la fin de la guerre sur tous les fronts et l'arrêt des "actes d'agression" américains.

Parmi ces conditions, a-t-il précisé mercredi sur X, figure l'acceptation par les Etats-Unis de l'itinéraire sûr dans le détroit d'Ormuz sur lequel se sont mis d'accord l'Iran et Oman.

Abbas Araqchi a rencontré le Premier ministre du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdoulrahman Al Thani.

"UN CADEAU À TRUMP"

Ces premiers contacts depuis des semaines, après la rupture des négociations de juillet dernier et des échanges de frappes réguliers entre les deux camps, ont été critiqués par les médias iraniens affiliés à la frange dure du régime.

Dans une tribune publiée par l'agence de presse Tasnim, associée aux Gardiens de la révolution, il est écrit qu'Abbas Araqchi a eu tort de tenir ces discussions, un "grand cadeau à Trump" alors que l'Iran avait déjà transmis ce week-end ses conditions.

Des sources iraniennes ont déclaré à Reuters que le Conseil suprême de sécurité nationale, dont fait partie le guide suprême Mojtaba Khamenei, avait ordonné à la délégation de ne pas rencontrer les émissaires américains en tête-à-tête.

Un journaliste iranien couvrant le déplacement a déclaré que les durs de la République islamique considéraient cette visite à New York en elle-même comme une insulte à la mémoire de l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors des premiers bombardements israélo-américains contre l'Iran à la fin février.

Cette ouverture diplomatique n'en a pas moins contribué à maintenir les cours du pétrole à leur plus bas niveau depuis deux semaines, autour de 100 dollars le baril, après la nouvelle flambée des prix provoquée ces dernières semaines par la progression des Houthis, alliés yéménites de l'Iran, en direction du détroit de Bab el-Mandeb, presque aussi stratégique pour le pétrole mondial que le détroit d'Ormuz.

L'opération "Fureur épique" lancée le 28 février dernier par Donald Trump avec Israël, qui a fait plusieurs milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, dure depuis maintenant près de sept mois, après s'être étendue au Yémen.

(Parisa Hafezi, Humeyra Pamuk et Jana Choukeir, avec les bureaux de Reuters; Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Jean Terzian)