L'Iran jette un doute sur la tenue de négociations avec les Etats-Unis information fournie par AFP 10/04/2026 à 20:49
Un haut dirigeant iranien a exigé vendredi une trêve au Liban et le déblocage des actifs de son pays avant toute négociation de paix avec les Etats-Unis, jetant un doute sur la tenue de ces pourparlers au moment où le vice-président américain JD Vance est en route vers le Pakistan pour y participer.
De son côté, le président Donald Trump a affirmé que l'Iran n'avait "aucune carte en main" autre que le blocage du détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, et a menacé le pays de nouvelles frappes en cas d'échec des discussions.
Avant même celles-ci, "deux des mesures sur lesquelles les parties se sont mises d'accord doivent encore être appliquées: un cessez-le-feu au Liban et le déblocage des actifs de l'Iran", a prévenu le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Entre 100 et 120 milliards de dollars d'actifs iraniens à l'étranger sont gelés en raison des sanctions américaines, avait affirmé en 2022 à Téhéran une rapporteure spéciale des Nations Unies, Alena Douhan.
Avant d'embarquer pour Islamabad, M. Vance avait appelé Téhéran à "ne pas se jouer" de Washington, tout en promettant d'"essayer de mener des négociations positives": "si les Iraniens sont prêts à négocier de bonne foi, nous sommes tout à fait disposés à leur tendre la main".
Depuis la conclusion de la trêve de deux semaines, Téhéran et Washington s'opposent sur la question de l'inclusion du Liban dans l'accord, alors qu'Israël s'est dit déterminé à y continuer sa lutte contre le Hezbollah pro-iranien.
Quelques heures à peine après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, des frappes israéliennes ont fait mercredi 357 morts au Liban, selon un nouveau bilan. Israël a dit avoir tué 180 combattants du Hezbollah ce jour-là.
Ces bombardements sont les plus meurtriers dans ce pays depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran et qui s'est propagée dans la région, faisant des milliers de morts.
Vendredi, de nouvelles frappes ont tué 13 membres des forces de sécurité dans le sud du Liban, selon l'agence de presse d'Etat libanaise.
- Islamabad sous haute sécurité -
Placée sous haute sécurité, Islamabad s'est transformée en ville fantôme, où les négociations doivent se tenir dans un hôtel de luxe.
Sur une grande banderole déployée sur un pont routier, s'affiche le message "Négociations à Islamabad avril 2026", surplombé de drapeaux américains et iraniens.
Le Pakistan avait invité les délégations à se retrouver vendredi, mais l'arrivée de JD Vance n'est prévue que samedi matin. Il sera accompagné de l'émissaire spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre de Donald Trump.
Côté iranien, le flou règne en revanche sur le départ d'une délégation.
"Les informations relayées par certains médias selon lesquelles une équipe de négociateurs iraniens serait arrivée à Islamabad (...) sont totalement fausses", a rapporté l'agence de presse iranienne Tasnim.
Des Iraniens ont témoigné auprès de l'AFP de leurs doutes, comme cet habitant de Téhéran, âgé de 30 ans, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
"On ne devrait pas prendre Trump aussi au sérieux. Il veut rayer une civilisation de la carte et douze heures plus tard, met en place un cessez-le-feu qui ne repose sur rien", résume-t-il.
- Pourparlers attendus sur le Liban -
Parallèlement aux discussions irano-américaines, des pourparlers doivent avoir lieu la semaine prochaine entre Liban et Israël à Washington, selon un responsable américain.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait auparavant donné son feu vert à des "négociations directes".
Le Hezbollah rejette cette initiative, et son chef Naïm Qassem a appelé vendredi les responsables libanais à ne pas faire de "concessions gratuites" à Israël.
Israël a de nouveau été visé par une trentaine de tirs en provenance du Liban vendredi, provoquant des dégâts matériels, selon l'armée.
Et dans le Golfe, le Koweït a annoncé vendredi que des membres de sa Garde nationale avaient été blessés, après des attaques signalées la veille, l'Iran niant pour sa part toute implication.
- Revendications opposées -
Autre ombre sur les négociations, le détroit d'Ormuz. Le trafic reste entravé dans cette voie maritime stratégique pour le pétrole, quasi bloquée par l'Iran depuis le début de la guerre, alors que sa réouverture était une condition du cessez-le-feu.
La principale association européenne d'aéroports a mis en garde vendredi contre une pénurie de kérosène "si le passage par le détroit d'Ormuz ne reprenait pas de manière stable et significative dans les trois prochaines semaines".
Les deux belligérants s'opposent aussi sur le dossier clé du nucléaire.
Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a ainsi exclu toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium, une des demandes fondamentales des Etats-Unis et d'Israël qui accusent Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique. La République islamique défend elle son droit au nucléaire civil.
Après l'intense mais bref soulagement apporté par la trêve, la prudence règne sur les marchés financiers, à l'équilibre ou enregistrant de faibles gains vendredi, tandis que le prix du pétrole s'est stabilisé sous 100 dollars.