L'Iran exporte du GPL et du kérosène malgré le blocus américain, selon des données
information fournie par Reuters 16/10/2026 à 14:48

L’Iran a réussi à exporter quelques cargaisons de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de kérosène depuis juillet, malgré le blocus naval américain, selon des données de suivi du trafic maritime et des sources spécialisées dans la sécurité.

Ces dernières semaines, Téhéran a dissimulé ces cargaisons parmi un volume croissant de transferts de navire à navire effectués par d’autres producteurs du Golfe au large d’Oman, ont déclaré à Reuters quatre spécialistes de la sécurité maritime qui suivent les mouvements pétroliers dans le Golfe.

Les exportations iraniennes et la méthode employée sont rapportées ici pour la première fois. Bien qu’elles ne représentent qu’une fraction de ses anciennes exportations énergétiques, ces cargaisons constituent une rare preuve que des produits pétroliers parviennent à franchir un blocus qui a interrompu les exportations de brut iranien.

Selon l’analyse du groupe américain United Against Nuclear Iran (UANI), qui surveille le trafic des pétroliers iraniens, au moins huit transporteurs du GPL iranien ont quitté le golfe d’Oman depuis la mi-juillet. Un autre pétrolier transportant du kérosène iranien a atteint le Myanmar en septembre, selon des images satellites analysées par le groupe de renseignement maritime SynMax.

Six des huit navires gaziers, ainsi que celui transportant du kérosène, font l’objet de sanctions américaines pour avoir acheminé des produits pétroliers et pétrochimiques iraniens, selon une analyse de Reuters.

"Nous avons observé le passage de quelques pétroliers transportant du GPL iranien, mais l’écrasante majorité des navires chargés de produits iraniens ont été détournés par les forces américaine", a déclaré Jemima Shelley, analyste principale à l’UANI.

Selon Jemima Shelley, certains navires transportant du GPL iranien ont transbordé leur cargaison au large des villes côtières omanaises de Shinas et de Sohar, tandis que d’autres ont attendu dans le golfe d’Oman avant de contourner le blocus américain, qui, selon le Commandement central américain, s’étend dans le golfe d’Oman, à proximité de la frontière entre l’Iran et le Pakistan.

Le volume total de ces cargaisons de GPL a été estimé à 4,1 millions de barils, selon Jemima Shelley.

Elle a précisé que ces expéditions relevaient "davantage de l’opportunisme" que d’une nouvelle tendance consistant, pour l’Iran, à tenter d’exporter son pétrole et ses produits pétrochimiques à l’aide de navires plus petits.

La plupart des cargaisons ont fait route vers les limites extérieures du port oriental de Malaisie afin d’y effectuer d’autres transferts STS vers des destinations probables en Chine, a déclaré Jemima Shelley, en se basant sur l’analyse de l’UANI.

Le gouvernement iranien n’a pas répondu à une demande de commentaires. Le gouvernement soutenu par l’armée au Myanmar n’a pas répondu à une demande de commentaires concernant la réception éventuelle de kérosène iranien par le pays.

L'ARMÉE AMÉRICAINE AFFIRME QUE LE BLOCUS EST "INFAILLIBLE"

Le Commandement central américain (CENTCOM) a déclaré que son blocus naval, instauré le 13 avril aux exportations de pétrole liées à l’Iran, est "infaillible". Suspendu en juin après l’émergence d’un projet d’accord avec l’Iran, il a été rétabli le 14 juillet après l’échec des négociations.

Un responsable militaire américain a déclaré à Reuters que le passage d’un navire ne signifiait pas nécessairement qu’il avait contourné le blocus. Chaque navire était évalué individuellement, notamment sur la base de ses documents, et certains navires pouvaient être autorisés à passer pour des raisons humanitaires.

Le Centcom a indiqué dans un communiqué du 13 octobre qu’au cours des trois mois du dernier blocus, quatre navires commerciaux avaient été mis hors d’état de naviguer et 135 navires avaient été refoulés par les forces américaines.

La semaine dernière, Washington a imposé de nouvelles sanctions à 17 navires impliqués dans le transport de pétrole brut, de produits pétrochimiques et de produits pétroliers iraniens.

Un porte-parole du Trésor américain a remis en cause les données maritimes suggérant que des navires avaient contourné le blocus, affirmant que ceux-ci pouvaient falsifier leur position ou utiliser de fausses identités lors du chargement.

Ces données "doivent être prises avec des pincettes", a déclaré le porte-parole.

Le porte-parole du Trésor a déclaré que l’opération "Economic Outcast", associée au blocus, "asphyxiait le régime iranien".

"Si l’Iran parvient à faire passer des pétroliers, même en petit nombre, le kérosène pourrait constituer une bonne option. L’industrie aéronautique iranienne subit une pression croissante due aux sanctions américaines, avec un nombre croissant d’avions cloués au sol et un excédent potentiel de kérosène dans les raffineries iraniennes", a déclaré Torbjorn Soltvedt, analyste principal du Moyen-Orient chez Verisk Maplecroft

Les exportations de pétrole brut iranien sont tombées à zéro en septembre, selon Kpler, pour la première fois depuis le début du suivi des exportations par la société, en 2013.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré que le blocus avait empêché la plupart des achats chinois de pétrole iranien et privé l’Iran de la possibilité de livrer du pétrole brut à ses clients.

(Reportage Feras Dalatey et Jonathan Saul, avec la contribution des bureaux de Reuters; version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)