L'IA affame le reste du marché des puces mémoire
information fournie par Zonebourse 22/06/2026 à 21:00

Deutsche Bank estime que la ruée vers les puces mémoire marque un changement de régime pour une industrie historiquement cyclique. La thèse reste porteuse, mais 2027 pourrait devenir une première année de test pour l'industrie, à mesure que les premières extensions de capacité commenceront à arriver et que les effets de la pénurie se diffuseront plus largement à l'économie réelle.

Dans une industrie longtemps dominée par des cycles violents d'excès et de pénurie, Deutsche Bank estime que la mémoire entre dans une phase plus structurelle, car l'intelligence artificielle ne consomme pas seulement davantage de capacité, elle modifie la hiérarchie économique des clients. Les hyperscalers verrouillent la High Bandwidth Memory (HBM) avec des contrats longs et acceptent de payer des primes pour sécuriser leurs approvisionnements, poussant Samsung, SK Hynix et Micron à réallouer leurs capacités vers les produits les plus rentables. Dans ce contexte, la banque anticipe une croissance annuelle moyenne d'environ 40% de la demande de HBM jusqu'en 2030, contre 21% pour la DRAM standard.

Cette mutation est d'autant plus importante que la HBM ne s'ajoute pas proprement au reste du marché mémoire, elle l'évince partiellement. Deutsche Bank rappelle que produire un bit supplémentaire de HBM nécessite environ trois fois plus de silicium qu'un bit de DRAM classique, un ratio qui pourrait encore augmenter avec les générations HBM4 et HBM4e. De ce fait, plus les fabricants privilégient les puces destinées à l'IA, plus l'offre disponible se resserre pour les PC, smartphones, serveurs classiques, équipements industriels et voitures.

Ce choc d'allocation vers la HBM commence déjà à se voir dans les prix. Deutsche Bank évoque des hausses contractuelles de 58% à 63% pour la DRAM standard au deuxième trimestre 2026, et de 70% à 75% pour la NAND. Les fabricants de PC comme Lenovo, Dell ou Asus ont averti de possibles hausses de prix de 15% à 20%, tandis que le surcoût dans l'automobile pourrait atteindre 150 à 600 dollars par véhicule selon le niveau d'équipement. La mémoire devient donc un sujet macroéconomique, car elle représente une source sérieuse d'inflation des biens durables.

La thèse haussière sur les fabricants de mémoire n'est toutefois pas sans risque. En 2026, les contrats pluriannuels, la discipline de capacité et la demande des hyperscalers soutiennent encore fortement leur pouvoir de prix. Mais l'équation pourrait devenir plus instable à partir de 2027, lorsque certaines capacités additionnelles commenceront à arriver et que les fabricants chinois soulageront une partie des segments d'entrée de gamme. Par ailleurs, des efforts d'optimisation logicielle pourrait émerger pour diminuer la consommation de mémoire par requête.