L'Europe incapable de suppléer aux dysfonctionnements de Starlink en Ukraine information fournie par Reuters 15/10/2026 à 11:59
par Vaishnavi Hajari, Gianluca Lo Nostro et Cassell Bryan-Low
A cours d'une semaine où l'Ukraine a dû faire face à des restrictions du réseau satellitaire Starlink et à l'absence de données américaines la renseignant de l'imminence de frappes de missiles balistiques russes, Kyiv se rend à l'évidence que l'Europe n'est pas en mesure d'offrir la moindre alternative.
L'Ukraine s'est plainte mercredi que la fonctionnalité "en mouvement" de Starshield, la version militaire de Starlink, qui permet d'assurer une connexion haut débit à bord des équipements militaires en déplacement rapide ait été limitée au-delà de 160 km/heure, perturbant les opérations militaire.
Les terminaux internet par satellite de SpaceX, société dirigée par le milliardaire Elon Musk, proche du président américain Donald Trump, sont indispensables pour guider les frappes de drones à longue portée menées par l'Ukraine.
De son côté, le président ukrainien Volodimir Zelensky a déclaré en début de semaine que, à deux reprises, l'Ukraine n'avait reçu aucun avertissement de ses alliés concernant une attaque russe de missile balistique sur Kyiv.
Une source au sein du ministère ukrainien de la Défense a rapporté jeudi que le réseau Starshield en Ukraine avait été pleinement rétabli.
Les raisons du dysfonctionnement de Starlink n'ont pas été établies clairement dans l'immédiat, mais il est intervenu dans un contexte de tensions croissantes entre Kyiv et Washington, à la suite de l'annonce par Donald Trump d'un accord sur la livraison de diesel avec la Russie et des appels du président américain à la démission de son homologue ukrainien.
Donald Trump avait cependant assuré mardi que les Etats-Unis continueraient le partage d'informations avec l'Ukraine.
Elon Musk a pour sa part précisé que la vitesse des systèmes satellitaires était contrôlée par le gouvernement américain.
"Toute limitation de débit ou d'utilisation est décidée par l'armée américaine et en fin de compte par le président américain", a-t-il sur le réseau social X, également aux mains du milliardaire.
Les Européens ont manifesté leur soutien à l'Ukraine et à son président, mais les dysfonctionnements de Starlink ont mis en lumière la dépendance de Kyiv et de l'Europe aux systèmes américains tant pour les communications par satellite en orbite basse — assurées par SpaceX via Starlink — que pour la télédétection infrarouge spatiale qui alimente les systèmes d'alerte précoce.
Un système spatial de surveillance américain baptisé Space-Based Infrared System fournit des alertes précoces de tirs de missiles balistiques.
"C'est relativement unique (...) il peut détecter la chaleur générée par les missiles quand ils sont lancés", explique Marc DeVore, chercheur associé au groupe de réflexion Chatham House. "Il n'existe rien d'équivalent en Europe."
PAS D'ALTERNATIVE EUROPÉENNE À STARLINK
Quant à Starlink, l'Europe ne possède pas d'alternative prête à l'emploi que l'armée ukrainienne pourrait utiliser pour relier ses drones, même si les gouvernements et entreprises du Vieux Continent travaillent sur des options à long terme.
Pour Christian Freiherr von der Ropp, consultant indépendant spécialisé dans le secteur spatial, le réseau OneWeb d'Eutelsat, fabricant européen de satellites, n'est pas adapté en temps de guerre.
"Sa configuration actuelle repose toujours sur une architecture et une technologie obsolètes, conçues il y a une dizaine d'années, sans aucune évolution de sa conception sous-jacente", fait-il remarquer.
"Les contraintes de capacité et de performances, associées au coût, au poids, à l'encombrement et à la consommation électrique de ses terminaux utilisateurs, limitent son adéquation aux applications de première ligne."
Un passage vers le système Eutelsat impliquerait également le remplacement de milliers de terminaux, ceux de Starlink et Starshield utilisant une technologie incompatible avec OneWeb, ajoute Christian Freiherr von der Ropp.
Un porte-parole d'Eutelsat a déclaré à Reuters que l'entreprise continuait de fournir des services à l'Ukraine à travers ses réseaux en orbite terrestre basse et en orbite géostationnaire en coordination avec ses partenaires.
L'interruption soudaine des services Starshield "montre à presque tous les utilisateurs en Ukraine comme à l'étranger que vous ne pouvez pas vous reposer sur une seule solution qui peut être débranchée", souligne Bohdan Sas, co-fondateur de la startup ukrainienne spécialisée dans les technologies de défense Buntar Aerospace.
"Vous avez besoin d'une certaine forme de capacités souveraines", ajoute-t-il, afin de "ne pas être à la merci des caprices de quelqu’un".
La peur d'une dépendance trop importante à la technologie américaine a émergé ces dernières années en Europe face aux menaces brandies par Donald Trump de quitter l'Otan.
Le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius a reconnu cette semaine que le Vieux Continent était "assez dépendant des capacités spatiales américaines", ajoutant que la réponse à cette situation pouvait être la constellation de satellites européenne IRIS².
Mais ce projet ne sera pas opérationnel avant plusieurs années, suscitant de la frustration chez plusieurs dirigeants européens.
(Avec la contribution de Joey Roulette et Daniel Flynn; version française Zhifan Liu, édité par Benoit Van Overstraeten)