L'Europe finit en nette baisse, la prime de risque de la France s'envole information fournie par Reuters 18/09/2026 à 18:42
par Diana Mandia
Les Bourses européennes ont terminé nette baisse vendredi, plombées par la flambée des rendements obligataires sur fond de craintes inflationnistes et budgétaires, tandis que l'écart de taux entre la France et l'Allemagne a dépassé les 100 points de base pour la première fois depuis 2012.
À Paris, le CAC 40 a terminé en baisse de 1,49% à 8.065,02 points. À Francfort, le Dax a reculé de 1,63% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 1,45%.
L'indice EuroStoxx 50 a perdu 1,46%, le FTSEurofirst 300 1,12% et le Stoxx 600 1,12%.
Sur la semaine, le CAC 40 abandonne 1,40% et le Stoxx 600 0,57%.
Les actions européennes ont subi de plein fouet la forte progression des rendements obligataires, qui reflètent les anticipations des investisseurs quant à une politique monétaire plus restrictive visant à freiner l'inflation déclenchée par la guerre au Moyen-Orient.
Les marchés financiers prévoient désormais entre trois et quatre nouvelles hausses des taux d'intérêt par la Banque centrale européenne (BCE) au cours des 12 prochains mois, en plus des deux déjà mises en oeuvre ces derniers mois, la dernière remontant à ce mois de septembre.
Les consommateurs de la zone euro ont légèrement revu à la hausse leurs prévisions d'inflation le mois dernier, selon une enquête de la BCE publiée vendredi, et les prix à la production en Allemagne ont augmenté bien plus que prévu en août, ce qui, conjugué à des prix du pétrole qui se maintiennent au-dessus des 100 dollars le baril, laisse présager une lutte plus longue que prévu contre la hausse des prix.
Les mesures de politique monétaire ont été au centre de l'attention cette semaine et ont envoyé un message de fermeté aux marchés face à une inflation persistante, notamment avec la première hausse des taux d'intérêt depuis trois ans décidée par la Réserve fédérale américaine (Fed) et la mise en garde de la Banque d'Angleterre (BoE) concernant les mois à venir.
Si la hausse des rendements est généralisée, certains pays en souffrent davantage que d'autres, dans un contexte marqué également par une surveillance renforcée de l'endettement public élevé des grandes économies mondiales.
Dans la zone euro, la France, deuxième économie du bloc, s'en sort particulièrement mal. Le "spread", ou écart de rendement entre l'obligations allemandes et françaises à 10 ans a dépassé vendredi les 100 points de base (pdb), une première depuis 2012, pour s'établir autour des 104 pdb.
Cet écart permet de mesurer la prime exigée par les investisseurs pour détenir la dette française par rapport à celle de Berlin, et fait l'objet d'une attention particulière alors que le processus budgétaire pour 2027 approche à grands pas.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé jeudi des économies de l'ordre de 54 milliards d'euros pour l'année prochaine, tout en signalant que l'objectif de ramener le déficit à 5% du PIB ne serait pas atteint cette année comme prévu, mais la prochaine.
VALEURS
L'opérateur français Orange a perdu 5,8% à la suite d'un abaissement de recommandation par Morgan Stanley.
Le spécialiste des soins pour animaux Virbac a reculé de 1,2% au lendemain de la publication de ses résultats.
Ailleurs en Europe, Volkswagen, qui a revu nettement à la baisse ses prévisions peu avant la clôture, faisant notamment état de 10 milliards d'euros de charges exceptionnelles, a fini sur un recul de 8,31%.
Tous les secteurs de l'indice paneuropéen Stoxx 600, à l'exception du secteur technologique (+0,22%), ont clôturé dans le rouge, des banques (-1,93%) à l'automobile (+3,24%), en passant par les télécommunications (-3,19%) et le luxe (-2,13%).
A WALL STREET
Le marché obligataire pèse également sur les indices de la Bourse de New York au moment de la clôture en Europe : le Dow Jones perd 0,44%, le Standard & Poor's 500 0,20% et le Nasdaq Composite 0,10%.
LES INDICATEURS DU JOUR
Aux Etats-Unis, la production industrielle aux États-Unis a stagné en août sur un mois, alors que les analystes tablaient sur une hausse de 0,3%, montrent les statistiques officielles publiées vendredi par la Réserve fédérale.
Au Royaume-Uni, les ventes au détail ont augmenté en août sur un mois, de façon inattendue, selon les chiffres officiels publiés vendredi.
TAUX
Le rendement des bons du Trésor à dix ans progresse de 5,3 points de base pour s'établir à 5,0002%, repassant ainsi au-dessus du seuil symbolique des 5% et se rapprochant à nouveau d'un pic depuis 2007, atteint mardi dernier. Le deux ans gagne 5,1 points de base à 4,7411%.
Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans a pris plus de 4 points de base pour s'établir à 3,5217%. Le deux ans a gagné 5 points de base à 3,2637%.
En France, le rendement de l'OAT à dix ans s'est envolé de 12 points de base à 4,5673%, tandis que celui du titre à 30 ans a pris 9 points de base pour finir à 5,1798%.
"En l'absence de catalyseurs susceptibles d'entraîner une amélioration significative des perspectives budgétaires, nous continuons de tabler sur un élargissement des spreads des OAT et devrions constater des niveaux de spreads nettement plus élevés avant de devenir constructifs", souligne Modupe Adegbembo, économiste chez Jefferies.
Les CDS de la dette française à 5 ans ont pour leur part atteint 41,5 points de base, leur plus haut niveau depuis avril 2025, ce qui signifie qu'il est plus coûteux de souscrire une assurance sur la dette française que dans n'importe quelle autre économie développée.
CHANGES
Le dollar gagne 0,11% face à un panier de devises de référence, soutenu par les anticipations d'une politique plus ferme de la parte de la Fed, et s'est envolé face au yen japonais, le vote divisé concernant la hausse des taux de la Banque du Japon (BoJ) ce vendredi suscitant des doutes quant à l'ampleur du resserrement monétaire prévu.
L'euro recule de 0,06% à 1,1467 dollar.
PÉTROLE
Les cours du pétrole se stabilisent vendredi, même si les marchés s'inquiètent d'une éventuelle aggravation du conflit au Moyen-Orient.
Le Brent perd 0,1% à 104,71 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) gagne 0,48% à 102,40 dollars.
L'Arabie saoudite et les Houthis, alliés de Téhéran, ont échangé jeudi de nouvelles frappes après que les rebelles yémenites ont progresse vers le détroit de Bab el-Manded et font peser de nouvelles menaces sur l'approvisionnement mondial en pétrole.
A SUIVRE LE 21 SEPTEMBRE : [L8N45A0ID]
(Certaines données peuvent accuser un léger décalage)
(Rédigé par Diana Mandiá, édité par Benoit Van Overstraeten)