L'Europe clôt dans le rouge, volatilité extrême dans l'obligataire
information fournie par Reuters 01/10/2026 à 18:23

Ouverture des marchés à la Bourse de Londres

par Diana Mandia

Les Bourses européennes ont terminé en nette baisse jeudi, Paris et Londres ayant particulièrement souffert de l'extrême volatilité du marché ‌obligataire qui a propulsé les rendements de la dette souveraine à des niveaux jamais vus depuis plus de deux décennies.

À Paris, le CAC 40 a perdu 1,62% à 7.835,31 points. À Francfort, le Dax a reculé 1,03% et à Londres, le FTSE 100 abandonné ​1,68%.

L'indice EuroStoxx 50 a fini en baisse de 1,49%, le FTSEurofirst 300 de 1,21% et le Stoxx 600 de 1,30%.

L'inquiétude des investisseurs face à l'augmentation inexorable de la dette publique s'est clairement manifestée jeudi, dans un contexte de tensions généralisées sur les marchés obligataires mondiaux, alors que le risque inflationniste lié au conflit au Moyen-Orient se concrétise.

En France, le rendement des OAT à dix ans a atteint jeudi un sommet depuis 2002, à 4,9629%, avant de refluer à la suite de la présentation par le gouvernement d'un ​projet de budget pour 2027, ce qui ne l'a toutefois pas empêché de remonter en fin de séance. Il a clos le troisième trimestre de l'année par sa hausse la plus marquée en près de 40 ans.

Les investisseurs réagissent ainsi à l'approche des débats budgétaires à l'Assemblée nationale, où aucune majorité ne se dégage, et à l'incertitude ​politique avant l'élection présidentielle de 2027.

Les marchés regardent d'un oeil méfiant la deuxième économie de la zone euro et ses efforts ⁠pour réduire le déficit de 5,4% du PIB prévu pour 2026 à 3% en 2029. La dette publique s'est établie à 119,0% PIB à la fin du deuxième trimestre, un chiffre qui dépasse même les niveaux observés pendant la ‌crise sanitaire liée au COVID-19.

Mais, même si la France est particulièrement touchée par les inquiétudes des investisseurs, elle est loin d'être le seul pays à voir les rendements de sa dette souveraine s'envoler. L'aggravation de la crise énergétique, qui a entraîné en septembre des chiffres d'inflation plus élevés que prévu dans plusieurs pays de la zone euro, a conduit les marchés à anticiper au moins trois hausses des ​taux d'intérêt de la part de la Banque centrale européenne (BCE) d'ici fin 2027.

Aux Etats-Unis, le rendement des ‌bons du Trésor américain à 10 ans, qui sert de référence à l'échelle mondiale, a atteint 5,3445% mardi, son plus haut niveau depuis avril 2002, tout en se calmant ⁠depuis, tandis que celui du Gilt britannique à 30 ans a dépassé les 6%, son plus haut niveau depuis 1998.

"Tant que le resserrement monétaire ne sera pas mis en oeuvre, les marchés obligataires exigeront une prime pour les emprunts à long terme", a déclaré Fred Neumann, chef économiste pour l'Asie chez HSBC.

Le Fonds monétaire international (FMI) a toutefois souligné jeudi que les marchés obligataires mondiaux continuaient de fonctionner de manière ordonnée.

VALEURS

Les valeurs du secteur bancaire ont été particulièrement touchées par les craintes relatives à la dette souveraine.

En France, ⁠Société générale, Crédit agricole et BNP Paribas ont perdu ‌entre 5% et 3,6%, tandis qu'à Londres, Natwest a abandonné 5,3% et HSBC 4%.

Le compartiment bancaire du Stoxx 600 a fini sur une perte de 3,74%.

Les actions liées au secteur des logiciels ont en ⁠revanche bien résisté, portées par les prévisions du géant américain Accenture, qui laissent penser que les investisseurs pourraient être en train de réévaluer leurs craintes quant à l'impact négatif que l'IA générative pourrait avoir sur la demande de services informatiques traditionnels et de cabinets ‌de conseil : Capgemini s'est envolé de 7,3% et Atos de 4,9%.

A WALL STREET

La Bourse de New York connaît également une journée marquée par la volatilité, les trois indices étant passés dans le rouge après une ouverture en hausse.

A ⁠l'heure de la clôture en Europe, le Dow Jones perd 0,49%, le Standard & Poor's 500 0,26% et le Nasdaq Composite 0,28%.

Accenture grimpe en revanche de 17,4% après la publication ⁠de ses résultats et perspectives.

LES INDICATEURS DU JOUR

La croissance dans ‌le secteur manufacturier en zone euro a accéléré en septembre plus que prévu, atteignant son rythme le plus rapide depuis plus de quatre ans, grâce à une demande résiliente qui a propulsé les nouvelles commandes et la production à des sommets pluriannuels, malgré ​le conflit en cours au Moyen-Orient, a montré jeudi l'enquête définitive des directeurs d'achat (PMI) de la zone euro.

En France, l'activité dans le secteur manufacturier ‌a ralenti en septembre à un rythme moindre qu'initialement estimé.

Aux Etats-Unis, l'activité du secteur est restée pratiquement inchangée en septembre, mais les prix des intrants ont fortement augmenté dans un contexte de forte demande, ce qui met en évidence des pressions inflationnistes persistantes.

L'attention du marché se tournera bientôt vers ​la publication, vendredi, de l'inflation de la zone euro et du rapport mensuel sur l'emploi aux Etats-Unis.

TAUX

La séance a été extrêmement volatile pour les obligations.

Aux Etats-Unis, le rendement des Treasuries à dix ans recule de 3,8 points de base à 5,2554% à l'heure de la clôture des Bourses en Europe, après avoir atteint un pic depuis 2002. Le deux ans abandonne près de 10 points de base à 4,7893%.

En Allemagne, le rendement du Bund à dix ans a fini sur une baisse de 6 points de base ⁠à 3,5178% après avoir enregistré leur plus forte hausse trimestrielle depuis 2022. Le deux ans a perdu 14 points de base à 3,0529%.

En France, le rendement de l'OAT à dix ans a gagné environ 8 points de base à 4,9230%, amplifiant son écart avec le titre allemand de même échéance.

CHANGES

Le dollar gagne 0,56% face à un panier de devises de référence, porté par les craintes inflationnistes persistantes, tandis que l'euro perd 0,8% à 1,1237 dollar, un plus bas depuis 17 mois.

La demande d'options visant à se couvrir contre une nouvelle baisse de la monnaie européenne a bondi jeudi et les opérateurs ont adopté leur position la plus baissière vis-à-vis de la devise depuis mars.

PÉTROLE

Les prix du pétrole progressent jeudi, les investisseurs restant attentifs à des informations laissant entrevoir un resserrement de l'offre de carburants, ce qui relègue au second plan les données faisant état d'une nette amélioration des exportations de pétrole brut du Golfe.

Le Brent prend 3,58% à 101,54 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 2,39% à 92,58 dollars.

(Rédigé par Diana Mandiá)