L'Etat néerlandais, mécontent, entre au capital d'Air France-KLM
information fournie par Reuters 27/02/2019 à 07:00

    * L'Etat néerlandais a acheté 12,68% du capital d'AF-KLM
    * Il veut monter au niveau de l'Etat français (14,3%)
    * Paris met en garde contre toute "ingérence étatique"

 (Répétition sans changement d'une dépêche diffusée mardi soir)
    par Stephanie van den Berg
    LA HAYE, 27 février (Reuters) - L'Etat néerlandais est entré
au capital d'Air France-KLM  AIRF.PA  et veut porter sa
participation au niveau de celle de l'Etat français afin de
pouvoir influencer la gestion du groupe de transport aérien, a
annoncé mardi le ministre néerlandais des Finances, Wopke
Hoekstra.
    L'irruption des Pays-Bas au tour de table d'AF-KLM
intervient après plusieurs semaines de tension entre le conseil
d'administration, à dominante française, et le gouvernement
néerlandais au sujet du poids des Pays-Bas sur la stratégie et
la direction de l'entreprise.
    Wopke Hoekstra a précisé que l'Etat néerlandais détenait
déjà 12,68% du capital d'Air France-KLM, une participation
acquise pour 680 millions d'euros qu'il entend porter à environ
14%. 
    L'Etat français est pour l'instant le premier actionnaire du
groupe avec 14,29% du capital selon les données Refinitiv. 
    La démarche lancée par La Haye constitue "une étape décisive
pour la protection des intérêts néerlandais", a dit Wopke
Hoekstra à des journalistes. "L'acquisition de cette
participation nous assure un siège à table."
    Le ministre a ajouté que la démarche du gouvernement ne
relevait pas de l'investissement mais était motivé par la
protection des intérêts économiques néerlandais et en
particulier de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol, le troisième
d'Europe. 
    "A plusieurs reprises ces dernières années, les intérêts
néerlandais n'ont pas été suffisamment pris en compte dans les
décisions concernant l'entreprise dans son ensemble", a jugé
Wopke Hoekstra dans une lettre adressée au Parlement mardi.
    A Paris, son homologue français, Bruno Le Maire, a pris acte
de cette prise de participation "qui s'est faite sans
information du conseil d'administration ni du gouvernement
français".
    
    PARIS NE VEUT PAS D'"INTERFÉRENCE ÉTATIQUE" 
    "Je réaffirme mon soutien à la stratégie de l'entreprise et
de son management. Il est essentiel de respecter les principes
de bonne gouvernance et qu'Air France-KLM soit géré dans
l'esprit de son intérêt social sans interférence étatique
nationale", a-t-il ajouté dans une déclaration transmise à la
presse par son entourage. 
    "De notre point de vue, les conséquences possibles pour les
intérêts néerlandais ne bénéficient pas d'une considération
suffisante dans l'organisation actuelle."
    Le nouveau directeur général d'Air France-KLM, le Canadien
Ben Smith, a reconduit le Néerlandais Pieter Elbers au poste de
président du directoire de KLM la semaine dernière et l'a nommé
au poste de directeur général adjoint du groupe, tout comme son
homologue d'Air France, Anne Rigail. 
    Ces décisions étaient censées apaiser le conflit larvé avec
la branche néerlandaise après une année 2018 marquée, du point
de vue financier, par l'impact du conflit avec les pilotes d'Air
France au premier semestre et la hausse des coûts du carburant.
 
    Ainsi, si Air France-KLM a franchi le cap des 100 millions
de passagers, son bénéfice d'exploitation a reculé de 31% à 1,33
milliard d'euros, dont 266 millions seulement à mettre au crédit
d'Air France, quatre fois moins que KLM.
    Plusieurs centaines de salariés de la compagnie néerlandaise
ont manifesté il y a deux semaines devant le siège du groupe aux
Pays-Bas pour exprimer leur soutien à Pieter Elbers et leur
opposition à une intégration des deux compagnies. Une pétition
exprimant ces revendications a été signée par 25.000 des 35.000
salariés de KLM.
    Le 18 février, à la veille d'une réunion du conseil
d'administration du groupe, Ben Smith avait fait le déplacement
aux Pays-Bas pour y rencontrer Wopke Hoekstra, un entretien à
l'issue duquel le ministre avait déclaré: "Je ne pense pas qu'il
soit poli de dire exactement de quoi nous avons discuté".
    En Bourse, l'action Air France-KLM a gagné 5,38% mardi,
portant à 22,7% sa progression sur les cinq dernières séances.

 (Avec Bart Meijer et Toby Sterling à Amsterdam, Tim Hepher et
Myriam Rivet à Paris;
Bertrand Boucey et Marc Angrand pour le service français)