SAN FRANCISCO/NEW YORK/HONG KONG, 28 novembre (Reuters) -
C anyon Bridge Capital Partners, un fonds d'investissement qui a
récemment conclu le rachat du fabricant américain de
semi-conducteurs Lattice Semiconductor LSCC.O pour 1,3
milliard de dollars (1,23 milliard d'euros) est financé en
partie par des fonds publics chinois, montre une enquête de
Reuters.
Les documents enregistrés au registre chinois du commerce
que Reuters a pu consulter permettent de conclure que
l'investissement financier public dans Canyon Bridge trouve son
origine dans une décision du Conseil d'Etat, le principal organe
gouvernemental chinois.
Le seul actionnaire de Canyon Bridge est en effet une
filiale du China Venture Capital Fund, selon un document remis
mardi dernier par Lattice à la Securities and Exchange
Commission (SEC), le gendarme des marchés boursiers américains.
Or le China Venture Capital Fund est lui-même filiale de
China Reform Holdings, dont le seul actionnaire est l'Etat via
la Commission de supervision et d'administration des actifs
détenus par l'Etat (SASAC).
Ce lien entre l'offre sur Lattice et l'Etat chinois pourrait
jouer un rôle dans l'examen du projet de rachat par les
autorités américaines en raison du risque de voir des
technologies américaines sensibles tomber entre les mains de
l'appareil militaire chinois, estiment plusieurs analystes qui
suivent le secteur des semi-conducteurs et les décisions de
Washington en matière d'investissements étrangers.
"C'est un voyant rouge", a ainsi déclaré James Lewis,
chercheur au Center for Strategic and International Studies, au
sujet des liens entre Canyon Bridge et l'Etat chinois. "Cela ne
veut pas dire que le projet est mort mais ce genre d'opérations
se heurte parfois à des obstacles."
Lattice, qui produit entre autres des puces programmables,
ne vend pas directement à l'armée américaine mais ses deux
principaux concurrents, Intel INTC.O et Xilinx XLNX.O
produisent des semi-conducteurs utilisés dans certaines
technologies militaires.
Le Comité sur les investissements étrangers aux Etats-Unis
(CFIUS), un organe public américain qui étudie les implications
sur la sécurité nationale des rachats de sociétés par des
capitaux étrangers, n'a pas encore validé le rachat de Lattice.
Il s'est refusé à tout commentaire.
(Liana B. Baker, Koh Gui Qing et Julie Zhu, avec Matthew Miller
à Pékin et Greg Roumeliotis à New York; Marc Angrand pour le
service français, édité par Véronique Tison)