L'ESMA devrait superviser les plus grands gestionnaires d'actifs européens-blog BCE
information fournie par Reuters 13/02/2026 à 12:53

Les drapeaux de l'Union européenne flottent devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles

L'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) devrait coordonner la surveillance ‌des plus grands gestionnaires d'actifs opérant dans le bloc européen, tels que BlackRock et Amundi, afin d'éliminer les éventuels "angles morts" de ​la supervision nationale, ont déclaré vendredi des économistes de la Banque centrale européenne (BCE).

Cet appel, lancé dans une note de blog, s'inscrit dans une initiative plus large de la BCE visant à favoriser des marchés de capitaux européens plus intégrés, capables de financer la ​croissance économique de l'Union européenne (UE) et de l'aider à concurrencer les États-Unis et la Chine.

Selon cette proposition, l'ESMA serait chargée de coordonner les contrôles des superviseurs nationaux ​sur les 10 ou 15 plus grands gestionnaires d’actifs, qui gèrent ⁠6.300 milliards d’euros.

"Un cadre de supervision plus européen renforcerait à terme la résilience du secteur, contribuant à préserver les ‌flux de crédit et de liquidités vers l'économie en période de tensions financières", est-il indiqué dans la note de blog qui ne reflète pas nécessairement la position officielle de la BCE.

Créée après la crise ​financière mondiale de 2007-2008, l'ESMA a jusqu'à présent ‌principalement supervisé les chambres de compensation et les agences de notation et joué un ⁠rôle d'établissements de normes.

La BCE plaide depuis longtemps pour une surveillance des gérants d'actifs à l'échelle de l'UE mais elle s'est heurtée à plusieurs reprises à la résistance des autorités nationales réticentes à céder le contrôle de marchés sensibles tels que les obligations ⁠d'État et les actions d'entreprises ‌considérées comme des champions nationaux.

ANGLES MORTS

En raison de la taille de l'industrie de la gestion d'actifs, de ⁠ses liens avec le secteur bancaire et de sa concentration au Luxembourg et en Irlande, les superviseurs nationaux sont susceptibles ‌de passer à côté de risques aux répercussions potentiellement importantes, est-il indiqué dans la note de blog.

"La fragmentation ⁠de la surveillance à l'échelle nationale laisse place à des angles morts en matière de ⁠supervision qui pourraient être corrigés par ‌une supervision intégrée", écrivent les auteurs du blog.

Au cours de la dernière décennie, les actifs des gérants de fonds européens ont ​presque doublé pour atteindre plus de 20.000 milliards d'euros. Le secteur ‌s'est positionné sur des activités que les banques ont abandonné en raison de la réglementation plus stricte mise en oeuvre à la suite de la ​crise financière mondiale.

Les grands gestionnaires d'actifs européens opèrent largement au-delà des frontières, ce qui rend leur exposition plus difficile à suivre pour les autorités de surveillance nationales, observe les experts de la BCE dans le blog.

Ils entretiennent par ailleurs des liens ⁠étroits avec le secteur bancaire, que ce soit par le biais de prêts ou parce qu'ils appartiennent à une banque. Amundi est ainsi détenu par Crédit Agricole, DWS par Deutsche Bank et BNP Paribas Asset Management est sous le giron de BNP Paribas.

Une étude distincte de la BCE publiée cette semaine a montré que les gestionnaires d'actifs financent environ 15% des bilans des établissements de crédit traditionnels dans la zone euro et représentent environ 10% du total des actifs bancaires.

(Rédigé par Francesco Canepa, version ​française Blandine Hénault, édité par Augustin Turpin)