L'Allemagne dénonce l'offre de rachat de l'italienne Unicredit sur Commerzbank
information fournie par Boursorama avec AFP 16/03/2026 à 15:19

( AFP / DANIEL ROLAND )

La banque italienne UniCredit a suscité lundi une levée de boucliers en Allemagne après avoir lancé une offre publique d'achat d'environ 35 milliards d'euros, jugée hostile, sur sa rivale allemande Commerzbank.

Une telle offensive est politiquement sensible, l’État fédéral allemand détenant 12% du capital de Commerzbank. Berlin a de fait immédiatement exprimé son opposition à une reprise de la deuxième banque privée allemande.

Une " prise de contrôle hostile serait inacceptable ", en raison notamment de l'"importance systémique " de Commerzbank, a déclaré un porte-parole du ministère des Finances devant la presse.

La présidente du directoire de la banque allemande, Bettina Orlopp, a quant à elle déclaré que cette offre de rachat n'avait "pas été menée en concertation avec Commerzbank" et qu'elle n'offrait en pratique "aucune prime" pour ses actionnaires, ce qui serait la "base pour d'éventuelles discussions".

"Nous sommes convaincus de la force et du potentiel de notre stratégie, qui mise sur l'indépendance et la croissance rentable", a répété Mme Orlopp, sa ligne de défense depuis plusieurs mois.

UniCredit prévoit d'offrir 0,485 action pour chaque action de la cible, correspondant à un prix de 30,8 euros par action Commerzbank, soit une prime minime de 4% par rapport au cours de clôture de vendredi, note-t-elle.

A raison de quelque 1,13 milliard de titres au capital de Commerzbank, l'offre valorise la banque à environ 35 milliards d'euros, uniquement sous forme d'échange volontaire d'actions.

A la Bourse de Francfort, vers 13H00 GMT, l'action Commerzbank poursuivait sa progression, gagnant plus de 7%, à 31,68 euros.

A Milan, au même moment le titre UniCredit cédait 0,31% à 63,30 euros.

- Craintes de démantèlement -

Le syndicat allemand des services ver.di, dont plusieurs représentants siègent au conseil de surveillance de Commerzbank, a mis en garde lundi contre un "démantèlement" de la banque allemande après l'offre de UniCredit.

Il a aussi jugé que "les grands investisseurs, notamment l'État fédéral (...), portent désormais une responsabilité envers les PME allemandes, des millions de clients particuliers et, enfin, des milliers de salariés".

Commerzbank a déjà pris plusieurs mesures pour contrer les velléités de la banque milanaise.

L'an dernier, elle a mené un plan de départs volontaires visant 3.900 suppressions de postes, principalement en Allemagne, justifié par son virage numérique, mais surtout pour améliorer sa rentabilité et séduire ainsi la Bourse.

Le cours de Commerzbank a de fait presque triplé depuis l'entrée surprise d'UniCredit à son capital en septembre 2024, portée depuis à près de 30%, alimentant les rumeurs d'un rachat potentiel.

La banque allemande a par ailleurs restitué plus d'argent à ses actionnaires, via un dividende en hausse et des rachats d'actions sur le marché pour les annuler.

UniCredit, tout en soulignant qu'elle ne prévoyait pas de prendre le contrôle total de sa rivale, a indiqué qu'elle laisserait sa participation dans la banque allemande franchir le cap des 30%, qui oblige à déposer une offre de rachat sur l'ensemble du capital.

Son offre publique d'achat volontaire, qui sera lancée en mai, n'a, en l'état, aucune chance d'attirer les investisseurs dans Commerzbank, faut d'être attractive.

Mais elle va pouvoir par la suite augmenter librement sa part dans la banque allemande.

Le PDG d'UniCredit, Andrea Orcel, a déclaré lundi que cette saga interminable perturbait les deux banques et qu'il était temps d'agir, lors d'une conférence téléphonique.

"Si le conseil d'administration a décidé d'agir aujourd'hui, c'est parce que nous estimions que l'attentisme persistant était une situation sous-optimale pour les deux parties", a-t-il poursuivi.

"Cette offre était un excellent moyen d'ouvrir le dialogue, de remettre les choses au clair et de tenter de trouver un accord satisfaisant", a-t-il souligné, avant d'ajouter: "vous pouvez imaginer le résultat que j'espère obtenir".