L'AIE va débloquer 400 millions de barils de pétrole face à la hausse des cours
information fournie par Reuters 11/03/2026 à 15:50

(Actualisé tout du long avec décision, commentaires, contexte)

Les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont décidé mercredi de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils de pétrole puisés dans leurs réserves stratégiques afin de contenir la hausse des cours du brut provoquée par le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz.

La décision a été approuvée à l'unanimité des 32 pays membres de l'organisation fondée en 1974 à la suite du premier choc pétrolier pour sécuriser l'approvisionnement des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), a déclaré l'AIE dans un communiqué.

L'annonce n'a pas empêché les cours du brut de poursuivre leur hausse mercredi, les opérateurs doutant que ce recours aux stocks stratégiques puisse compenser les problèmes d'approvisionnement en Asie induits par le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran.

La perspective d'un recours à ces réserves avait cependant contribué en début de semaine à faire retomber les cours de leurs plus hauts atteints depuis le début de la guerre le 28 février, à environ 120 dollars le baril.

"Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le marché pétrolier sont d'une ampleur sans précédent ; je suis donc très heureux que les pays membres de l'AIE aient réagi par une action collective d'urgence d'une ampleur inédite", a déclaré le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol.

"La sécurité énergétique est le mandat fondateur de l'AIE, et je me réjouis de constater que les membres de l'AIE font preuve d'une forte solidarité en prenant ensemble des mesures décisives", a-t-il ajouté, rappelant que 15 millions de barils de brut et 5 millions de barils de produits pétroliers transitent quotidiennement par le détroit d'Ormuz.

Jamais une telle quantité n'avait été débloquée dans l'histoire de l'AIE. Ce volume représente plus du double de celui qui avait été fixé en 2022 lors de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par l'armée russe. A l'époque, l'AIE avait débloqué 182 millions de barils de brut et de produits pétroliers en deux étapes (62,7 millions en mars 2022, 120 millions en avril 2022).

PRESSION DE WASHINGTON

Dans un communiqué diffusé mercredi, les ministres de l'Energie du G7, réunis la veille en visioconférence, avaient fait savoir qu'ils soutenaient dans le principe "la mise en oeuvre de mesures proactives pour faire face à la situation, y compris l'utilisation des réserves stratégiques".

"La pression est venue principalement du gouvernement américain qui réclamait ce déblocage", a déclaré un diplomate de l'Union européenne avant la décision formelle de l'AIE.

Sur Fox News, le secrétaire américain à l'Intérieur, Doug Burgum, a déclaré que le moment était "idéal" pour atténuer la pression sur les prix du pétrole, même s'il a réfuté tout problème d'approvisionnement. "Nous avons un problème temporaire de transit que nous sommes en train de régler militairement et diplomatiquement", a-t-il déclaré.

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a déclaré que son gouvernement prévoyait de débloquer à partir de lundi l'équivalent d'un mois de stocks publics et 15 jours de stocks gérés par le privé.

Au total, le Japon débloquera 80 millions de barils, a déclaré le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie, soulignant qu'environ 70% des importations du pétrole de l'archipel transitent par le détroit d'Ormuz.

L'Allemagne a également déclaré qu'elle participerait à cette initiative à hauteur de 19,5 millions de barils, tout en relevant que les Etats-Unis et le Japon en seraient les principaux contributeurs. La Grande-Bretagne débloquera 13,5 millions de barils.

Les pays membres de l'AIE détiennent actuellement plus de 1,2 milliard de barils de stocks d'urgence de pétrole, auxquels s'ajoutent 600 millions de barils de stocks détenus par l'industrie sous obligation gouvernementale, a indiqué lundi Fatih Birol.

La France a un peu plus de 100 millions de barils en réserve, publique ou privée, a précisé le ministre français de l'Economie, Roland Lescure, mercredi lors du compte rendu du conseil des ministres.

"Il faut donner un message très clair, c'est que si on ne peut pas rouvrir le détroit d'Ormuz tout de suite, on peut le remplacer", a-t-il expliqué mercredi matin au micro de BFM/RMC.

Un message qui ne semblait pas totalement entendu du côté des marchés mercredi, où le Brent prenait 4% à 91,30 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI)

CLc1 3,22% à 86,19 dollars.

Un problème pointé par les experts du marché est notamment celui du rythme du déblocage, davantage que le volume. Débloquer ainsi 100 millions de barils sur un mois représenterait environ 3,3 millions de barils par jour, soit seulement une petite fraction des 20 millions de barils transportés en temps normal via le détroit d'Ormuz.

VOIR AUSSI:

ENCADRE-Quelle quantité de pétrole les pays du G7 détiennent-ils dans leurs réserves d'urgence ?

(Alex Lawder à Londres, America Hernandez à Paris, Pietro Lombardi à Madrid, Fabiola Arámburo à Mexico, Makiko Yamazaki à Tokyo; version française Camille Raynaud et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault)