L'absence de visibilité pèse sur Ryanair malgré un bénéfice annuel record
information fournie par Zonebourse 18/05/2026 à 11:15

La compagnie aérienne irlandaise a enregistré une forte progression de ses résultats annuels grâce au rebond des tarifs et à une demande toujours soutenue. Ryanair refuse toutefois de fournir une prévision de bénéfice pour son exercice comptable 2027 en raison des tensions géopolitiques et de la volatilité du carburant. Une prudence qui refroidit les investisseurs : le titre cède plus de 3% à Dublin.

Ryanair a publié ce matin un bénéfice net après impôts (et avant éléments exceptionnels) de 2,26 MdsEUR au titre de son exercice comptable 2026 achevé au 31 mars, un chiffre en hausse de 40% en un an et supérieur au consensus qui tablait sur 2,16 MdsEUR.

Le groupe a comptabilisé une charge exceptionnelle de 85 MEUR liée à une amende infligée par l'autorité italienne de la concurrence, dont Ryanair conteste toujours le bien-fondé en appel.

Le chiffre d'affaires annuel a progressé de 11% à 15,54 MdsEUR, faisant là aussi mieux que les attentes du consensus (15,47 MdsEUR).

Dans le détail, les revenus programmés ont augmenté de 14% à 10,56 MdsEUR, soutenus par une hausse de 4% du trafic à 208,4 millions de passagers et par des tarifs en hausse de 10%, tandis que les revenus annexes ont progressé de 6% à 4,99 MdsEUR (soit 24 EUR par passager).

Les coûts opérationnels ont augmenté de 6% à 13,09 MdsEUR, soit une hausse limitée à 1% par passager. Ryanair précise que les autres revenus ont diminué en raison d'une baisse significative des compensations versées par Boeing au titre des retards de livraison. A ce titre, le groupe indique avoir reçu l'ensemble des 210 Boeing 737-8200 "Gamechanger" attendus dans sa flotte, qui comptait 647 appareils au 31 mars.

Large couverture des besoins en carburant

Pour son exercice comptable 2027, Ryanair prévoit une hausse de 4% du trafic à environ 216 millions de passagers. Le groupe précise que 80% de ses besoins en carburant sont couverts à environ 67 dollars par baril jusqu'en avril 2027, mais souligne que les prix du kérosène non couverts ont fortement augmenté en raison du conflit au Moyen-Orient.

"Notre stratégie prudente de couverture carburant protégera les résultats du groupe dans des marchés pétroliers très volatils et renforcera davantage notre avantage de coûts face aux concurrents européens", a souligné le directeur général Michael O'Leary.

La compagnie prévient également que les taxes environnementales européennes devraient aussi augmenter de 300 MEUR supplémentaires cette année pour atteindre environ 1,4 MdEUR.

Le groupe estime qu'il est "bien trop tôt pour fournir une guidance de bénéfice FY27 significative", invoquant une visibilité limitée sur les réservations estivales, la volatilité des prix du carburant et les risques géopolitiques.

En attendant, la compagnie a racheté et annulé plus de 20 millions d'actions au cours de l'exercice, soit environ 2% du capital. Depuis 2008, Ryanair indique avoir retiré environ 38% de son capital en circulation. Un dividende final de 0,195 EUR par action sera versé en septembre, sous réserve de l'approbation des actionnaires.

Des analystes globalement confiants sur le dossier

Réagissant à cette publication, Alex Irving, analyste chez Bernstein confirme son conseil "Surperformance" sur le titre avec un objectif de cours inchangé à 32 EUR mais évoque une perte nette de 396 MEUR au 4e trimestre, supérieure de 6% au consensus. Le broker estime toutefois que Ryanair reste le transporteur européen le mieux positionné pour traverser le contexte actuel de hausse des coûts et tirer parti des difficultés du secteur. Selon Bernstein, la solidité du bilan et les marges élevées du groupe devraient même lui permettre de gagner des parts de marché alors que certains concurrents pourraient rencontrer des difficultés.

De son côté, Gerald Khoo, en charge du dossier chez Panmure Liberum , confirme son conseil d'achat sur Ryanair avec un objectif de cours inchangé à 27,50 EUR, après des résultats annuels jugés "conformes aux attentes". Le broker souligne un fort rebond du bénéfice, porté par la hausse de 10% des tarifs moyens après les perturbations liées aux agences de voyage en ligne l'an dernier. Selon Panmure Liberum, la demande reste robuste mais l'environnement tarifaire se détend. Le bureau d'études estime que la valorisation reste attractive pour un investissement à long terme et met en avant la position nette de trésorerie "solide" et la capacité éprouvée de la compagnie à traverser les crises sectorielles.

Chez Jefferies , Chloé Lemarie estime que "les pressions devraient surtout s'accentuer fin 2026 / début 2027, avec un ralentissement de la dynamique tarifaire des compagnies aériennes et des vents contraires sur les coûts, augmentant au final le risque baissier pour le marché de la maintenance aéronautique civile".

De son côté, Deutsche Bank confirme son conseil d'achat sur Ryanair avec un objectif de cours de 31,50 EUR, malgré des perspectives à court terme jugées plus tendues. Le broker estime que le recul de 24% du titre depuis le début de l'année intègre déjà une large partie des inquiétudes liées à la pression attendue sur les tarifs et les coûts pour l'exercice comptable 2027. Selon Deutsche Bank, le marché devra probablement revoir en baisse ses attentes de bénéfice alors que Ryanair anticipe des tarifs en baisse au 1er trimestre et une hausse des coûts unitaires. La note considère toutefois que le groupe conserve des fondamentaux solides, avec une position nette de trésorerie de 2,08 Mds EUR et une stratégie commerciale adaptée à un environnement plus difficile.

Enfin, UBS confirme son conseil d'achat sur Ryanair avec un objectif de cours de 33,15 EUR, après des résultats jugés "légèrement supérieurs aux attentes" mais des perspectives "plus incertaines" pour l'exercice comptable 2027. Le broker estime que les investisseurs pourraient rester prudents face à un environnement plus difficile, marqué par un ralentissement récent des prix et une visibilité réduite sur les réservations estivales. Le bureau d'études ajoute enfin que l'éventuelle prolongation du mandat du directeur général jusqu'en 2032 pourrait constituer un élément favorable pour le titre.