Japon-La crise du yen plane sur les promesses électorales de Takaichi information fournie par Reuters 27/01/2026 à 11:55
par Kevin Buckland et Rocky Swift
La perspective d'une intervention des autorités japonaises et américaines pour soutenir le yen a permis l'appréciation de la devise japonaise ces derniers jours, mais l'impact réel d'une telle mesure pourrait être limité, d'autant plus que la Première ministre Sanae Takaichi fonde sa campagne pour l'élection législative de février sur des mesures de relance élargies.
Sanae Takaichi a annoncé ce mois-ci la convocation d'élections législatives anticipées le 8 février pour s'assurer une majorité à la chambre basse du Parlement et un soutien à son programme politique, tout en promettant de suspendre pendant deux ans une taxe de 8% sur les produits alimentaires.
À moins de deux semaines du scrutin, les autorités japonaises laissent ouvertement entendre qu'elles pourraient intervenir sur les marchés pour la première fois depuis juillet 2024.
La chute prolongée du yen cette année est devenue le symbole des inquiétudes croissantes quant à la santé financière du Japon, et son déclin incessant intervient à un moment où les rendements des obligations d'État ont atteint des niveaux records, ce qui aurait normalement dû soutenir la monnaie.
"La devise réagit de manière agressive", a déclaré Toshinobu Chiba, gestionnaire de fonds basé à Tokyo chez Simplex Asset Management.
Il estime que le yen pourrait chuter jusqu'à 180 yens pour un dollar pour la première fois depuis 1986, un an après que les accords du Plaza ont permis une dépréciation majeure du dollar, si la Première ministre remporte une large victoire électorale et envisage d'étendre ses plans de relance.
Comme de nombreux acteurs du marché, l'analyste s'attend à ce que le taux de change entre les deux devises dépasse les 160 yens pour un dollar, ce qui déclencherait une première vague d'interventions, mais il estime également que le ministère des Finances "n'a pas beaucoup d'influence sur le marché".
"La plupart des investisseurs ne font pas confiance au contrôle budgétaire du Japon...C'est une question de crédit souverain", dit-il.
La dette publique japonaise s'élève déjà à environ 230% du produit intérieur brut (PIB), soit le niveau le plus élevé des pays développés.
Sanae Takaichi, tout comme ses principaux adversaires politiques, s'est engagée à suspendre la taxe à la consommation sur les denrées alimentaires, qui rapporte environ 5.000 milliards de yens (32,36 milliards de dollars) par an, sans préciser comment elle compenserait cette perte de recettes.
Les craintes concernant le budget ont atteint leur paroxysme la semaine dernière, lorsque les rendements des obligations d'État japonaises à long terme ont atteint des niveaux records, tandis que les actions subissaient leur plus forte baisse en trois mois et que le yen plongeait à des niveaux historiquement bas par rapport à l'euro et au franc suisse.
Mais une déroute boursière du type "Vendre le Japon", qui s'autoalimente et affecte toutes les classes d'actifs, n'est pas quelque chose que la Première ministre peut se permettre à l'approche des élections.
Vendredi, alors que les opérateurs se débarrassaient du yen malgré les signaux restrictifs de la Banque du Japon (BoJ), la devise a soudainement rebondi et a continué à grimper quelques heures plus tard, ce qui semble être le résultat des révisions de taux effectuées à la fois par la banque centrale japonaise et la Réserve fédérale de New York.
D'environ 159,20 pour un dollar en fin d'après-midi à Tokyo, le yen a finalement bondi à 153,30 pour un dollar à la clôture vendredi. Il s'échangeait mardi à 154,58 pour un dollar.
Ce type d'actions conjointes sont rares, mais elles interviennent à un moment où Washington se montre ouvertement favorable à un renforcement du yen par rapport au billet vert.
Le principal responsable japonais des devises, Atsushi Mimura, a refusé de commenter les vérifications de taux rapportées - prélude traditionnel à une intervention effective - se contentant de déclarer que les reponsables maintiendraient une coordination étroite avec leurs homologues américains et réagiraient "de manière appropriée".
L'impact d'une intervention sur le yen est limité, et celle-ci est généralement considérée comme un moyen de ralentir ou d'atténuer les mouvements monétaires plutôt que d'en inverser la tendance, en particulier lorsqu'il existe un facteur déterminant, tel que la crainte d'un déséquilibre budgétaire.
Tokyo a dépensé au total 15.300 milliards de yens en interventions en 2024, un montant sans précédent, afin d'endiguer une vague de ventes de yens alors que les politiques monétaires de la Fed et de la BoJ divergeaient fortement.
Mais après une série d'interventions fin avril de cette année-là, le yen a atteint de nouveaux plus bas moins de deux mois plus tard.
L'intervention de juillet 2024 a été plus fructueuse mais principalement parce qu'elle a précédé le revirement inattendu du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, à Jackson Hole, dans le Wyoming, en août de la même année.
Les responsables s'inquiètent désormais non seulement de la suspension de deux ans de la taxe sur les produits alimentaires, mais aussi de la difficulté politique que représentera sa réintroduction.
Pour Chris Scicluna, directeur de recherche chez Daiwa Capital Markets Europe, les augmentations de la taxe à la consommation depuis 2014, bien que très impopulaires, ont largement contribué à l'amélioration de la santé financière du Japon ces dernières années.
"Les élections anticipées font prendre conscience aux investisseurs du risque que les finances publiques japonaises ne parviennent pas à se stabiliser", a-t-il déclaré.
(Version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)