Japon: La BoJ maintient ses taux, laisse entrevoir des hausses à court terme information fournie par Reuters 30/10/2026 à 12:27
par Leika Kihara et Makiko Yamazaki
La Banque du Japon (BCE) a laissé vendredi ses taux d'intérêt inchangés et s'est félicitée d'avoir atteint son objectif d'inflation, tout en laissant entendre que la prochaine hausse des taux pourrait intervenir dès décembre.
À l’issue de sa réunion de deux jours, la Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 1,25%, une décision largement anticipée.
La banque centrale nippone marque ainsi une pause, après la hausse entreprise en septembre, afin de disposer de plus de temps pour analyser les effets des hausses de taux précédentes sur les conditions de crédit.
La BoJ a par ailleurs revendiqué une victoire en matière d'inflation, après 14 années de lutte pour atteindre son objectif fixé à 2%, tout en laissant entendre que sa politique était entrée dans une nouvelle phase, plus restrictive, pouvant déboucher sur des hausses de taux tous les quelques mois.
Tout en s’abstenant de s’engager à l’avance sur un rythme précis de hausses des taux, le gouverneur Kazuo Ueda a déclaré que la banque centrale débattrait des taux à chaque réunion, y compris la prochaine en décembre.
"Il est important d’ancrer l’inflation sous-jacente autour de notre objectif. Cela ne signifie pas pour autant que nous allons rester les bras croisés. Nous ajusterons la politique monétaire comme il se doit afin que l’inflation sous-jacente s’ancre autour de 2%", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Ce changement général de perspective aligne la Banque du Japon sur ses homologues américains et européens, qui envisagent des hausses de taux à court terme pour lutter contre les risques inflationnistes liés à l’essor de l’IA et au choc énergétique provoqué par la guerre en Iran.
Hajime Takata, membre faucon ('hawkish') du comité de politique monétaire, s’est opposé à la décision de maintenir les taux inchangés, proposant sans succès une hausse à 1,5%.
Dans un geste surprenant qui marque un nouveau pas vers l’abandon de la politique monétaire ultra-accommodante, la Banque du Japon a annoncé qu’elle accélérerait, à partir de janvier, ses ventes de fonds négociés en bourse (ETF), les portant à 860 milliards de yens (4,88 milliards d'euros) par an contre de 330 milliards de yens actuellement.
"Nous avons estimé nécessaire d’examiner de plus près les risques économiques et liés aux prix, ainsi que les conditions financières", a déclaré Kazuo Ueda, interrogé sur la décision de maintenir les taux.
"Mais l’inflation sous-jacente a atteint des niveaux compatibles avec notre objectif de prix. Les conditions financières restent accommodantes. Il existe divers risques à la hausse. Nous devons donc rester vigilants face au risque que l’inflation dépasse notre objectif", a-t-il ajouté, entretenant ainsi les anticipations d’une hausse des taux en décembre.
RÉVISION DES PRÉVISIONS D'INFLATION
Dans son rapport trimestriel sur les perspectives économiques, la BoJ a revu à la hausse ses prévisions d’inflation sous-jacente pour l’exercice fiscal se terminant en mars 2028, les portant à 2,6% contre 2,4% il y a trois mois.
La banque centrale a également relevé ses estimations concernant l’inflation dite "sous-jacente de base", qui exclut l’effet des coûts des carburants, pour les deux prochains exercices fiscaux.
La BoJ a aussi indiqué que les anticipations d’inflation à long terme "oscillaient autour de 2%".
"Bien que ses prévisions d’inflation restent globalement conformes à l’objectif de 2%, la Banque du Japon semble de plus en plus consciente de la possibilité d’un dépassement de cet objectif", a déclaré Kazutaka Maeda, économiste senior à l’Institut de recherche Meiji Yasuda.
"Plutôt que de s’en tenir à l’intervalle de six mois entre les hausses, tel qu’envisagé précédemment, elle pourrait désormais envisager des hausses tous les trois mois, ce qui ferait de la réunion de décembre une occasion plausible pour la prochaine hausse des taux", a-t-il ajouté.
UN TOURNANT
L'accomplissement de l’objectif d’inflation de 2% marque un tournant pour la Banque du Japon, qui a passé la majeure partie de son histoire à lutter contre une croissance des prix faible, voire négative, depuis qu’elle a acquis son indépendance juridique vis-à-vis du gouvernement en 1998.
Sous la direction de l’ancien gouverneur Haruhiko Kuroda, la BoJ avait mis en place un plan de relance monétaire massif en 2013 afin de sortir le Japon de la déflation et de relancer l’inflation pour atteindre l’objectif de 2%.
Face à des coûts énergétiques obstinément élevés et à la hausse des prix à l’importation due à la faiblesse du yen, qui accentuent les pressions inflationnistes, la BoJ a relevé ses taux en septembre après une hausse en juin, un intervalle plus court que les hausses effectuées environ deux fois par an en 2024 et 2025.
La plupart des analystes interrogés par Reuters s’attendent à ce que la BoJ relève son taux directeur à 1,5% en décembre, puis procède à de nouvelles hausses l’année prochaine. Leurs prévisions concernant le taux d’équilibre se situent entre 1,75% et 2%.
"Le rythme dépendra en grande partie des données à venir. Nous ne pouvons pas décider à l’avance combien de mois s’écouleront à chaque fois avant de relever les taux", a déclaré Kazuo Ueda au sujet du calendrier des futures hausses.
"Nous devons examiner avec prudence les conditions financières, car ce que nous observons actuellement ne reflète pas nécessairement pleinement l’impact cumulé des précédentes modifications des taux", a-t-il ajouté.
(Rédigé par Leika Kihara et Makiko Yamazaki ; version française Coralie Lamarque)