Israël étend son offensive à Gaza, l'Onu vote pour accentuer l'aide humanitaire
information fournie par Reuters 22/12/2023 à 22:43

(Actualisé avec déclaration de l'Autorité palestinienne)

par Nidal al-Mughrabi et Dan Williams

L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle allait étendre son offensive terrestre au centre de la bande de Gaza, alors que le Conseil de sécurité de l'Onu a voté en faveur d'une résolution censée accentuer l'aide humanitaire dans l'enclave, sans appeler à un cessez-le-feu.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution "appelant à des mesures urgentes pour permettre immédiatement un accès humanitaire sécurisé, sans entrave et élargi et pour créer les conditions nécessaires pour cesser les hostilités de manière durable".

Le Hamas a qualifié cette résolution de "pas insuffisant" pour répondre aux besoins de l'enclave.

"Durant les cinq derniers jours, l'administration américaine a travaillé dur pour vider cette résolution de sa substance et y inclure cette faible formule (...) cela va à l'encontre des souhaits de la communauté internationale et de l'Assemblée générale des Nations unies d'arrêter l'agression d'Israël contre notre peuple palestinien sans défense", a déclaré l'organisation islamiste dans un communiqué.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères, qui dépend de l'Autorité palestinienne basée en Cisjordanie, a qualifié la décision de "pas dans la bonne direction" qui aidera à "mettre fin à l'agression, assurer l'arrivée d'aide et protéger le peuple palestinien".

"Nous considérons que c'est une étape qui pourrait contribuer à alléger la souffrance de notre peuple dans la bande de Gaza", a déclaré le ministère.

Une précédente version du texte appelait à une "cessation urgente et durable des hostilités".

Les Etats-Unis, qui ont mis leur véto à de précédents projets de résolution appelant à une trêve humanitaire, se sont cette fois abstenus.

Les Etats-Unis soutiennent Israël dans leur contre-offensive mais ont fait part de leur inquiétude quant à la situation humanitaire dans l'enclave de 2,3 millions d'habitants, théâtre depuis 10 semaines d'une intervention militaire israélienne dont le bilan ne cesse de s'alourdir.

LEs Etats-Unis et Israël s'opposent à la mise en place d'un cessez-le-feu, avançant qu'il ne bénéficierait qu'au Hamas. Washington défend plutô l'idée de pauses dans les combats.

Selon le dernier bilan communiqué par le ministère de la Santé de Gaza, 20.057 personnes sont mortes, dont de nombreux enfants et femmes.

Le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, a déclaré que la manière dont Israël menait son opération militaire dans la bande de Gaza "créait des obstacles massifs dans la distribution de l'aide humanitaire". Il a appelé les autorités israéliennes à "lever immédiatement les restrictions sur les activités commerciales".

Dans ce contexte, Israël n'a montré aucun signe de vouloir diminuer son offensive, multipliant les frappes aériennes et les tirs d'artillerie sur les positions tenues par les combattants du Hamas dans l'ensemble de la bande de Gaza.

Alors que les efforts diplomatiques se multiplient pour tenter d'arracher une nouvelle trêve entre Israël et le Hamas, l'armée israélienne continue méthodiquement son entreprise d'"éradication" du groupe islamiste responsable de l'attaque meurtrière du 7 octobre dans le sud d'Israël.

Tsahal a ordonné vendredi aux habitants d'Al Boureij, dans le centre de Gaza, de se déplacer immédiatement vers le Sud, indiquant son intention d'ouvrir un nouveau front dans ce secteur, après avoir dévasté le nord de l'enclave et mené des incursions dans le secteur de Khan Younès, plus au Sud, depuis le début du mois.

140 SOLDATS ISRAÉLIENS TUÉS

L'armée israélienne a dit regretter les nombreuses pertes civiles, tout en accusant le Hamas d'utiliser la population de Gaza comme bouclier humain, allégations rejetées par le groupe palestinien.

Les autorités israéliennes ont reconnu de leur côté la mort de 140 soldats depuis le début de l'offensive terrestre à Gaza le 20 octobre.

Des combats étaient rapportés vendredi aux abords d'Al Boureij, ville construite sur l'emplacement d'un camp de réfugiés datant de 1948, et d'intenses bombardements dans la ville et le camp de réfugiés de Djabalia, au nord de l'enclave, où les troupes israéliennes tentent de progresser.

Plus au sud, où l'immense majorité des Gazaouis sont désormais réfugiés dans des conditions de précarité absolue, des frappes aériennes ont visé Khan Younès et Rafah, à la frontière avec l'Egypte.

Les autorités égyptiennes, qui mènent avec le Qatar les efforts de médiation entre Israël et le Hamas, ont reçu pendant deux jours le chef en exil du groupe palestinien, Ismaïl Haniyeh, mais cette visite n'a débouché sur aucune avancée concrète, le Hamas et le Djihad islamique ayant rejeté dans la soirée l'idée d'une nouvelle libération d'otages en échange de prisonniers palestiniens sauf en cas "d'arrêt complet de l'agression" israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen, a déclaré de son côté que les négociations sur la libération d'otages se poursuivaient, se refusant toutefois à fournir plus de détails.

Plus d'une centaine d'otages ont été libérés à l'occasion d'une trêve humanitaire d'une semaine fin novembre.

(Reportage de Bassam Masoud à Gaza, Michelle Nichols aux Nations Unies, Nidal al-Mughrabi au Caire et Dan Williams à Jérusalem, rédigé par Grant McCool et Alex Richardson ; version française Camille Raynaud et Tangi Salaün, édité par Blandine Hénault)