Intelligence artificielle, quel impact sur l’ordre mondial… et votre allocation d'actifs ? information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 27/03/2026 à 17:12
La puissance de l'intelligence artificielle est en pleine explosion. Elle modifie en profondeur la structure de l'ordre politique et économique mondial.
La guerre en Iran est une illustration flagrante de ce nouveau paradigme. Cette puissance de 100 mln d'habitants, dominé par une industrie de l'armement, proche de la Chine riche de ses exportations d'hydrocarbure, a été incapable d'atteindre avec succès Jérusalem ou Tel Aviv malgré des lancements de milliers de missiles et drones.
Ceci illustre la puissance du « Dôme de Fer » développé par Israel. Seule la puissance de calcul augmentée des dernières puces NVidia a pu permettre de résister aux salves iraniennes et du Hezbollah.
USA, une hégémonie militaire retrouvée ?
De même, l'exploit de l'enlèvement de Maduro sans aucune perte américaine, de la localisation du chef d'un cartel de la drogue au Mexique, de la localisation du leader Iranien Khameini sont autant de succès qui montrent l'hyperpuissance militaire retrouvée des Etats-Unis grâce aux puces NVidia.
On peut postuler que les USA sont en train de retrouver leur suprématie mondiale semblable à la période 1944 1949 où ils étaient le seul pays à bénéficier de la bombe nucléaire.
Quelles conséquences de cette hyperpuissance américaine ?
Ce retour à une hyperpuissance américaine bouleverse en profondeur les fondements politiques de l'ordre mondial : remise en cause du rôle du droit international et de l'Onu, affaiblissement relatif de l'axe transatlantique autour de l'OTAN, bascule de la rivalité stratégique de la Russie vers la Chine.
Les fondements économiques sont aussi totalement bouleversés. Le Trumpisme remet en cause 30 ans de globalisation Davossienne basée sur une intégration de la Chine comme usine du monde. Ce système mis en place par Clinton, Greenspan, Summers semble s'affaiblir. Il avait été mis en place lors de la dernière révolution technologique basée sur Apple, et Microsoft autour de l'internet et des réseaux mobiles, via les puces Intel.
Cette sino-globalisation s'est soldée par un déclin relatif de l'Occident au profit de la Chine. La mesure économique de ce déclin économique est la baisse structurelle du taux d'intérêt neutre vers 0% et ce a fortiori suite à la crise Lehmann et la crise de l'Euro. Lentement mais sûrement, la richesse des classes moyennes occidentale a diminué du fait d'une croissance économique atone. L'or, la « relique barbare » (Keynes dixit), a flambé d'autant plus que ses cours avaient été capés via la doctrine Summers mettant en avant la corrélation négative entre le cours de l'or, le taux réel et donc la croissance potentielle.
Vers une stagflation ou une reflation ?
Le consensus médiatique européen est que la guerre en Iran va créer les bases d'une stagflation comme en 1973 ou 1980. L'inflation explose, les taux nominaux suivent, la croissance s'effondre, la bourse baisse.
Les anticipations d'inflation US 10 ans restent stables autour de 2.25%. Pas de choc pétrolier à ce stade…
Dans la pratique, les indicateurs financiers indiquent plutôt une reflation. Les bourses baissent mais pour l'instant d'une manière raisonnée. La hausse des taux nominaux correspond surtout à une renormalisation des anticipations d'inflation vers 2/2.5% et des taux réels vers 2% aux USA et 1/1.5% en Europe.
Quel impact sur les fonds en Euros et les allocations d'actif 60/40
On a donc bien une double peine pour les fonds en Euro dans la mesure où l'anti-corrélation entre hausse du marché obligataire et baisse des actions ne fonctionne plus. Normalement, les banques centrales rachètent des obligations dans les crises financières pour compenser la destruction de monnaie liée au deleveraging des positions en actions, surtout d'hyper croissance comme les technologiques.
Obligations, un retour vers le taux naturel ?
Il semble qu'on se dirige vers un nouveau paradigme de retour des taux réels occidentaux vers leur taux naturel long terme entre 2% et 2.5%. Ce taux naturel est sans doute celui qui optimise l'équilibre épargne investissement et donc la création de richesse.
Les taux réels américains remontent vers leur taux « naturel » entre 2 et 2.5%, signe d'une remontée du taux de croissance potentiel.
Quelles conséquences de la renormalisation des taux d'intérêt
Les médias parlent beaucoup de l'inflation mais peu des taux d'intérêt. Pourtant, les taux long terme sont la mesure de toutes choses via le mécanisme d'actualisation des flux futures. Normalement, les valeurs «utilities» sont les moins impactées avec les valeurs « non durable consumer » goods (biens de consommation courante) comme Procter and Gamble Coca Cola, les valeurs pharmaceutiques comme Pfizer, et bien sûr les valeurs énergétiques comme Total, BP ou Exxon.
L'impact sur les valeurs de croissance est moins clair. Tout dépend de la croissance des bénéfices futurs. Les valeurs IA ont des taux de croissance de 70% annuel (sic pour NVidia). En revanche, des valeurs old techno comme Microsoft, Apple, SAP, IBM sont menacés quant aux fondements même de leur busine model.
Un combat de titan entre deux idéologies IA
Deux camps IA apparaissent de plus en plus clairement. La « old tech » autour de Microsoft, Bill Gates, Apple, a financé Chat GPT, Anthropic. Elle reste attachée à une idéologie dite ‘wokiste» où ce sont des acteurs privés qui au nom de l'éthique censure l'information. Ce sont les fameux modérateurs de réseaux sociaux, mais aussi les algorithmes d'éthique de Chat GPT qui vérifient si la question est politiquement correcte. C'est enfin et surtout la tentative ratée de Anthropic d'imposer aux militaires américains des filtres «éthiques» dans l'utilisation de leur IA militaire.
En face, des entrepreneurs de la « new big tech » à commencer par Peter Thiel prône une approche opposée. Pas de modération des réseaux sociaux au nom du Premier Amendement au risque de dérives ultra droites dont on accuse Elon Musk et son réseau X, pas de filtres éthiques sur les réseaux IA de Musk (Grok), et surtout pas de filtres éthiques sur les systèmes militaires. C'est aux autorités politiques démocratiques américaines de définir la loi de contrôle de ces innovations et non pas à des acteurs privés comme Anthropic ou leur système IA Claude.
Terre et Mer !
On voit derrière ces affrontements de forces surpuissantes des méga techs et des institutions américaines la lutte séculaire entre deux systèmes sociologiques opposés, les peuples de la Terre et ceux de la Mer. C'est le grand idéologue catholique nazi de Hitler Karl Schmitt qui a posé cette distinction dans son livre «Land und Meer» rédigé en 1942 à l'apogée de la puissance nazie. Pour lui, les peuples maritimes (UK, USA, France) sont dominés par le pouvoir du peuple via leurs systèmes juridiques démocratiques et capitalistiques. Les pays de la Terre (Allemagne, Russie, Chine, Iran) sont dominés par des systèmes impériaux d'autorité politique forte autour d'un leader adossé à l'Etat (Russie, Chine) ou à des cartels privés (Allemagne nazie).
Mimétisme et IA
Peter Thiel joue un rôle important dans ce combat idéologique et politique. Il a soutenu Vance, le Vice-Président américain, mais aussi Elon Musk. Il met en exergue les travaux de René Girard, un grand intellectuel français qui a beaucoup enseigné en Californie. Pour René Girard, la technologie renforce le fonctionnement sociologique primaire de nos sociétés humaines. Il est basé sur la conjonction d'une tendance naturelle de la population vers le mimétisme (on recopie une leader d'opinion, un influenceur) et le besoin d'un bouc émissaire (les communistes et les juifs pour Hitler, etc…). Ce fonctionnement se reflète dans les fondations du christianisme. Le Christ est le bouc émissaire du peuple dans la symbolique de la Pâques juive et chrétienne.
Cette analyse reflète bien le fonctionnement des réseaux sociaux comme Tiktok. Par leurs algorithmes, ils amplifient les mimétismes dans des « chambres d'écho » où se retrouvent tous les convertis de la même « pensée unique ».
Thiel voit dans l'IA un risque majeur pour l'humanité si elle bascule sur un mimétisme renforcé qui détruit les fondements de la puissance occidentale, sa capacité à mobiliser l'intelligence collective d'un peuple libre. La loi de Pareto affirme de fait que même si 80% d'une population se cristallise autour d'une pensée unique dans une «chambre d'écho», 20% restant d'hommes libres penseurs peuvent générer des pensées divergentes qui empêchent la bascule de la société dans une dystopie orwellienne.
Quel impact sur l'allocation d'actifs ?
Toutes ces analyses idéo socio religio politiques peuvent sembler bien loin d'une analyse financière. Elles sont pourtant au cœur de l'affrontement en cours au sein de la big tech. Les enjeux sont colossaux puisqu'on parle de sociétés avec des capitalisations boursières entre 3 et 5 tn USD soit plus que le PNB de la France.
Les implications financières de ce nouveau paradigme sont majeures. Normalisation des taux nominaux et réels vers leur taux naturel. Revalorisation des cash-flow futurs par ajustement des actualisations. Renversement des fondamentaux sur l'or et les matières premières du fait d'un coût de portage accru.
Conclusion
La guerre en Iran est une illustration de la nouvelle supériorité militaire obtenue par les USA grâce à l'IA. Les puces NVidia sont au cœur de cette hégémonie militaire retrouvée. On peut ainsi expliquer la remise en cause par les USA des fondements de l'ordre mondial depuis 1945 et du globalisme économique mis en place par Clinton et Greenspan.
Pour ces raisons, nous surpondérons les actions américaines par rapport aux actions mondiales, européennes et émergentes.