Intelligence artificielle, quel impact sur l’allocation d’actifs ? information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 27/02/2026 à 09:42
L'intelligence artificielle est en train de révolutionner la structure économique et donc financière, sociale et politique. Cette destruction créatrice Schumpetérienne est en train de construire et détruire de grandes fortunes et de grandes entreprises.
Aucune intelligence humaine, la plus grande soit elle, ne peut prédire le chemin futur de cette accélération de l'histoire. Cette disruption technologique se construit pas à pas, semaine après semaine, dans une concurrence exacerbée entre les nouveaux entrants technologiques, les mega techs, les chaines de production. Elle se diffuse aussi dans l'ensemble du tissu économique à commencer par la finance, la banque, l'énergie, et même les crypto monnaies, l'or, et les marchés obligataires.
L'objectif de cette note est d'identifier des secteurs économiques qui vont bénéficier ou subir l'impact de cette révolution technologique majeure qui ouvre certainement un nouveau cycle de Kondratieff.
Monter sur l'épaule des géants de la pensée économique pour voir plus loin
On peut mieux comprendre les grandes tendances sectorielles actuelles à la lumière des outils conceptuels fondamentaux développés par Hayeck, Schumpeter, Keynes, Say, et tant d'autres grands économistes.
Friedrich von Hayeck dans son premier livre «Price and Production» pose les bases d'une analyse micro économique «bottom up» de la structure économique. Il insiste sur la nécessité de ne pas raisonner d'une manière trop «top down» à partir d'agrégats macroéconomiques comme le faisait Keynes dans sa Théorie Générale de l'Emploi et de la Monnaie. Pour Hayeck, il faut comprendre comment les entrepreneurs assimilent et développent les nouvelles technologies, répondent aux besoins du marché, s'adaptent à la concurrence et à la règlementation dans un jeu continuel d'actions réactions interactions entre les différents intervenants.
Nvidia / Apple et Microsoft, une transition de leadership technologique ?
Il faut donc partir du socle réel, c'est-à-dire la révolution IA et son impact sur l'économie réelle. Nvidia est au cœur de cette révolution. Elle a su transformer ses puces GPUs de cartes graphiques en outils de calcul surpuissant. Son chiffre d'affaires a progressé de 74% en un an, sa marge brute est de 75% (sic !). Elle a ainsi créé un nouveau marché par rapport à la technologie existante basée sur les puces Intel, le langage Bios Windows de Microsoft. Apple a une chaine différente avec son propre système d'exploitation et des cartes graphiques AMD.
Intel n'a pas réussi à ce jour à rattraper l'avance technologique Nvidia. Google Alphabet semble cependant avoir trouvé une technologie concurrente en liaison avec Broadcom. Les puces quantiques ne sont pas encore aussi développées mais offriront sans doute d'ici 4/5 ans des alternatives encore plus puissantes.
Quel cycle de production Nvidia ?
Nvidia s'intègre dans un processus de production global basé sur l'outsourcing des circuits de production (« fabless » c'est-à-dire sans usine). Nvidia ne fait que produire la matrice initiale des puces GPUs. TSMC, Taiwan Semi-Conducteur, joue un rôle considérable dans la gravure des puces à partir des matrices Nvidia (en liaison avec des assembleurs comme Amcor et Foxconn).
Ces matrices sont reproduites par des sortes de photocopieuses développées par AMSL Holding un spin off de Philips aux Pays-Bas et la plus grande capitalisation boursière européenne. Ces matrices recopiées sont alors imprimées en puces par Samsung et autres producteurs de puces électroniques à partir de plaques de silicium (GlobalWafers). Ces puces sont ensuite montées dans des centres de données par Dell, HPE, Lenovo. Ces centres reposent sur le stockage de toute l'information disponible sur internet. Les capacités de mémoire gigantesques profitent aux producteurs de mémoire long terme (Samsung, SK Hynix, Micron Technology) et pour les mémoires flash (Kioxi, Western Digital, et Solidigm), pour les mémoires IA (technologie HBM). La production manufacturière est déléguée à des usines low cost en Chine, Inde voire Ukraine par des Jabil, Hong Hai Holding (surtout pour Apple).
Ces centres de données sont ensuite déployés par les mega techs (environ 60% des puces Nvidia sont achetées par Google, Amazon, Meta et Microsoft). C'est là que sont stockées l'ensemble des informations disponibles sur internet. Ces informations sont ensuite retraitées grâce aux puces Nvidia pour répondre aux questions des systèmes d'IA comme Gemini (Google Alphabet), Grok (Elon Musk), Copilot (Microsoft), Meta IA (Meta), Chat GPT (Microsoft), etc.
Une demande alternative croissante vient de nouveaux entrants comme le secteur militaire : Palantir (guerre IA, dômes anti-missiles), Lockheed Martin (avions F-35), Aerovironment (drones), Thales, Safran, Dassault Systèmes, Rheinmetall, Leonardo, Saab. Le secteur médical (Medtech IA) avec Guerbet, Biomérieux, Sartorius Stedim, OnwardMedical. Tempus AI, Intuitive Surgical, GE Healthcare, Medtronic, Les fintechs (Apollo Global Management, Blackstone, Ares Management), sont en train de modifier le marché du crédit US au détriment des banques.
IA et décarbonation
Ces centres de data consomment une grande quantité d'électricité pour assurer les mémoires et les calculs. On a là l'apparition d'une nouvelle demande structurelle d'électricité qui remet en cause bien des anticipations de décroissance de la production d'électricité au nom de la décarbonation. Une solution émergente serait la relance de mini centrales nucléaires (SMR pour small modular reactors) pour limiter l'impact carbone. Voici un nouveau thème d'investissement qui pourrait émerger avec NuScalePower, Terra Power (fondée par Bill Gates), GE Hitachi Nuclear Energy, X-energy.
Sic transit gloria mundi
Ces solutions IA sont pour l'instant focalisées sur l'IA générative, c'est-à-dire la mobilisation de l'information internet pour répondre à des questions. Ces nouvelles solutions peuvent rendre obsolètes bien des offres de logiciel existantes. Ceci explique la baisse des cours sur des dinosaures technologiques comme Microsoft qui semble avoir raté beaucoup de ces virages technologiques : le langage d'exploitation Nvidia GPU est Linux et non pas Windows, Copilot est moins efficient que Google Gemini, Microsoft n'a pas réussi à développer sa propre technologie GPU contrairement à Google Alphabet, la suite Office peut être disruptée par d'autres outils bureautiques qui seront adossés à Nvidia à commencer par la suite Google Plus. Microsoft pourrait ainsi perdre les deux piliers de sa rente technologique : Office et Windows. Apple, l'autre dinosaure technologique semble aussi avoir perdu une part de sa «golden touch» depuis la mort de Steve Jobs.
Vers la fin du concept de GAFAMs ?
Le concept de GAFAM (7 principales mega techs) reposait sur l'hypothèse fondatrice d'une croissance similaire des résultats et donc une corrélation des performances. Or, l'IA bouleverse en profondeur ce peloton de tête de la croissance mondiale. Elle exacerbe de fait la remise en cause des positions dominantes en particulier de Microsoft et Apple. Il est trop tôt pour annoncer la mort ou du moins la maladie du business model de ces deux rois de la technologie de ces 30 dernières années. L'expérience Android montre cependant bien la possibilité d'un point de bifurcation de plus en plus validé par la bourse.
Ainsi, Nvidia a atteint 4.5 tn de capitalisation boursière, suivi par Alphabet (3.8tn USD), désormais devant Apple (3 .8 tn), Microsoft (3.1 tn), Amazon (2.4 tn), TSMC (1.9 tn), et Meta (1.7 tn).
IBM est une première illustration de cette destruction des positions dominantes. IBM a toujours dominé le secteur des méga centres de calcul en particulier du système financier via le langage COBOL. Or, c'est maintenant Nvidia qui s'impose via des start ups type Anthropic.
C'est tout le secteur des softwares qui peut être ainsi rendu obsolète soit parce que l'IA va apporter des solutions alternatives moins couteuses.
Quels impacts sur l'allocation d'actifs ?
Les analyses ci-dessus montrent combien la chaine de production des ordinateurs est totalement impactée par les puces Nvidia. Ceci a deux conséquences en allocation d'actifs. Le choix des indices se fait de plus en plus par leur sur ou sous pondération en IA winner. Ainsi, l'Eurostoxx 50 surperforme du fait de ASML Holding, alors que le CAC sous performe car il est dominé par le luxe. Taiwan et la Corée bénéficie de l'effet TSMC, et Samsung.
Pour les ETFs sectoriels, on est confronté à un affrontement winner / loser au sein du même secteur. Ainsi Nvidia explose alors que Intel stagne dans le secteur des puces électroniques, Microsoft et Apple baissent alors que Google Alphabet et Meta performent au sein des GAFAMs.
Le concept de GAFAM, Nasdaq, ou big tech est ainsi de plus en plus remis en cause. La création de valeur ne se fait plus des GAFAMs au détriment des autres secteurs économiques. C'est à l'intérieur même des GAFAMs que la guerre économique fait rage. Ceci montre que malgré les apparences, le secteur des mega techs n'est pas cartellisé. La position supra dominante de Microsoft, Apple, Intel, et maintenant Nvidia peut être remise en cause à tout moment par une innovation de rupture d'un concurrent existant ou extérieur. C'est tout le génie visionnaire du Président qui garantit la pérennité de croissance par des choix visionnaires du monde de demain. Steve Jobs hier, Jensen Huang (Nvidia) et Elon Musk aujourd'hui et d'autres demain.
Nos gagnants restent Nvida, Google, Taiwan Semi Conductors, AMSL Holding, Tesla. Nous sommes cependant réservés sur Apple, Microsoft, Intel, IBM.
Vu toutes ces incertitudes sectorielles, et sur les mega techs, nous privilégions donc le MSCI Monde dans un tel environnement aussi opaque. C'est un choix très conservateur, il permet de limiter l'impact d'une revalorisation de certaines mega techs si jamais leur business model était remis en cause. Elle permet de diversifier au maximum dans toutes les zones géographiques et dans tous les secteurs.
Conclusion
La révolution IA est extrêmement importante et complexe pour une allocation d'actifs. Elle rebat toutes les cartes non seulement entre secteurs, zones géographiques mais au sein même d'un seul secteur. Elle remet en cause le concept même de GAFAMs. Elle impacte non seulement la technologie mais aussi l'énergie, le secteur bancaire, les crypto monnaies, etc…
Nous avons mentionné les plus grands acteurs de cette nouvelle économie. Il ne faut pas y voir une liste à la Prévert, mais un univers d'investissement des gagnants de demain.
Les modèles de valorisation des actions classiques sont mal adaptés à la valorisation d'entreprise d'hyper croissance comme la IA tech. Seule une approche probabiliste des cash flows peut permettre d'approcher la valorisation de business models aussi instables. Ce ne sont pas les analystes, mais l'intelligence collective du marché qui peut identifier les winners qui construiront le monde de demain. Et c'est donc l'IA, seule technologie qui permet de lire l'intelligence collective du marché, qui permettra au mieux de valoriser les nouvelles technologies IA.