par Sankalp Phartiyal et Euan Rocha
BOMBAY, 4 décembre (Reuters) - Les investisseurs ont salué
lundi l'arrivée de Salil Parekh à la tête d'Infosys
INFY.NS INFY.N , avec l'espoir que cette nomination mettra fin
aux querelles internes ayant plombé le numéro deux indien des
services informatiques cette année.
Salil Parekh va quitter son poste au sein de la direction
générale du français Capgemini CAPP.PA , qu'il a rejoint en
2000, pour prendre en janvier les rênes d'Infosys, où il aura la
double charge de relancer la croissance du groupe basé à
Bangalore tout en préservant la paix interne.
L'action Infosys a pris jusqu'à 4% lundi en Bourse de Bombay
avant de clôturer en hausse de 2,77%.
Les investisseurs jugent rassurant ce choix d'une
personnalité indienne dotée d'une grande expérience
internationale et au fait des spécificités du secteur des
services informatiques en Inde, évalué à 154 milliards de
dollars (130 milliards d'euros).
Ils attendent néanmoins de voir comment évolueront les
relations entre le futur directeur général et les fondateurs du
groupe, dont la querelle avec la précédente direction a fait
fondre la capitalisation boursière de plusieurs milliards de
dollars cette année.
"Le futur directeur général devra préserver de bons rapports
avec les fondateurs et prendre soin de la gouvernance de
l'entreprise", a dit R.K. Gupta, directeur exécutif de Taurus
Asset Management, un actionnaire d'Infosys. "Je crois qu'à la
fois le directeur général et les fondateurs seront prudents dans
leurs relations réciproques."
PROBLÈME D'EXÉCUTION PLUS QUE DE STRATÉGIE?
Narayana Murthy, l'un des fondateurs d'Infosys et doyen du
secteur des services informatiques en Inde, s'est réjoui dans un
communiqué de l'arrivée de Salil Parekh et il lui a adressé ses
"meilleurs voeux".
Chez Capgemini, Salil Parekh a dirigé les services
d'application en Asie, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni
ainsi que les services d'informatique dématérialisée ("cloud")
et la filiale Sogeti spécialisée dans la transformation
numérique.
Les services numériques et "cloud" de Capgemini ont affiché
au troisième trimestre une croissance de 23% à taux de change
constants. L'entreprise française a aussi réalisé une croissance
de ses ventes de 6,9% en Amérique du Nord, un marché en grande
partie sous la responsabilité de Salil Parekh et qui représente
près d'un tiers de son chiffre d'affaires.
En comparaison, la croissance du revenu d'Infosys en
Amérique du Nord n'a atteint que 3,9% sur la même période.
"Nous pensons que le ralentissement de la croissance
d'Infosys ces 18 derniers mois a davantage à voir avec une
exécution incomplète qu'avec la stratégie", écrit Ankur Rudra,
analyste chez CLSA, dans une note à ses clients. "Infosys avait
besoin d'un dirigeant endurci tourné vers l'exécution, qui
comprend les services et est ouvert au compromis."
Au-delà de l'aspect opérationnel, Salil Parekh va devoir
ménager les fondateurs du groupe, qui possèdent 12% du capital
et exercent une grande influence sur la direction.
Ces derniers étaient en conflit ouvert avec le précédent
directeur général Vishal Sikka, dont la démission spectaculaire
le 18 août, simultanément à celle du président du conseil
d'administration, a fait plonger le titre de près de 10%,
effaçant 3,45 milliards de dollars de capitalisation boursière.
L'un de ces fondateurs, Nandan Nilekani, est ensuite revenu
aux affaires pour prendre la tête du conseil d'administration et
c'est ce dernier qui a choisi Salil Parekh, lequel devrait ainsi
bénéficier d'une certaine tranquillité.
(Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique
Tison)