Incendies: près de 260.000 "réfugiés du feu" évacués en France et près de Madrid
information fournie par AFP 25/07/2026 à 21:01

Dans un hall du parc des expositions de Bordeaux qui accueille des personnes évacuées en raison des incendies, le 25 juillet 2026 à Bordeaux ( AFP / ALAIN JOCARD )

Les incendies font rage samedi en France et en Espagne, avec près de 260.000 personnes évacuées près de la grande ville française de Bordeaux et dans la région de Madrid, métropole confrontée au "pire" feu de son histoire.

Une personne a par ailleurs péri dans un incendie près de Valence, dans l'est de l'Espagne, a annoncé la mairie de la ville de Manises. Ce feu est distinct de ceux qui font rage à l'ouest de Madrid et est désormais sous contrôle.

En France, avec près de 200.000 personnes contraintes de quitter leur domicile ou lieu de vacances, il est "très probable" qu'il s'agisse de l'opération d'évacuation de civils la plus importante jamais menée dans le pays, hors conflit, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

L'armée a été appelée en renfort avec un total de 1.500 militaires mobilisés à partir de samedi soir. Pour la première fois, un avion de transport militaire A400M a été utilisé pour lutter contre le feu, grâce à un dispositif développé par son fabricant, Airbus, et pouvant larguer 20.000 litres d'eau ou de produit retardant le feu.

Les "réfugiés du feu" affluent en masse dans des centres d'accueil bondés de la région bordelaise (sud-ouest), laissant derrière eux un paysage de désolation.

"On nous a dit: +il faut évacuer+. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser", explique Frédéric Tavitian, 70 ans, qui a trouvé refuge au parc des Expositions de Bordeaux, transformé en centre d'accueil.

Désorientés et abattus, les 5 à 6.000 "réfugiés du feu" ont dormi sur des lits de camp ou des tapis de sol, et parfois n'ont pas fermé l'œil de la nuit.

"Menace reste très sérieuse"

Des personnes évacuées à cause des incendies sont hébergées dans un gymnase à Villaviciosa de Odon, à l'ouest de Madrid, le 25 juillet 2026 ( AFP / JAVIER SORIANO )

Les flammes ont déjà parcouru plus de 32.000 hectares, soit plus de trois fois la superficie de Paris, et détruit au moins 100 bâtiments et 140 maisons ont indiqué les autorités à propos du "plus gros feu de la saison" dans une région très touristique, connue dans le monde entier pour son vignoble.

La menace posée par l'incendie hors-norme qui sévit en Gironde "reste très sérieuse", même s'il "a perdu un peu de sa virulence" grâce à la baisse des températures et à l'augmentation de l'humidité, a déclaré la préfète Sophie Brocas, en appelant à ne "pas relâcher la vigilance".

"Les prochaines heures peuvent être difficiles" en Gironde, a confirmé en soirée le Premier ministre français Sébastien Lecornu en pointant des prévisions météorologiques qui "redeviennent défavorables".

Photographie prise le 24 juillet 2026 par le caporal-chef Damien Rembert du SDIS33 montrant des pompiers luttant contre le feu près de Saumos et de Sainte-Hélène, au nord-ouest de Bordeaux ( SDIS33 - Caporal-chef Damien Rembert / Handout )

"C'est de la désolation", souffle Matthieu Plessis, 40 ans, en découvrant les ruines encore fumantes de sa maison en Gironde. Il avait quitté les lieux vendredi et sa maison, "encore là hier soir", "a brûlé dans la nuit".

"C'était l'enfer, à 15H00, il faisait nuit tellement il y avait de fumée et on a vu les pompiers partir au fur et à mesure, les vents ont tourné et il n'y avait plus personne pour protéger les maisons".

Trois mille personnes, précédemment évacuées sous la menace des flammes, vont néanmoins pouvoir réintégrer leurs habitations samedi soir, à Biscarosse, au sud de Bordeaux, dans les secteurs "complètement stabilisés",

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d'eau.

Un autre incendie reste ainsi très actif, dans le sud-est de la France, dans le département du Var, feu qui a déjà parcouru 3.250 hectares en cinq jours et a nécessité à chaque reprise des évacuations ponctuelles de centaines de personnes.

Après avoir rapporté des reprises samedi matin déjà, la préfecture du Var a annoncé en début de soirée de "nombreuses reprises" sur plusieurs communes (Barjols, Correns) et "des évacuations en cours", alors qu'un millier de pompiers et 250 véhicules restent engagés sur le terrain contre le feu, épaulés par six hélicoptères bombardiers d'eau et deux avions dash.

L'île de Corse est aussi en proie depuis plusieurs jours à un incendie que les pompiers peinent à maîtriser. En Haute-Corse, un feu sur le secteur de Corte a parcouru plus de 800 hectares, selon un nouveau chiffre communiqué samedi par les services préfectoraux.

"Sauver des vies"

Des habitants observent les flammes sur les crêtes des collines tandis que les pompiers luttent contre un incendie de forêt dans la région de Cebreros, près d’Ávila, à 80 km à l’ouest de Madrid, dans la nuit du 24 juillet 2026 ( AFP / Cesar MANSO )

De l'autre côté des Pyrénées, de terribles incendies font également rage en Espagne, où la priorité est de "sauver des vies", a insisté le Premier ministre Pedro Sanchez.

La situation "reste complexe" car "les températures ont baissé, mais nous ne savons pas exactement comment les vents vont évoluer", a-t-il expliqué.

Plan aérien de la végétation ravagée par un incendie dans le secteur de Fresnedillas, près d'El Escorial, à 60 km au nord-ouest de Madrid, le 25 juillet 2026 ( AFP / Oscar DEL POZO )

Le préfet régional, Francisco Martín Aguirre, a souligné qu'avec l'augmentation de "l'humidité relative" et "la baisse des températures (...) il y a désormais une réelle opportunité de s'attaquer à cet incendie avec de bonnes chances de succès".

Deux feux de forêt distincts se sont rejoints vendredi pour ne plus former qu'un immense brasier, qui était sur le point de fusionner avec un autre encore dans la région voisine de Castille-et-León.

Les flammes déchaînées ont ravagé jusqu'à 25.000 hectares à l'ouest de la capitale espagnole.

Dans la région de Madrid, environ 60.000 personnes ont désormais été évacuées, a annoncé le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska dans un dernier bilan.

Elvira Menéndez a peu dormi la nuit passée, car un gymnase, ce n'est "pas comme à la maison": "Il y a des chiens, des gens qui ronflent", raconte cette habitante du village de Chapinería, évacuée vendredi à cause de l'incendie hors de contrôle à l'ouest de Madrid.

La 21e et dernière étape du Tour de France dimanche à Paris a par ailleurs été raccourcie pour soulager les services de secours mobilisés sur le front des feux.