IA: l'industrie de la tech dans l'attente du nouveau modèle du chinois Deepseek
information fournie par AFP 09/04/2026 à 09:11

Depuis plusieurs semaines, l'industrie mondiale de la tech guette le prochain coup d’éclat de DeepSeek, baromètre des ambitions chinoises dans la course effrénée à l’intelligence artificielle (IA) ( AFP / Kirill KUDRYAVTSEV )

L’industrie mondiale de la tech retient son souffle: depuis plusieurs semaines, elle guette le prochain coup d’éclat de DeepSeek, baromètre des ambitions chinoises dans la course effrénée à l’intelligence artificielle (IA).

Début 2025, la startup de Hangzhou (est) rebattait les cartes de l'IA avec la sortie d'un agent conversationnel "low-cost", capable de rivaliser avec Gemini, ChatGPT ou Claude.

Depuis, et malgré une pluie de rumeurs sur un lancement imminent, le modèle nouvelle génération "V4" de DeepSeek se fait toujours attendre.

Le choix des puces informatiques utilisées pour entraîner et alimenter le nouveau système est au coeur des spéculations: s'agit-il de modèles américains leaders mondiaux ou d'alternatives "made in China" que le pays s'efforce de développer à toute vitesse?

"C'est important à savoir car, d'une certaine manière, cela témoigne de la trajectoire de la Chine vers l'autosuffisance en matière d'IA", décrypte pour l'AFP Wei Sun, analyste chez Counterpoint Research.

Selon le site spécialisé The Information, le modèle "V4" peut fonctionner avec les dernières puces fabriquées par le géant chinois Huawei.

Une telle évolution marquerait une étape décisive pour la Chine, qui ne dispose toujours pas de la puce haut-de-gamme H200 de Nvidia , malgré un assouplissement des restrictions à l'exportation par les Etats-Unis.

En prévision du nouveau lancement de DeepSeek, des commandes importantes de puces Huawei ont été passées par des géants technologiques tels qu'Alibaba, ByteDance et Tencent, affirme l'article de The Information, citant cinq personnes ayant eu connaissance directe de ces commandes.

Sollicités par l'AFP, DeepSeek, Huawei, ainsi qu'Alibaba, ByteDance et Tencent, se sont tous refusés à commenter.

- Crédibilité en jeu -

Né en 2023, DeepSeek n'était alors que le projet parallèle d'un fonds spéculatif ayant eu le flair de constituer un stock massif de processeurs Nvidia.

En janvier 2025, son agent conversationnel R1, doté d'une capacité de raisonnement hors norme, avait fait trembler Wall Street, provoquant une chute des valeurs technologiques américaines.

Donald Trump lui-même y avait vu un "signal d'alarme" pour la Silicon Valley.

R1 s'appuyait sur le dernier modèle d'IA majeur de DeepSeek, V3, lancé en décembre 2024. Les outils d'IA abordables et personnalisables de l'entreprise ont été largement adoptés en Chine et sont également populaires sur les marchés émergents tels que l'Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient.

Présenté comme multimodal, c'est-à-dire capable de générer textes, images et vidéos, V4 pourrait à nouveau bouleverser les valeurs technologiques américaines, a expliqué à l'AFP Stephen Wu, fondateur du fonds Carthage Capital.

"Je m'attends à ce que la prochaine version de DeepSeek V4 ne soit pas seulement une mise à jour logicielle, ce sera un modèle open source très performant", fonctionnant "à un coût bien moindre", prédit-il.

Mais au-delà de la performance, DeepSeek joue aussi sa crédibilité.

Jusqu'ici, ses prouesses reposaient sur la puissance de Nvidia. Basculer sur des puces nationales chinoises impose une "réingénierie profonde", prévient Wei Sun.

- Contourner l'interdiction ? -

Les Etats-Unis invoquent des raisons de sécurité nationale pour justifier leur interdiction d'exporter vers la Chine les processeurs d'IA les plus puissants du géant Nvidia.

"L'attente prolongée pour DeepSeek V4 met en évidence les difficultés rencontrées pour faire évoluer des modèles avancés sans accès illimité au matériel haut de gamme de Nvidia", selon M. Wu.

Pourtant, certains rapports affirment que Deepseek a réussi à contourner l'interdiction et a entraîné V4 en utilisant des milliers de puces Blackwell haut de gamme de Nvidia, démontées dans des pays tiers, puis introduites clandestinement en Chine.

Nvidia n’a pas répondu aux sollicitations de l'AFP, mais a déclaré à The Information que "ce genre de contrebande semblait peu probable".

Une autre startup chinoise d’IA, Zhipu, a dévoilé en janvier un générateur d’images qui, selon elle, a été entièrement entraîné sur des puces Huawei.

Des fuites de données ont laissé entendre que "la tentative de DeepSeek d’entraîner ses modèles sur des puces nationales Huawei Ascend avait échoué, ce qui l’avait contrainte à un discret retour aux puces Nvidia soumises aux restrictions", a indiqué M. Wu.

Mais "s’ils ont réussi à entraîner V4 entièrement sur des puces Huawei, cela marque un changement significatif dans le paysage géopolitique des technologies," prévient-il.