IA et investissement : CAC... 40% d’erreurs !
information fournie par TRIBUNE LIBRE 28/09/2026 à 17:16

Charles-Henri d'Auvigny, directeur général de Reputation Age. (crédit : DR)

Demandez à ChatGPT ou à Gemini la croissance d'une société du CAC 40 au premier semestre 2026. Vous avez plus d'une chance sur deux d'obtenir un chiffre faux...

C'est ce que démontre l'étude menée par Reputation Age et Bubbling. Fin août 2026, juste après la publication des résultats semestriels, ChatGPT et Gemini ont été interrogés pour fournir les résultats de 39 sociétés du CAC 40 . A travers les 8.671 conversations avec 4 échanges chacune soient 34.684 réponses générées, il a été constaté que 40% des données ne correspondent pas aux chiffres publiés par l'entreprise.

Aucun indicateur n'est restitué de façon correcte à 100%. Le résultat net restitué est faux dans 33% des réponses, 34% des cas pour la dette nette, 35% pour le chiffre d'affaires. 43% des réponses concernant l'EBITDA sont fausses. Il arrive même que la donnée générée soit bien présente dans la communication de l'entreprise mais renvoie à un tout autre indicateur. Ou comment un chiffre d'affaires peut se transformer en dette nette sans même que l'actionnaire s'en aperçoive.

«On pourrait en sourire. Sauf que 11% des Français déclarent déjà utiliser l'IA comme source d'information. Ils sont même près de 20 % chez les moins de 35 ans d'après l'AMF. Pour les émetteurs, c'est un énorme enjeu de communication financière», rappelle Karl Gateau, consultant IA chez Reputation Age.

Alors à quoi attribuer cette grande approximation ? D'abord à la source retenue par l'IA. 78% des citations renvoient aux sites des entreprises elles-mêmes alors que la presse représente à peine 0,1% des sources citées après avoir coupé les vannes aux IA. Le choix des éditeurs de presse de fermer l'accès de leurs contenus aux robots «crawlers» des IA explique en effet pourquoi l'IA la cite si peu. Ce que l'IA dit des résultats semestriels dépend donc désormais principalement de ce que cette entreprise publie.

«Longtemps écrits pour des analystes et des journalistes, les communiqués financiers sont désormais aussi lus par des IA. Or celles-ci ne font pas encore le travail de hiérarchisation d'un lecteur humain : elles retiennent souvent le chiffre le plus visible, généralement celui de la première page, et le restituent hors de son contexte. L'enjeu pour les directions de la communication financière, dans les mois et les années à venir, sera d'écrire aussi pour être bien compris par les LLM», souligne Emmanuel Dollé, président et cofondateur de Bubbling.

Stricte hiérarchisation nécessaire

L'étude révèle aussi que, pour être correctement restitué, un communiqué doit être écrit pour être lu par une IA. Or, il ne l'est presque jamais. Il est nécessaire d'avoir une stricte hiérarchisation et distinction des données entre elles. Exit par exemple les espaces investisseurs où la publication est noyée sous d'autres rubriques. Certaines entreprises s'en sortent déjà bien : Capgemini obtient 81% de réponses correctes dans l'étude, 80% pour Airbus 80%.

ChatGPT et Gemini sont des analystes particulièrement intéressés par la performance financière : il s'agit du premier sujet abordé dans leurs échanges sur 36 des 39 sociétés analysées. L'environnement et le climat n'apparaissent que 67 fois dans l'ensemble des réponses, et n'est en tête pour aucune entreprise. L'actionnaire qui veut connaître la trajectoire climatique d'une société devra la réclamer : l'IA ne l'évoque pas d'elle-même.
Curieux équilibre qui se développe dans l'investissement.

“La communication financière des entreprises doit informer des actionnaires qui pour certains prennent pour argent comptant les énormités que génèrent parfois des IA, ne sachant elles-mêmes pas ce qu'elles restituent. De quoi renouveler les appels pour plus d'éducation financière, de sensibilisation à l'IA, y compris de la part des sociétés cotées.” conclut Charles-Henri d'Auvigny, directeur général de Reputation Age.

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