IA en Bourse : faut-il vraiment avoir peur de la bulle ? information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 05/11/2026 à 08:30
Depuis quelques semaines les investisseurs doutent de l'IA. Plusieurs points les inquiètent. Les investissements annoncés par les «hyperscalers», et notamment Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon et Orcale, atteignent des montants gigantesques et ont été revus à la hausse régulièrement depuis le début de l'année.
Les IPO d'Anthropic et d'OpenAi vont venir concurrencer ces investissements sur le marché, et posent forcément une question clé : le marché saura-t-il absorber de telles émissions ? Et, surtout, les acteurs de l'IA, hyperscalers et entreprises «pures» de l'IA sauront elles rentabiliser de tels investissements ?
La comparaison avec la bulle de l'internet de l'année 2000 revient aussi en boucle, avec toujours la même idée : l'histoire ne va-t-elle pas se répéter, avec cette fois ci la construction des infrastructures de l'IA à la place de la construction des infrastructures des réseaux en fibres optiques pour l'internet il y a 25 ans.
Des montants totalement hors normes
Concernant l'importance des investissements, leur financement et leur rentabilisation, il faut admettre que les montants sont totalement hors normes, et dépassent tout ce que nous avons pu vivre au cours des décennies passées.
Ces investissements font dire à certains que nous vivons actuellement, grâce au déploiement de l'IA et aux nouvelles puissances de calculs actuelles, une révolution industrielle plus importante que celles que nous avons connues depuis 2 siècles, capable de générer des innovations aussi majeures que celles qui ont marqué la période dite des grandes inventions de la Renaissance (XIIIe au XVIe siècle, imprimerie, progrès dans les techniques de navigation, armes à feu... ).
Le percement des canaux ou la machine à vapeur ont induit des investissements bien moindres que ceux qui sont actuellement engagés. C'est en tout cas ce que conclut une étude réalisée par l'université de Philadelphie, et un travail mené par la Banque des règlements internationaux.
Il faut rappeler ensuite qu'une entreprise qui investit est une entreprise qui prépare sa croissance future : c'est plutôt une bonne nouvelle. Mieux vaut une entreprise pleine de projets qu'une entreprise qui accumule le cash et ne sait rien en faire, sauf le rendre aux actionnaires.
Enfin, il faut rappeler qu'un free cash-flow n'est pas la contrepartie d'une perte, mais le reflet d'une entreprise qui investit plus que ses ressources générées par l'exploitation. Par exemple, Alphabet a confirmé que son free cash-flow était devenu négatif, et en l'occurrence la mauvaise nouvelle n'était pas forcément cette consommation de cash, mais le léger affaiblissement de la croissance des recettes publicitaires de son moteur de recherche.
Celui-ci est en effet de plus en plus concurrencé par les requêtes d'IA chez Open AI ou Claude d'Anthopic, qui le privent de certaines recettes publicitaires…Il faut surtout comprendre que l'importance des investissements reflète aussi un changement de modèle d'affaires des hyperscalers, qui deviennent de plus en plus des loueurs d'espace de stockage numérique.
Ces espaces doivent etre construits et génèreront des loyers récurrents, à l'image de certaines utilities ou sociétés immobilières…Sur le sujet de la rentabilisation de ces investissements, il est par essence difficile de mesurer les revenus qui seront produits par ces immobilisations en cours de construction. Mais les estimations faites par différents bureaux d'études sont rassurantes. Elles sont reprises dans le graphique suivant.
Il montre que les free cash flow des 5 sociétés concernées, devraient atteindre 550 Mds$ en 2031, soit trois fois plus que le montant de 2025.
Le parallèle avec la bulle Internet
Concernant le parallèle avec l'éclatement de la bulle internet au début des années 2000, les éléments contextuels sont effectivement comparables. En 2000, les taux d'intérêt comme les prix du pétrole avalent beaucoup progressé, comme c'est le cas actuellement. Mais la comparaison s'arrête là.
En effet, lors de la bulle Internet, l'écart entre investissements et revenus s'est résorbé par l'effondrement des dépenses d'infrastructures (−65 % entre 2000 et 2002), alors que la croissance des revenus ralentissait brutalement, autour de 8 à 9 % par an.
Dans l'IA, la situation est inverse : les revenus devraient quadrupler en 2026, tandis que les investissements devraient augmenter de +50%. L'écart se réduit donc grâce à l'accélération de la demande plutôt qu'à une contraction des investissements. Deux différences structurelles renforcent cette distinction : en 2001, près de 95 % des capacités de fibre optique déployées étaient inutilisées, alors qu'aujourd'hui les « hyperscalers » déclarent manquer de capacités de calcul.
La demande reste extraordinairement forte. Selon une étude de Citadel, le volume de tokens consommés par les utilisateurs de modèles d'IA a été multiplié par cinq au cours des six derniers mois et a encore bondi d'environ 50% sur les quatre dernières semaines. Par ailleurs, Cisco se négociait à près de 130 x ses bénéfices anticipés au sommet de la bulle Internet, contre environ 15x 2027 pour Nvidia aujourd'hui.
Au total, le questionnement des investisseurs sur le thème IA est particulièrement sain. Il a permis une rotation sectorielle très forte, qui a favorisé des secteurs défensifs jusque maintenant délaissés, comme les secteurs pharmaceutique et agroalimentaire. Il permet au marché de « respirer » : le Nasdaq fait du surplace depuis 6 mois, alors que ses bénéfices sont en accroissement de plus de 50% en 2026. De quoi justifier un rebond des cours dans les prochains mois...