(Actualisé avec déclarations et précisions)
PARIS, 6 février (Reuters) - Les sénateurs français se sont
opposés mercredi à un amendement du gouvernement censé étendre
les pouvoirs de contrôle des pouvoirs publics sur les
équipements télécoms alors que la suspicion grandit autour de
l'équipementier chinois Huawei HWT.UL .
Ce rejet d'une disposition insérée à la dernière minute par
l'exécutif dans le projet de loi Pacte, en cours de discussion
au Sénat, devrait probablement contraindre le gouvernement à
trouver un autre texte de loi en vue de redéposer cet
amendement.
Le texte rejeté prévoit un élargissement des pouvoirs de
l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information
(Anssi) dont les opérateurs devront solliciter le feu vert pour
une série d'équipements matériels et logiciels jugés vulnérables
au piratage ou à l'espionnage.
Cette surveillance accrue est rendue nécessaire, selon le
gouvernement, par l'arrivée prochaine de la 5G qui permettra de
nouveaux usages dans des domaines stratégiques tels que la
voiture connectée, la télémedecine ou encore la ville
intelligente.
Le texte ne vise aucun équipementier en particulier, assure
le gouvernement français.
Avec un chiffre d'affaires de 93 milliards de dollars (81,7
milliards d'euros) en 2017, Huawei est le premier équipementier
télécoms mondial mais plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en
tête, redoutent que Pékin n'utilise ses infrastructures à des
fins d'espionnage.
Aucune preuve n'a jusqu'à jusqu'à présent été apportée pour
étayer ces soupçons et le groupe a réfuté à de nombreuses
reprises ces accusations. La controverse a toutefois conduit les
Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande à restreindre
l'accès à leurs marchés pour la 5G et Washington encourage
désormais les pays de l'Union européenne à faire de même.
DES SÉNATEURS DÉPLORENT LA PRÉCIPITATION
Si les sénateurs français ont dit partager la préoccupation
des pouvoirs publics sur la sécurité des futurs réseaux,
plusieurs ont en revanche regretté d'avoir été mis devant le
fait accompli, sans possibilité d'auditionner les opérateurs et
les équipementiers ou de conduire une étude d'impact.
Le géant allemand Deutsche Telekom DTEGn.DE a souligné
qu'une interdiction de Huawei engendrerait un retard de deux ans
sur ses projets de déploiement, une estimation sur laquelle
s'accordent plusieurs opérateurs.
"Nous n'avons pas pu faire notre travail de parlementaires
alors que cela soulève un certain nombre de questions", a
regretté Elisabeth Lamure, rapporteure de la commission spéciale
qui a rendu un avis défavorable sur la disposition.
La sécurité des équipements télécoms est également au coeur
des discussions en Allemagne où une réunion de plusieurs
ministres a eu lieu ce mercredi pour débattre de mesures à
prendre.
En Pologne, où les autorités ont arrêté le mois dernier un
employé chinois de Huawei et un ancien responsable polonais de
la sécurité sur des soupçons d'espionnage, le groupe chinois a
proposé mercredi d'installer un centre de cybersécurité,
ajoutant que rien ne justifiait le rejet par le gouvernement
polonais de Huawei pour la mise en place d'un réseau 5G.
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Les USA déconseillent à l'UE de se fournir auprès de Huawei
LEAD 1-Réunion ministérielle à Berlin sur Huawei et la 5G
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(Elizabeth Pineau et Gwénaëlle Barzic, édité par Jean-Michel
Bélot et Benoît Van Overstraeten)