Hedge funds : ces acteurs de l'ombre qui font et défont les marchés
information fournie par Zonebourse 09/04/2026 à 14:47

Plus de 5 000 MdsUSD d'actifs selon Barclays, 11,8% de rendement moyen en 2025 selon Goldman Sachs, et un impact sur les marchés bien plus large que ces chiffres ne le suggèrent. Les hedge funds pèsent sur chaque séance de bourse. Pourtant, presque personne ne sait vraiment comment ils fonctionnent.

Ce qu'un hedge fund peut faire que les autres ne peuvent pas

Un fonds traditionnel achète des titres et mise sur leur hausse. Un hedge fund peut aussi parier sur la baisse, emprunter pour investir davantage que son capital, et concentrer ses positions sur une poignée de convictions. C'est un fonds privé, réservé aux investisseurs qualifiés, avec des tickets à plusieurs centaines de milliers de dollars et de l'argent souvent bloqué pendant des mois. En échange, les gérants prélèvent des frais parmi les plus élevés de l'industrie : historiquement 2% de gestion et 20% des gains, même si la médiane a glissé vers 1,25-1,50% et 15-19% selon With Intelligence.

Les approches varient. Certains achètent et vendent des actions (long/short), d'autres parient sur les taux ou les devises (macro), d'autres suivent les tendances par algorithme (CTA), d'autres exploitent des fusions ou des restructurations ( event-driven ). Le point commun : tous disposent d'une liberté que les fonds traditionnels n'ont pas.

Pourquoi leurs décisions finissent par affecter les marchés


Tout part du levier. Mi-mars, le levier brut moyen (total des positions acheteuses et vendeuses rapporté au capital) des hedge funds suivis par Goldman Sachs avoisinait 307% selon John Flood relayé par Bloomberg. Pour 100 dollars de capital, 307 dollars de positions. Tant que les marchés tiennent, le levier amplifie les gains. Quand ils se retournent, il amplifie les pertes.

Le problème, c'est que ces pertes ne restent pas isolées. Un fonds en difficulté reçoit un appel de marge de son courtier et doit vendre en urgence. Ces ventes font baisser les cours, ce qui déclenche de nouveaux appels chez d'autres fonds. En 1998, LTCM avait accumulé 125 MdsUSD de positions pour 4,7 MdsUSD de capital selon la Fed de New York. Quand la Russie a fait défaut, la Fed de New York a dû orchestrer un sauvetage entre 14 banques. En 2021, d'après le FT, Archegos a provoqué plus de 10 MdsUSD de pertes chez ses courtiers : levier massif, positions concentrées, liquidité absente au pire moment. C'est pourquoi des titres sans lien apparent chutent ensemble en période de stress : les gérants vendent ce qu'ils peuvent liquider, pas ce qu'ils veulent vendre.

Menace, rouage indispensable, ou les deux


Les hedge funds fournissent de la liquidité et contribuent à la formation des prix. Beber et Pagano (Journal of Finance, 2013) ont montré que les interdictions de vente à découvert en 2008 avaient détérioré la liquidité sans empêcher les baisses. Le risque systémique est réel, mais selon le Conseil de Stabilité Financière, la réponse n'est pas de les supprimer : c'est d'éviter que leur prochain accident devienne celui de tout le monde.

Pendant les années 2010, les hedge funds n'ont annualisé qu'environ 4% selon Barclays, soit à peine de quoi couvrir les frais. Buffett avait remporté son pari de 2008 contre Ted Seides sur ce constat. Mais quand les corrélations retombent et que les écarts de performance entre titres se creusent, comme depuis 2020, le stock picking redevient payant. Barclays chiffre le retour à plus de 300 points de base d'alpha annualisé (surperformance par rapport au marché). Les allocateurs ne les achètent pas pour remplacer un ETF, mais pour que leur portefeuille résiste mieux quand tout le reste baisse.