Guerre au Moyen-Orient: l'exécutif au défi de la flambée des prix à la pompe
information fournie par AFP 09/03/2026 à 20:52

Un panneau affiche les prix de l'E10, du SP98, du diesel Suprême et du diesel dans une station-service TotalEnergies à Saint-Léonard, dans le Pas-de-Calais, le 9 mars 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Le gouvernement, pressé par les oppositions, cherche la parade face à la flambée des prix à la pompe provoquée par la guerre au Moyen-Orient, mais refuse à ce stade d'envisager des aides publiques pour adoucir la facture en raison du coût pour les finances de l'Etat.

Le prix du brut a continué de flamber lundi, dépassant largement les 100 dollars en début de journée, avant de s'apaiser quelque peu après l'annonce d'un recours envisagé aux réserves stratégiques de pétrole par les pays du G7.

Les prix des carburants affichés dans une station-service à Toulouse, le 9 mars 2026 ( AFP / Ed JONES )

Depuis le début de la guerre, le prix du gazole a augmenté le plus rapidement, grimpant de plus de 15%. Carburant routier le plus utilisé en France, il se vendait vendredi à 2 euros le litre en moyenne, contre autour de 1,72 euro le 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines sur l'Iran, selon les chiffres du gouvernement parus vendredi.

Le litre de l'essence la plus consommée par les Français, le SP95-E10, a de son côté pris 10 centimes. Vendredi, il se vendait en moyenne 1,82 euro le litre, contre 1,72 le 27 février, soit presque 6% d'augmentation.

Le gouvernement a pour l'instant écarté l'idée de nouvelles aides à l'achat de carburant.

- Tous les scénarios étudiés -

"Aujourd'hui, il est trop tôt pour en parler. Je le redis, nous étudions tous les scénarios", a déclaré lundi matin sur RTL la ministre déléguée à l'Energie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie, le 4 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Mercredi, elle avait déjà jugé "précipité" la proposition de la cheffe des députés Rassemblement national (RN) Marine Le Pen de baisser des taxes sur les carburants pour compenser les hausses.

Certains pays d'Asie, très dépendants des hydrocarbures du Golfe, ont, quant à eux, annoncé des mesures pour en limiter l'impact: plafonnement des prix en Corée du Sud, fin des taxes douanières au Vietnam, mécanismes d'ajustement à Taïwan...

La Croatie et la Hongrie, membres de l'Union européenne, ont annoncé un plafonnement des prix.

Maud Bregeon a mis plutôt en avant les 500 contrôles prévus entre lundi et mercredi dans les stations-service, annoncés dimanche par le Premier ministre Sébastien Lecornu.

"Ces contrôles - menés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) - permettront notamment de vérifier que les prix déclarés sur la plateforme https://www.prix-carburants.gouv.fr" par les quelque 10.000 stations-service françaises "sont fidèles à ceux trouvés à la pompe par le consommateur (et) de vérifier le respect de la réglementation en termes d'affichage des prix", selon la ministre.

La DGCCRF vérifiera aussi que les stations-service pratiquent bien les mêmes prix à la pompe que ceux affichés sur les "totems", les grands panneaux à chiffres lumineux placés à l'entrée des stations.

"C'est le jeu de la concurrence qui va permettre une véritable modération des prix", a assuré Alice Vilcot-Dutarte, porte-parole de la DGCCRF, lors d'une réunion avec la presse.

Les sanctions appliquées par la DGCCRF vont du simple rappel à la réglementation à des amendes, d'environ 1.500 à 2.000 euros, voire jusqu'à quelque 12.000 euros en cas de récidive.

"En moyenne, il y a moins de 10% d'abus", a affirmé lundi le ministre du Commerce Serge Papin, qui assistait avec Maud Bregeon à un contrôle de la DGCCRF dans une station Esso des Yvelines, où aucune infraction n'a été constatée.

Le ministre a annoncé par ailleurs une nouvelle réunion avec les distributeurs de carburants jeudi matin.

- Mal au portefeuille -

De son côté, le président du RN Jordan Bardella a réitéré sur BFMTV son appel à une baisse "des taxes sur le carburant pour que l'Etat ne s'enrichisse pas durant la crise et redonne ces gains (...) anormaux liés à un contexte de crise, directement à nos compatriotes".

Un automobiliste s'approvisionne en carburant dans une station-service de TotalEnergies à Saint-Léonard, dans le Pas-de-Calais, le 9 mars 2026 ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

Mais baisser la TVA et l'accise sur les produits pétroliers (l'ancienne taxe TICPE) est "inconcevable", a déjà averti la ministre déléguée à l'Energie.

Car cela entraînerait un trou de près de 20 milliards d'euros dans le budget de l'Etat.

LFI a réclamé de son côté un "blocage de prix" de l'essence, pour préserver le pouvoir d'achat des Français.

En 2023, les dépenses de carburants et lubrifiants pesaient un peu plus d'un quart des dépenses de transports des ménages, qui représentaient alors elles-mêmes plus de 13% du budget moyen des foyers français, selon des estimations gouvernementales, pour un parc de quelque 40 millions de véhicules.