Goldman Sachs voit dans l'électrification européenne un nouveau cycle d'investissement information fournie par AOF 05/05/2026 à 20:38
(Zonebourse.com) - Goldman Sachs estime que la nouvelle poussée de tension sur l'énergie, liée à la guerre en Iran et aux perturbations des flux de pétrole et de gaz transitant par le détroit d'Ormuz, pourrait accélérer le basculement de l'Europe vers l'électricité.
Selon la banque américaine, la demande européenne d'électricité devrait progresser de 1,5% à 2% par an en 2026 et 2027, avant d'accélérer vers 2% à 4% par an en fin de décennie. Dans un scénario d' "hyper-électrification", alimenté notamment par les besoins des centres de données liés à l'intelligence artificielle, la croissance pourrait atteindre 5% par an à partir de 2030.
Cette lecture repose sur une contrainte structurelle qui dépasse largement le seul sujet climatique, puisque l'électricité ne représente encore qu'environ 20% de la consommation énergétique européenne, contre 80% pour les énergies fossiles. Pour Goldman Sachs, le renforcement de la sécurité énergétique, la décarbonation et la montée des besoins industriels devraient soutenir un "super-cycle" bénéficiaire pour les utilities, à condition que les investissements dans les réseaux, les interconnexions et les capacités de production suivent la demande.
L'Europe face au coût de sa dépendance énergétique
L'enjeu de la balance commerciale donne une dimension supplémentaire à ce scénario, car l'UE reste lourdement dépendante des importations d'énergie. Selon Eurostat, les importations extra-UE de produits énergétiques ont atteint 336,7 MdsEUR en 2025, dont 218,8 MdsEUR de pétrole brut, 56,4 MdsEUR de gaz naturel liquéfié et 60,1 MdsEUR de gaz par gazoduc.
Les travaux d'ENTSO-E, l'association européenne des gestionnaires de réseaux de transport d'électricité, renforcent cette thèse, puisque dans son "Ten-Year Network Development Plan 2024", l'organisation identifie 108 GW de capacités transfrontalières supplémentaires économiquement utiles d'ici 2040, puis 224 GW de capacités transfrontalières et 540 GW de stockage à horizon 2050.
ENTSO-E estime par ailleurs que l'Europe devra construire plus de 100 000 kilomètres de nouvelles lignes terrestres et offshore et évoque plus de 800 MdsEUR d'investissements nécessaires d'ici 2050 pour les réseaux transfrontaliers, hybrides et offshore, ce qui fait des câbles haute tension, des interconnexions et des actifs régulés des goulets d'étranglement évidents.
Câbles, réseaux, utilities : les potentiels gagnants de l'électrification
Les entreprises industrielles semblent les mieux placées pour capter une partie de ces investissements, car les goulets d'étranglement portent d'abord sur les équipements physiques nécessaires à l'électrification. Le français Nexans apparaît comme l'expression la plus évidente de ce thème, avec un repositionnement assumé vers l'électrification et des résultats 2025 solides, marqués par 6,1 MdsEUR de ventes standard, une croissance organique de 8,3%, un excédent brut d'exploitation ajusté en hausse de 27,3% et un flux de trésorerie disponible presque doublé. Le groupe offre ainsi une exposition directe aux câbles, aux réseaux et à la transmission, sans dépendre directement des prix de gros de l'électricité.
Parmi les autres câbliers européens, le danois NKT offre une version plus offensive du même scénario, avec une forte sensibilité aux commandes haute tension, aux interconnexions et aux projets offshore. Son carnet de commandes haute tension atteignait 10,2 MdsEUR fin 2025, avec plus de 3,5 MdsEUR d'engagements de commandes. L'italien Prysmian représente toutefois le pilier du segment, avec une taille critique supérieure, 19,65 MdsEUR de revenus en 2025 et une croissance organique de 8,4% dans la transmission au quatrième trimestre.
Schneider Electric, ABB, Legrand et Siemens Energy profitent aussi de l'électrification, notamment via les centres de données et les équipements électriques, mais leur profil est moins pur.
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