GESTION-Les marchés complaisants face à des risques majeurs-Allianz GI
information fournie par Reuters 03/06/2019 à 07:00

 (Répétition sans changement d'une dépêche diffusée vendredi)
    * Les marchés mesurent mal les risques, selon Allianz GI
    * Les tensions commerciales ne vont pas disparaître
    * Le Brexit considéré à tort comme un risque secondaire
    * Le discours des banques centrales rassure les
investisseurs
    * Le revirement de la Fed change la donne pour le crédit

    par Patrick Vignal
    PARIS, 3 juin (Reuters) - Les marchés financiers font preuve
d'une trop grande complaisance face aux menaces d'ampleur qui
planent sur eux et ne se limitent pas aux vives tensions entre
les Etats-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux,
dit-on chez Allianz Global Investors.
    "Les risques ne sont pas suffisamment intégrés par les
marchés d'actions et, dans une certaine mesure, par corrélation,
par les marchés du crédit", dit à Reuters Franck Dixmier,
directeur des gestions obligataires de la branche de gestion
d'actifs de l'assureur allemand.
    "Nous ne sommes pas fondamentalement inquiets pour le marché
du crédit mais la corrélation historique actions-crédit fait
qu'il faut être prudent", ajoute-il.
    Les tensions entre Washington et Pékin sur le commerce
entraînent bien quelques poussées de volatilité mais d'autres
risques, notamment la perspective du divorce entre la
Grande-Bretagne et l'Union européenne, sont clairement
sous-estimés, selon Franck Dixmier. 
    "Il est hallucinant de constater que la question du Brexit
est considérée comme assez secondaire par le marché alors qu'il
s'agit d'un facteur de disruption majeur", dit-il à Reuters.
    "Il n'y a rien de bon à attendre et il est totalement
illusoire, du côté britannique, de penser qu'on peut renégocier
un accord. L'accord est fait et les Européens ne bougeront plus
d'une semelle."
    Si les résultats des élections européennes sont favorables
au marché, notamment parce que la percée des forces hostiles à
la construction européenne a été contenue, des risques
persistent cependant, du côté de la Grande-Bretagne mais aussi
de l'Italie, ajoute l'expert d'Allianz GI.
    Franck Dixmier dit ne pas croire que le bras de fer entre le
vice-président du Conseil Matteo Salvini (Ligue, extrême
droite), sorti grand vainqueur du scrutin, et la Commission
européenne puisse aboutir à des sanctions contre l'Italie pour
déficit excessif.
    
    LA DETTE ITALIENNE SOUS PRESSION
    Le problème de la dette italienne ne va pas s'en aller pour
autant, avec des tensions à prévoir sur les écarts de rendement
("spreads"), ajoute-t-il.
    "La dette italienne n'est pas soutenable si l'on ramène le
coût moyen de son financement à la croissance nominale. On est
dans une trajectoire de détérioration croissante avec des effets
à prévoir sur les spreads", dit-il.
    L'affrontement commercial entre les Etats-Unis et la Chine
est également appelé à durer, selon lui.
    "La problématique commerciale va nous accompagner pendant
des années. L'évolution de la rhétorique côté chinois ces
dernières semaines ne laisse augurer rien de bon. Dans les
médias chinois, on ne parle plus de tensions commerciales mais
de guerre commerciale", dit-il.
    "Il n'y a rien à attendre des Chinois sur les subventions
qu'ils accordent aux grands groupes, qui sont présents dans tous
les domaines, ni du côté de la propriété intellectuelle. Sur des
sujets qui sont centraux, on s'aperçoit que les marges de
négociations sont extrêmement limitées."
    Même si Donald Trump pourrait avoir intérêt à arracher une
forme d'accord pour ne pas compromettre ses chances d'être
réélu, l'affrontement ne se poursuivrait pas moins par la suite,
fait valoir pour sa part Vincent Marioni, directeur des
investissements crédit Europe pour Allianz GI. 
    "Donald Trump souffle le chaud et le froid parce qu'il ne
peut pas se permettre de casser les marchés, sachant qu'il a
bâti sa crédibilité sur les marchés", dit-il. "Ce que l'on
pourrait avoir, c'est un accord en trompe-l'oeil mais on est
parti pour une longue lutte pour la suprématie et les Chinois
ont le temps pour eux." 
    
    LE RENDEMENT RECHERCHÉ SUR LE MARCHÉ DU CRÉDIT
    Malgré tout cela, les marchés font preuve d'un étonnante
sérénité, notamment du côté des actions, constate Franck
Dixmier.
    "Les marchés sont complaisants d'une manière générale vis-à
vis des niveaux de risques, en raison d'une part du filet de
sécurité des banques centrales, et de l'autre de l'effet Trump.
Il va entrer en campagne incessamment et il a besoin d'un marché
actions haussier et de résultats pour espérer être réélu",
dit-il. 
    "Il y a donc ces deux facteurs qui sont à l'oeuvre qui
expliquent cette espèce de complaisance. Si les marchés de taux
intègrent les risques au niveaux des taux coeurs, c'est-à-dire
les Treasuries américains et le Bund allemand, les marchés
actions par contre, sont extrêmement résilients, notamment aux
Etats-Unis avec une volatilité implicite sur le S&P 500 qui
reste en dessous de sa moyenne annuelle."
    Le virage opéré par la Réserve fédérale américaine, qui a
clairement laissé entendre en mars dernier que son cycle de
resserrement monétaire était terminé, a une incidence plus nette
sur le marché du crédit, où il favorise la recherche du
rendement par un retour sur les actifs les plus risqués comme la
dette d'entreprise classée en catégorie spéculative ("high
yield"), explique pour sa part Vincent Marioni.
    "Il y a un changement d'état d'esprit avec le changement de
contexte au niveau des banques centrales puisque vous savez
aujourd'hui que vous n'aurez pas forcément des niveaux plus
attractifs à horizon 6-12 mois sauf s'il y avait récession, avec
un risque sur la partie basse du crédit, ce qui n'est pas notre
scénario.
    "Les investisseurs sont aujourd'hui pris en tenaille entre
ce besoin de rendement, que vous allez difficilement trouver
ailleurs et que vous n'avez plus l'espoir de trouver dans 6-12
mois en raison de l'évolution des taux. En même temps, ils ne
sont pas tous très à l'aise parce que l'économie ralentit, qu'il
y a toujours cette crainte sous-jacente d'une entrée en
récession et que les prix ont monté."
   

 (édité par Blandine Hénault)