GESTION-L'"immaculée désinflation" à portée de main, le crédit attrayant- Degroof Petercam
information fournie par Reuters 26/01/2024 à 15:37

La Réserve fédérale (Fed) pourrait réussir l'exploit de ramener l'inflation à sa cible sans faire rebondir le chômage, mais elle devra pour cela baisser rapidement ses taux, estime-t-on chez Degroof Petercam, le groupe favorisant par ailleurs une allocation opportuniste sur l'obligataire, les rendements des marchés actions demeurant moins attrayants.

"La 'désinflation immaculée' est une réelle possibilité, alors que les signaux récessifs aux Etats-Unis apparaissent plus faibles que prévu", a résumé Jérôme van der Bruggen, responsable de l’investissement au sein de la banque privée belge, à l'occasion d'une conférence de presse.

"Pour que ce scénario s'accomplisse - ce qui serait du jamais vu dans l'histoire des cycles de resserrement monétaire - la Fed doit baisser rapidement ses taux", a ajouté le responsable.

De fait, souligne Degroof Petercam, l'inflation est désormais essentiellement poussée à la hausse par les prix du logement, une composante qui prend du temps à s'ajuster - son mode de calcul intègre les prix du marché locatif, qui répercutent avec retard les hausses du prix des logements - mais qui devrait commencer à décliner dans les prochains mois.

La contribution des autres postes de dépenses (services, biens manufacturés, énergie) à la dynamique des prix est, elle, devenue nettement plus faible, voire négative, met en avant Degroof Petercam.

Le marché du travail montre par ailleurs de premiers signes de stabilisation, les nouvelles offres d'emploi s'affichant en baisse.

"La Fed veut ramener l'inflation à sa cible, mais pas au prix d'une hausse du chômage", résume Jérôme van der Bruggen. "Pour cela, l'assouplissement doit avoir lieu avant que le chômage ne commence à remonter".

Deux autres facteurs plaident pour une baisse rapide des taux, selon Degroof Petercam. D'une part, les élections américaines inciteront la banque centrale à s'abstenir de modifier sa politique monétaire trop peu de temps avant l'élection - historiquement, la banque centrale devient attentiste six mois avant le scrutin.

Par ailleurs, le renchérissement du dollar pèse sur les conditions de financement mondiales, un élément déjà évoqué par la Fed lors de ses dernières hausses de taux en 2018-2019 comme facteur pouvant l'inciter à la modération, rappelle Degroof Petercam.

En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) ne pourra assouplir sa politique avant celle de la Fed sous peine de voir l'euro sanctionné, estime la société de gestion.

"La BCE baissera ses taux peu après la Fed, d'ici la fin du premier semestre. Seule une récession importante pourrait la convaincre d'assouplir sa politique monétaire plus tôt", conclut Jérôme van der Bruggen.

OPPORTUNITÉS

Pour autant, ces baisses de taux ne justifient pas de s'exposer davantage aux actions, la banque restant "neutre" sur la classe d'actif, qui représente 55% de son allocation.

"Les baisses de taux sont déjà bien intégrées dans les prix des actions et des souverains, alors qu'il existe le risque d'un ralentissement de l'économie américaine et d'une récession légère en zone euro", souligne Roland Toulet Morlanne, gérant chez Degroof Petercam.

Le consensus, qui table globalement sur une croissance des bénéfices de 10% cette année, semble optimiste, d'autant que la croissance du chiffre d'affaires est attendue en deçà.

"Dans un contexte de hausses des salaires, il paraît difficile que les marges puissent s'améliorer", constate le gérant. Une déception sur les bénéfices pourrait mener à un réajustement des cours, estime-t-il.

Degroof Petercam n'exclut pas néanmoins de retourner en milieu d'année sur les actions, les valorisations demeurant attrayantes, en particulier en zone euro, et la prime de risque étant en progression.

Les rendements des obligations d'entreprises de qualité et à haut rendement, pour lesquelles les spreads atteignent respectivement 100 et 400 points de base, justifie pourtant de préférer le crédit, sur lequel le groupe est surpondéré.

"Nous favorisons une exposition opportuniste au crédit", explique Roland Toulet Morlanne. Le groupe demeure prudent sur le haut rendement, la maturité moyenne oscillant entre 2 et 3 ans, contre 5 à 6 ans pour le crédit de qualité.

A l'inverse, les souverains sont sous-pondérés, les prix élevés n'intégrant pas assez les épisodes de stress pouvant naître des volumes de dette importants, selon la banque.

(Rédigé par Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)